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terminer l'étendue et les bornes de la disponibilité dont il s'agit.
Il y a des modes qui sont naturellement révocables par eux-mêmes, savoir tous ceux auxquels la volonté concourt dans le principci Telles sont les perceptions qui rentrent directement dariô le sens de l'effort. Avec de tels modes, les signes institués ne feront que donnef sur eux Une double prise à là volonté motrice. Il y en a d'autres qui se trouvent naturellement placés hors de la sphère dé cette puissance : ceux-ci auront beau s'associer avec des signes volontaires, ils ne deviendront jamais disponibles. Ainsi, quoique nous donnions des noms aux modes purement affectifs de notre sensibilité interné ou externe, ces modes ne rentrent point pour cela dans le champ de la mémoire, et demeurent irrévocables dans nos souvenirs. Dans nos Sensations affectives, il y a quelque partie que les signes nous rappellent ou qui se réveille avec eux; c'est celle qui n'est point uniquement affective; c'est par exemple la partie perceptive des odeurs, des saVeUrs, des qualités tactiles; ce sont les attributions à l'espace ou au temps qui, servant d'appui à la conscience, assurent par suite un fondement à la réminiscence personnelle ou modale. Ainsi, le signe attaché k telle modification affective sert bien à nous attestét* que nous avons été modifiés d'une riianière agréable ou douloureuse; il peut aussi servir a nous retracer les différentes circonstances perceptibles liées à ces modifications, mais il ne saurait réveiller rien de pareil à ces dernières. Quant aux intuitions et aux images dont le réveil
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spontané ou les agrégations fortuites dépendent uniquement des dispositions organiques du cerveau, le pouvoir des signes institués ne va pas jusqu'à changer ces dispositions, à faire revivre dans l'organe central des traces qui s'y trouveraient effacées, ni à réprimer la vivacité de celles qui se présentent malgré la volonté. Aussi voit-on des esprits doués au plus haut degré de la mémoire des signes et qui ont une imagination faible ou presque nulle, et d'autres au contraire dont l'imagination mobile exclut la mémoire des signes et la faculté du rappel.
De tout ce que nous venons de dire découlent les conséquences suivantes :
1* Les signes institués étant des mouvements ou actes volontaires, ne se lient d*une manière intime qu'avec d'autres mouvements ou actes qui leur sont homogènes, et l'effet le plus remarquable de cette institution est de remplacer ces premiers signes naturels obscurcis, et comme annulés sous l'influence de l'habitude, par des notes perceptibles ou réflexives sur lesquelles se fonde l'exercice de la mémoire ou du rappel volontaire. Nous ne pouvons rappeler en effet que ce que nous avons remarqué, et Thabitude qui nous cache toujours la part que nous prenons à nos modifications tend à les soustraire à l'empire de nos facultés actives, réflexives, et par suite de rappel. Il faut que ces facultés se donnent à ellesmêmes un autre mobile, et que Tart vienne ajouter à la nature en se modelant sur elle.
S"* La subordination réciproque qui existe entre la mémoire des signes et rimagin«')tion ou la ropro-
duction des images, n'est qu'une suite de celle que nous avons remarquée entre les fonctions des sens, où la volonté prend l'initiative et conserve la prédominance, et les fonctions où cette volonté est consécutive et postérieure t l'exercice de la sensibilité. Le caractère le plus tranchant qui différentie en effet la mémoire de l'imagination, c'est que dans l'exercice de la première, la représentation des idées est suborjlonnée au rappel des signes volontaires, tandis que dans l'exercice de la seconde les signes sont consécutifs et que la reproduction des images en est indépendante.
3* Nous ne pouvons rappeler que ce que nous avons fait, combiné ou imité nous-mêmes avec intention; c'est là ce qui assure tant de fixité et de netteté dans la mémoire aux modes de l'étendue figurée, aux suites et aux combinaisons des sons. Les signes vraiment utiles ne sont point institués pour représenter des choses ou même des images, mais pour exprimer des idées de rapports ou des actes intellectuels. La plupart de ces idées ou dé ces actes n'auraient aucune fixité ni même aucune existence sans les signes qui leur donnent une sorte d'existence a part et assurent à la volonté le pouvoir de les répéter.
4** Ceux qui limitent la mémoire à n'être qu'une sorte de faculté passive qui conserve le dépôt des images, doivent admettre sous un titre quelconque une autre faculté qui conserve et fait revivre les traces des différentes combinaisons d'idées, de jugements, de raisonnements, et (le loutes les opérations
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intellectuelles que nous avons pu exécuter antérieurement; car il est de fait que nous pouvons rappeler ces opérations, et que la plus grande partie des signes du langage est uniquement destinée à en conserver ou noter les résultats. S'il en était autrement» la faculté de raisonner n'existerait point dans riiomme, puisqu'il ne pourrait jamais employer avec confiance les signes de ses idées complexes. Il serait toujours à les refaire et en resterait toujours ainsi aux premiers pas.
Il y a donc une mémoire vraiment intellectuelle, qui a pour objet de conserver et de retracer fidèlement Tensemble des opérations qui se trouvent résumées sous tels termes ou formules, et donnent à l'intelligence le pouvoir d'en refaire les détails. C'est ici que nous pouvons recourir à la définition précédemment énoncée, tnemoria est facultas quœ ex rébus mente conceptis, propositum denuo promere potest. Dans cette fonction de la mémoire, lorsque l'ensemble des actes ou procédés intellectuels qui établissent une vérité, ou uiie relation plus ou moins éloignée entre deux idées, a été exécuté une fois, le rappel des signes motive les mêmes jugements, ou assure à l'esprit que les mêmes relations sont toujours les mêmes, sans qu'il ait besoin de les vérifier de nouveau ou de recommencer les mêmes opérations. La réminiscence supplée ainsi à l'intuition de la vérité et tient lieu du sentiment de l'évidence. Il faut bien distinguer cet exercice de la mémoire intellectuelle de celui qu'on peut appeler mécanique, en tant qu'il se borne au simple rappel des signes
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destitués de toute perception antérieure on ^ctuellç de rapports.
5"* La mémoire, comme dépendance de cette réflexion qui institue les signes de nos idées, remplit à regard de cette faculté supérieure des fonctions analogues à celles que remplit le sens de la vue à regard de celui du toucher. Comme l'individu qui lit dans de simples figures visibles les rapports et les mesures des formes tangibles, se les affirme par un acte de souvenir qiii tient lieu de Taperception directe ; de même il lit dans une formule qui exprime les simples relations dçs signes» les relations reconnues entre les idées.
6** Nous voyons enfin comment on peut répondre à cette question souvent renouvelée dans les écoles : Quel est le véritable objet de la pensée dans l'emploi des termes généraux sur lesquels roulent nos raisonnements? Ceux qui refusent Iç nom d'idée à tout ce qui n'est pas image, affirment que dans l'emploi des termes généraux la pensée n'a pai^ d'autres objets que les signes eux-mêmes. Mais alors tout raison*nement ne se réduirait-il pas à un pur mécanisme auquel la réflexion serait étrangère ? En reconnaissant que les termes généraux ne sont pas des signes de choses ni d'images, mais bien des signes d'opérations qui consistent à abstraire et à généralisert on voit comment l'emploi et le rappel de ces termes doit s'accompagner nécessairement d'un rçtour dç l'esprit sur les actes mêmes de combinaisons ou d'abstractions déjà exécutés. Cela suffit pour que le raisonnement, quoiqu'il ne roule pas sur des idées
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de choses ou d'êtres individuels déterminés, conserve néanmoins un caractère réfléchi et que la mémoire y remplisse une fonction proprement intellectuelle, enfin pour que tout ne s'y réduise pas au pur mécanisme pu au pur matériel même des signes.
Maintenant que nous savons en quoi consistent les actes réflexifs et quelle est la nature des idées simples élémentaires qui en sont les produits, voyons comment les idées se combinent pour former le raisonnement proprement dit.