‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 5)Chapitre 9 sur 37 · SYSTÈME SENSITIF. — GH. IIL · texte numérisé non relu

SYSTÈME SENSITIF. — GH. IIL

vantage, en disant que pour bien faire cette analyse, il faudrait lui donner deux et peut-être trois noms : l'un en tant qu'elle nous fait reconnaître notre être (ou notre propre identité dans le mode constant qui lui sert de base) hors de toute impression accidentelle ; l'autre en tant qu'elle nous fait reconnaître des modifications qui s'y répètent (ou les sensations localisées par attribution aux inerties organiques); un autre enfin, en tant qu'elle nous fait reconnaître ou juger la ressemblance (et non plus l'identité) des sensations qui se représentent, ou des intuitions coordonnées à la fois dans l'espace et le temps. Car ce sont là , dirai-je encore avec l'auteur de XEssai sur t origine de nos connaissances, des idées très-différentes, dont l'analyse psychologique est tenue de distinguer les termes, d'assigner l'origine ou de déterminer les conditions.

Premiers jugements d'analogie» Commencement de généralisation.

En vertu des deux modes de coordination par ressemblance ou simultanéité dans un espace, qui paraissent propres à nos intuitions diverses, toutes celles qui ont été reçues à la fois par le même organe ou par des organes diflTérents, viennent se ranger ou se juxta-poser, suivant les lois de l'association, dans un seul tableau plus ou moins régulier, dont un seul trait reproduit suffit presque toujours pour repré-

senter le tableau entier et compléter la perspective imaginaire. De là le mélange et l'espèce d'échange qui se fait continuellement entre les images répétées dans le sens interne, et les intuitions présentes aux sens externes, mélange tel que l'individu se représente le plus souvent ce qu'il imagine , et comme il l'imagine, plutôt qu'il ne perçoit, et comme il le perçoit, ce qui est hors de lui. C'est ainsi qu'une multitude de jugements ou d'inductions d'analogie associées à la sensation, finissent par se confondre avec elle et en deviennent comme des parties intégrantes dont il est impossible de la séparer.

Dans le système actuel , l'être sentant assujetti à ces lois d'association spontanée, résultats nécessaires des dispositions primitives de la sensibilité ou des habitudes qui s'y conforment, ne peut encore lutter contre elles ni même s'en rendre compte. C'est à de telles associations, toutes mécaniques et aveugles qu'elles puissent être, que vont se rattacher les premières idées générales ; c'est là peut-être que toutes nos classifications scientifiques prennent leur source, et qu'une sorte d'instinct de l'imagination exécute déjà aveuglément , comme au hasard , et dans un cercle assez rétréci, un travail que l'intelligence sera bientôt appelée à développer et à étendre indéfiniment au moyen des signes qu'elle se créera.

Toutes ces associations précoces auxquelles l'imagination seule préside, avant même que l'activité perceptive entre régulièrement en exercice, tendent sans cesse à assimiler, à confondre et à rappeler à une sorte d'unité, qui a son type dans le mai lui-

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même, les intuitions particulières qui ont entre elles le plus faible degré d'analogie.

Or, ce rappel des éléments les plus disparates à l'unité de représentation ou de conception, encore bien vague sans doute, est déjà un procédé de généralisation. Ainsi, Tenfant a déjà dans la tète l'archétype confus de l'idée générale homme^ quand il appelle tous les hommes papa. C'est ainsi que les premiers termes du langage deviennent si rapidement appellatifs ou communs, de propres ou individuels qu'ils étaient d'abord. Mais il importe bien d'observer que ce premier procédé de généralisation, loin d'être le résultat du développement des facultés actives de Tintelligence, est au contraire un résultat des premières lois de l'imagination, passive ou encore subordonnée à la sensibilité. Il est bien évident en effet que, moins l'attention prend part à une représentation quelconque, plus celle-ci est confuse ou indéterminée, plus elle est sujette par suite à se lier et se confondre avec toute autre qui aura le plus faible degré d'analogie ou de ressemblance avec elle. Or, c'est précisément à cette liaison spontanée, fortuite et irrégulière, qui détermine la transformation première des noms propres en termes généraux ou appellatifs, que se rattachent déjà une multitude d'illusions , de préjugés, d'assimilations fausses et précipitées, que la raison aura dans la suite tant de peine à détruire ou à rectifier.

Tels sont les principaux phénomènes relatifs à l'union du moi, avec les intuitions et les images correspondantes, la reproduction de ces images étant ex-

clusivement subordonnée, soit à des premières sensations, soit aux affections internes et spontanées de la sensibilité qui sont en liaison intime et habituelle avec lesdites images, comme nous allons le voir par d'autres exemples de faits relatifs au système actuel.

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