SYSTÈME SENSITIF. — CH. U
terne. Etiam quâ non patet mus ocutorum usque in spissis tenebris.
C'est donc sur l'organe même, ou au devant de lui, que les couleurs pourraient d'abord et naturellement être perçues ou senties, avant même qu'il y eût aucun pas fait dans la connaissance du monde étranger, avant aucune association de la vue avec le toucher. C'est ainsi que le fameux aveugle deCheselden, aussitôt après l'opération qui lui rendit Tusage de la vue, percevait les couleurs comme si elles eussent été appliquées sur ses yeux. C'est ainsi encore qu'on voit un espace coloré dans l'œil même, lorsqu'il est pressé obliquement. Ainsi quand l'organe est fatigué, ce sont des couleurs accidentelles qui se succèdent ou se combinent spontanément, suivant un certain ordre régulier que les lois de la physique peuvent même expliquer jusqu'à un certain point; cesontdessuffusions scintillantes que le moi voit flotter hors de lui dans le vague de l'espace, sans pouvoir en aucun cas se les attribuer comme des modes propres de la sensibilité (1).
Dans une intuition composée de différentes couleurs, la statue ne se sentirait donc pas elle-même variée (comme le dit Condillac d'une manière plus ingénieuse que solide); mais ce serait l'espace ou l'étendue même organique qui lui apparaîtrait comme varié. Le moi varié implique une véritable contradiction dans les termes ; c'est comme si l'on disait l'unité multiple.
(1) Voyez à ce sujet un Mémoire très-curieux de M. de Buffon sur les couleurs accidentelles.
50 FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. — PAtlT. H-. SECT. H*
Ce que nous venons de dire des intuitions visuellel^ et de leur premier mode d'union avec l'effort ou le tnoi, qui ne concourt point à les pl'oduire, s'applique aui impressions non affectives et passives des autres sens ; et cela suffit pour établir les principaux caraotères des phénomènes compris dans le système actuel. Il s'agit maintenant de développet* les divers phénomènes qui rentrent dans ce système.