VIE DE L^ESPRIT
de notre humanité où la partie supérieure de Tâme (VeiUendement et lavoioQlé) se sépare de l'inférieure (Ilniagination et les sens), en telle sorte que celle-ci devient tout animale par la séparation, et eu sorte que tout ce qui s'y passe contre la règle des mœurs ii*est ni volontaire ou libre, ni déméritoire, ni contraire à la pureté de la partie supérieure. C'était aussi là en fait Topinion des stoïciens (et notamment de Marc-Aurèle, dans ses Pmuées), qui admettent cette séparation naturelle. Ilsutlit de voir ce qu'ils disent de Tempire absolu de Tàme, de la faculté qu'elle a toujours de se retirer en elle-même, comme dans un lieu tranquille, ou dans cette partie divine qui ne participe à aucun des changements des sens» de la fantaisie ou des passions, en laissant toutes les affections sensibles où elles sont* savoir dans le corps organique. Mais tt^est^ce pas là le degré le plus élevé de la perfection de Tâme, ou de 1 inlluence même de la grâce, de l'esprit divin? « Jésus-Christ, notre par- « fait modèle, dit Fénelon (1), a été bien heureux 4( sur la croix. Par la partie supérieure^ il jouissait « de la gloire, par Tinférieure, il était naturellement n homme de douleur. Celle-ci ne communiquait pas a à l'autre son trouble involontaire ni ses douleurs, « ni cette impression sensible du délaissement de son € père. La partie supérieure ne communiqué pas non « plus à l'inférieure sa paix ni sa béatitude. »
Je ne nie rien de ce qui tient à une grâce particulière, ou à une élévation naturelle de Tàme qui tend
(i) Mojcitiies des saints»
à l'aflWinohir iê touto dépendanoe du oorpa dut impressions qui en viennent, stoc plus ou moins de
facilité. Jeue nie pas aUolumeat ce que dit l éoelon, d*ttne manière beauoottp trop générale à mon avis, que dans le cours naturel, les désordres de la partie iniérieure doivent toujours être censés volontaires. Je dis seulement que la séparation dont il s'agit est plus ou moins favorisée ou facilitée, ou enn pèchée, contrariée par certaines conditions organiques et inhérentes au corps, et j'en porte en moi-môme la preuve vivante, continuelle.
Dans ma jeunesse j'ai goûté des états de paix, de béatitude intérieuroi d'élévation d'âme, tels que, s*îia eussent duré, je ne crois pas qu'il y eût un être plus oompielement heureux, meilleur et plus en harmonie avec une nature toute céleste; et comme ces étata venaient et s'en allaient sans que ma volonté ni au* Clin eilbrt murai ou intellecluel s'y mêlassent, j'ai tout lieu de penser qu'ils tenaient k quelques condîtiona aenaitives organiques, telles que la partie inférieure commuDiquaii à la supérieure réquiiU)re et le calme dont elle jouissait ; et la appérieure communiquait à rinférieure la paix, la béatitude, la lumière de conscience qui lui est propre. S'il en était autrement, ou si la séparation dont on parle avait lieu, il devrait y avoir absorption ou négation de la conscience du moi par la partie supérieure, et aiumalité OU vitalité orgsoique par l'inférieure, le Jien qui fait la personne ayant disparu momentanément
Je remarque que ces états de quiétude et de bonheur qui tiennent à des conditions oi|pinii|uea et nuL
tu; i^, v^^Tf Ut
lement à l'activité libre, ni à une grâce spéciale méritée par des anlécéi|eûtâ (^or^u)^ Qa yert^ieiix, \^ pi^g^ ie§ p|u^ dangereuse popr |*a|nour-proprfi, en ce quUls nous attachent plus sensiblement ai^ corps comme à la source ou au siège principal ces modifications bien heureiises. Or, plus le ipo^fi d*union, ou le lien vital de Tâme et du corps sera propre à faire naître et à multiplier ces niocjiiica^ions sensibles, plus Tindividu sera disposé à s'aimer luiqiemOt c'est-à-dire à se complaire dans cette unic^ intime des deux parties, supérieure et inférieure, qui le constituent. L'amour de soi n*est autre, ep effâ|, que le sentiment heureux de Tunion qui fait Texistppce toutentjcre; et vouloir la séparation dei^ deux parties, ce serait travailler contre soi-même, renoncer volontairement k Texistepce, au bonheur, à la perléction morale elle-mèpie; car dans ces états, l'efprit ne peut concevoir rien de meilleur et de plus parfait moralement que cette harmonie des deux natures, cet équilibre des facultés qui leur appartiennent re8pectivern^nt, cet état de repos si doux dont Tàme est satisfaite et ne désire rien de plus. Mais notre libre activité ne s'étend point jusqu'à nous donner à nous-mêmes ou à produire en nous de tels états, et c*est à tort que Fénelon a pré* tendu que le désordre de la partie inférieure, comme t'ordrjs harmonique dont je viiens de p^epr, |ifU (a eubordin^tion des modificalîans de ireita p^rtje de l'jà^e devraient être censés volontaires. Ils ne d^viennent volontaires que par le consentement; car si nous ne sommes pas libres de sentir, nous le sçinjaes
' ANTHROPOLOGIE
de couseutir. Pour consentir, il faut que lame, quo le mot, se rende présent aux aflTections sensibles qu'il ne fait pas, et qu*il y participe et s'y complaise. Or cette participation est active. La volonté ne s applique qu^aux idées de l'esprit ou plus immédiatement aux signes qui lui donnent une prise médiate sur ces idées. Celles-ci peuvent réveiller dans la sensibilité, 011 dans les organes intérieurs qui en sont Tes instruments, des modifications aOeclives en accord ou eu désaccord avec la raison : jusque-là il y a liberté. Il est possible aussi que des sentiments sublimes, ou d*une nature supérieure, soient suggères immédiate ment à Tàme sans Tintermédiaire de la sensibilité, sans tenir en rien aux affections de la partie inférieure; mais ni Tun ni lautre cas n'emportent l'espèce de bien, de jubilation immédiate attachée ï rharmonie intérieure dont j*ai parlé.
Les philosophes de la plus haute antiquité ont enseigné avec un merveilleux accord qui semble aanoncer une origine de tradition commune (1 ) , Tunité de la raison suprême, universelle, créatrice, laquelle est, a été et sera, indépendamment de toute manifcfir tation. Cette raison suprême, selon ces philosophes, ne peut être nommée ni connue dans sou état absolu; mais elleestconnue dans sa manifestation, sons les titres de verbe, logos, termes que Pythagore,
(1) Voyez le Mémoire de M* Âl)el de Aémosat, sur ieptùUifio^ chinois Lao-ïseo,
VIE DE L'CSnUT.
PlatOD et les premiers philosophes chinois ont également employés pour exprimer la manifestation de Félre ou de la raison suprême.
Il me semble qu'en prenant pour point de départ le fait psychologique, sans Tentremise duquel l'esprit de rhoiiimc se perd dans les excursious outologiques vers Tabsolu, on peut dire que Tâme» force absolue qui est sans se manifester, a deux modes de manifesta lion essentiels, savoir : la raison (Uigos] el Tamour. L'activité par laquelle Tâme se manifeste à ellemême comme personne moi, est la base de la raison; c'est la vie propre de 1 à me, car toute vie est la manifestation d'une force. L'amour, source de toutes les facultés aflectives,est la vie communiquée à Tàme et comme une addition de sa vie propre, qui lui vient du dehors et de plus haut qu'elle, savoir de tesfn'it» amour qxxï souille où il veut. Et vraiment, Taclivité du moi^ qui concourt à la génération ou représentation des idées de l'esprit, n'a aucune influence directe sur les sentiment du cœur ou lamour. iout ce que l'àme peut faire, en vertu de l'activité de sa vie propre, c'est de se prêtera la réceptivité de l'esprit, quand il vieal, ou de se tourner du seul côté d où il peut venir, comme nous tournons les yeux vers la lumière. Tant que les ténèbres, ou les images trompeuses, obscurcissent et empêchent la vue intérieure, ii y a une lutte active pour écarter les ténèbres ou empêcher qu'elles ne s'épaississent. Dans cette lutte, l àme fait eflbrt pour voir, mais elle ne voit pas, elle n'est pas libre de voir, elle est seulement libre de faire effort.
On peut dire aubsi que luul 1 emploi de notre U-
Bas -AMÎrtallOPOlOGtE.
berté consisté à nous disposer de manière à reeetoir des idées on des sentiments, et en générsl Tlnfliience
de Tesprit qui peut seul nioditier noire àme d une manière appropriée à sa destination et à 6a nature. Mais les bons mouvements, le triomphe de l'esprit sur la nature, de la raison sur les passions, ne sont point en notre pouvoir immédiat eomme agents libres; ils ne dépendent pas de nous-mêmes, mais de la grâce qui nous est donnée, suggérée à certaines conditions.
Au sujet de la communication immédiate de notre esprit ayec quelques esprits supérieurs, qui niluminent ou le modifient, il faut bien distinguer le cas où c*est l'imagination seule qui entre spontanément en jeu, sons une influence organique quelconque. Comme la volonté n'y est pour rien, le moi peut transporter à une force extérieure, ou à un autre mot, ces produits spontanés ; et c^est ainsi que, dans un demi-sommeil, i on croit entendre une voix étrangère qui nous redit nos propres conceptions fantastiques et quelquefois avec une éloquence [)arliculière. Mais ces conceptious sont toujours revêtues des formes sensibles de Tespace et du temps; elles n'out rien que 1 iiiiagination où uu espi il de ia nature du nôtre ne puisse produire ou saisir en laiméme. Il n*en est pas ainsi des révélations prophétiques et nécessairement objectives de cerlaiues térités qui dépassent visiblement la portée natureiie
de 1 esprit humain, et sodI élevées au-dessus de la sphèra de notre existence intellectaeiie. Quel droit*
aveugles que uous somineb, avouâ-iious de les nier?
« Je voudrais faire entendre aux autree ce que « je penee ou sens en moi-même ; mais soimnl je
« ne puis en venir à bout, parce que ces mouveiueiits « de ma volonté sont au dedans de moi, ci qoe les 4c autres sont au dehors, snns qu'aucun de leurs sens « leur douiie le moyen de voir dans mon âme (1). »
U peiii y avoir de telles reJaliens entre certains êtres, certaines âmes, qu elles aient la faculté de voir, «il plutôt de sentir lininédiatement ce qui est respectivemeot dans chacune d'elles, sans l'intermédiaire
des sens extérieurs urduiaires. C'est la ce qui lliit
^m dm ^ souues unies étn^iteuàent par les lïm» de Tamoaret de l'amitié, B'4iit pas besi^ de se parler
pour s'entendre, pour se trouver bien à cùlé l'une de l'autre, sans ce babil si nécessaire aux indifférents, ^i cherdkent k s'amuser ou k s'éclairer par Ja transmission orale de» mots et des idées. Il est oertainement des moyens de transmission pour le eentiment, soit entre deox âmes de même nature ^i se correspoudeiit, ^oit entre 1 ame humaine et un esprit , une lumière supérieure , moyens tout à faii indépendants de la parole et immédiats
(1) Saint Augustin. Confessions, livre V\ chap. VI. Les paroles cil«Mv< MHit irlalivos. dans le texte dos Confcssior}'^. à Telat du petit «lOaai enooPQ dépourvu de noi mofem Aê commtmàmê
bhk AMUROPOLOGlii;.
par leur nature. Ceux (|ui attribuent tout ce qui est daos Tàme à Tiofluence du langage parié, et qui ne eroient pas que Dieu même ait pu parler aux hommes sans frapper l'oreille ou la vue par les signes articulés ou écrits qu'il leur a enseignés, ceuxlà, dis-je, se font une idée bien étroite des facultés de notre âme, et sont conduits à niatérialiser en quelque sorte i'aciion qu'elle reçoit ou qu elle exerce» en dehors et au-dedans, en la limitant aux sens exierlits comme à ^eâ instruments uniques.
Pascal dit : « Nous ne pouvons aimer ce qui est « hors de nous. » Cette pensée» comme il l'entend,
n*a rien quo (ie vrai et d'élevé, car il entend que Dieu, le bien suprême, est en nous; mais entendue à la manière de nos modernes, cette maxime bouleverse tous les fondements de la vraie philosophie, car elle revient à dire que nous n'aimons, comme nous ne sentons, que ce qui est en nous, c'est-à-dire les propres modifications de notre être sentant. Et comme les mêmes philosophes n'admettent d autres réalités que celles des objets de nos sensations, en aimant ces objets, nous n'aimons réellement que nous-mêmes. Quant à T idéal que nous aimons, comme il est, dans ce système, Touvragede notre esprit, en aimant cet idéal, nousn'aimons point en effet ce qui est hors de nous, mais aussi nous n'aimons, nous n'embrassons rien de réel. Dans le point de Tue de Pascal, ou de la théologie chrétienne, le difficile est de concevoir d'abord une réalité absolue qui est en
VI£ DE L £âHlIT.
nous, sans nous toucher par au( im côté sensible et que oous pouvons cepeudanl aimer iniiniment plus que tout ce qui dous touche. Si l'idéal qui devient ainsi l'objet de notre culte, le but de toute notre vie, n'avait pas hors de nous ou de notre esprit une réalité absolue et essentielle» comment lui sacrifieniia-je mon être propre?
Le véritable amour consiste dans le sacrifice entier de soi-même à Tobjet aimé. Quel que soit cet objet» dès que nous Taimons pour lui, en raison de sa perfection idéale ou imaginaire, dès que nous sommes disposés invariablement à loi sacrifier notre esistence, notre volonté prof)i e, si Litii que nous ne voulons plus non qu en lui et pour lui» en faisant abnégation complète de nous-mêmes, dès lors notre âme est en repos, et Tamour e^t le bien de la vie. Les agitations et tout le malheur des passions ne viennent que de ce que nous nous aimons nous-mêmes par-dessus luuL, mettant notre bonheur, noire plaisir avant tout. I^ous sommes ballottés sans cesse entre des espérances souvent trompées et des craintes qui sont de vrais maux, quels que soicul les événements. Si Tamour divin est celui qui remplit le mieux, ou même uniquement les conditions du vrai bonheur dans ce monde, c'est qu'il ne s'y mêle rien qui donne prise aux passions personnelles» à ce qui tient à Tamour-propre ou au plaisir des sens. En aimant un objet de même nature que nous, il est presque impossible que nous n'ayons pas quelque désir qui se rapporte au corps» ou à des modifications ou qualités variables, eutin que l'abnégation soit com«
plète; mais en tant que nous pouToas épurer la tiinent d^tmour Ott te dégager de toute sflbeCioii on intérêt personnel, cet amour désiuléressé peut uous tendre heureux; et si une créature poufaîtnona l'iiH apirer, ou que, par un tfamlsurnou§4néfiie8,ii6ii8 parvinssious à aimer eu elle la perieciiou, la beauté de Tâme et du corps sans aucun retour sur nonsHftémes, nous pourrions être heureux en aimant la créa iure; mais c'estaiors Dieu que nous aimerions en elle.
Il n y a pas seulemeot deux principes exposés dans ThomiM. Il y en a trais, car il y a trois vies et trois ordres de facultés. Quand tout serait d*aecord et en harmonie entre les facultés sensitives et âctim K|Qi constituent Thomme, i( y aurait enctNre une nature supérieure, une troisième vie, qui ne serait pas satisfaite, et ferait sentir qu'il y a un autre banhenr,
une autre sapjesse, une autre perfecliau, au delà du plus grand Jionlieur humain, de la plus haute sagesse ou perfection înteltectmHe et morale dont Tètre humain soit susceptible.
C'est parTamour moral que Y ame tendant, oonraie par un instinct de Tordre le plus élevé, vers le beau, le bien, le parfait, qui ne se trouvent dans aucun des objets que les sens ou Timagination peuvent atteindre, prend son vol plus haut que loote cette nature sensible, et, avec les ailes de la coluuibe, va chercher dans une région plus épurée, le bonheur, le repos qui conviennent k sa nature. 11 n'y a que le vmi amour qui puisse donner de la joie. La joie est i<y
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béir par amour ; Tat^Ouh-propre ne sait obéir qu'à lui-même, mais il change aftoa censé, il est petit el misérable, souree de pëines^ Cé ii*è8t pw tSû lui que peut être la joie.
Dès qu'on prend Un idéal pour principe d'action, on y rapporte tout et soi-même comme le reste. Il île s'agit pas de savoir si on trouvera du plaisir eu se conformant à cet idéal ; on sera disposé au contraire à sacrifier toutes les jouissances, tous les intérêts sensibles» y compris sa propre existence, pour réalise^ cet idéal, objet de Tamour el yie de l'ftme. Toute affection qui contente le moi en lui-uièuie, ou clans les modifications agréables de la sensibilité, loin d'être Famour, lui est opposée.
L âge où l'on tient lé plus fortement à soi-même, taù Ton a le plus h prétention et le besoin d'être aînié, est celui oii l'homme est le plus loin delà dtspobitKm qui lait le viéritable amour, l'amour sans
olétaiige ée stll^ectivité oa d'intérêt sensible. Au
contraire, Tâge où l'homme s'aime moins, ou a moins de complaisance en lui-même, est celui où il doit être le mieul disposé à cet amour qui seul peut le consoler de tout.
Où poser le pied pour faire un pas hors de nousmêmes si DieO ne nous soutient, ou si nous ne nous appuyons sur lui ? Sont-C(î les facultés affectives ou l'amour qui nous font faire ce premier pas? Sont'-ce les facultés cognitives seules? La vérité connue est aiuice; i assentinient, le repos de l'esprit, caracté»
rise la vérité et c'est son critérium. La recherche du vrai est un labeur ; il eu coûte pour goûter le fruit de l'arbre de la science. L'intuition de la vérité, necoiiipagnée de l'amour, est le plaisir divin. Le pur amour s ideatilie ainsi avec une aorte de connaissance intuitive où Too voit la vérité sans la chercher, où Ton sait tout, sans avoir rien étudié, ou plutôt ou l'on méprise toute la connaissance humaine, en se trouvant plus haut qu'elle. C'est à ce dernier degré d élévation que Tamour et la counaissance s ideatifient; mais c'est plus qu'une connaissance humaine.
Dieu est à Tàme humaine ce que Tâme est au corps. Le corps a des mouvements comme des impressions ou affections qui lui sont propres ou inhérentes à sa vie, laquelle est indépendante de ïim pensante, puisqu'elle est commune à l'homme et aux
derniers des animaux. Le corps est de plus dirigé, mu par un principe plus haut, par une âme qui veut, pense ou sait ce qu'elle fait. Il est ainsi un ordre de fonctions supérieures qui, exécutées par les organes, sont absolument dépendantes d'une âme pensante, laquelle seule connaît ce qu'elle opère, le corps oe pouvant le savoir.
Ainsi notre âme a des facultés et exerce des actions qui lui sont propres ou ne viennent que d'elle et aussi qu'elle connaît comme lui appartenant. Tant qu'elle use ainsi de son activité propre ou qu'elle exerce sc5 lacullés cognitivts, soit dans son monde
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iolérieur, soit dans celui des objets, l'âme demeure appropriée à elle-même, sans aller plus loin. Haig
elle a de plus des facultés ou opérations qui tiennent à un principe plus haut qu'elle-même» et ces opérations s'exécutent dans son fond et à son insu. Ce sont des intuilioiis intellectuelles, des inspirations, des mouvements surnaturels où l'âme désappropriée d*elle-même est tout entière sous Taction de Dieu et comme absorbée en lui. C'est ainsi, c'est par rapport à cet ordre supérieur de sentiments et d'idées, que Dieu est à l'âme ce que Tâme est au corps ; mais il ne faut pas vouloir tout ramener à cet ordre supérieur, comme l'ont fait les mystiques*
n Jésus-Christ promet à ses disciples de venir à € eux et d'y venir avec son Père et de ikire sa de- € meure dana leurs âmes (1). » Il a dit ailleurs et souvent répété qu'il est un avec son Pèr$\ et quand un apôtre lui dit : Mmurez^^um notre Pére et il tumiêuffit; — il répond : CeM gui me voit, voit mon P€re{i). Cela est clair quand on distingue l'être, l'esprit divin, le père des lumières, du mai qui en est une manifestation. Nous ne pouvons voir l'être que dans sa manifestation, le Père que dans le Fils. Présentement l'esprit divin n'éclaire Fâme que par la réflexion dumot et non point directement.
Ce n'est donc que dans la vie spirituelle, dans les courts moments de cette vie qui en sont comme les
(1) BOMQAt.
(3) Évangile nlon saint Jean, diap. JOV, versets 8 et fi.
avaqt-gQÛi^, que le père des lumières ^ copamuni- ^Modireçt^ipenU Quaqd le Fil^ parle f^mr Vfea iQQ Pèi^ et d*éUhlir ^ demeure dans les âmes d« çeu^ qyi Taiment, il leur anuu(t(;6 une coffîpiuqication plu^ intime et plus direç(0 encore avec Tespril que celle qui a lieu dans la vie de Thomme intérieur. Je viendrai avec mon Père; alors le moi et I amot la pensée et son objet, Tanioqr et ('être aimi seront fondus en un.
4c Ce n'est, dit sai^t Auguatin* ni (f^ qu'il y a d# « beau dans les apparences corporelles, ni ce que les « révolulions des temps nous apportent d*agréable; « ce ii*eat ni cet éclai de b lumière dont iee yenx « sont charmés, ni la douée impression des ehante H les plus mélodieux, ni 1» suâve odeur des pariums 4L ou def fleuri, ni la manne ei l# miel, ni tonl m
u qui peut plaire dans les voluptés de la chair
K 4te ji'est rien de tout cela, Iproque j'aime mon Dieu; « et néanmoins, o'est pomme une lumière, une vois, 41 Ui) parluai et encore je ne sais quelle volupté lûi*s- < quo j^aimo mon Dieu ; lumière, voii^, parfum, aiia ment que je goûte dans cette partie de moinnèoie K iptérieur^ et invisible où Lrilio aux yeux de mon m km une IqmUre qu^ ne borna pjNnt ïeBfêieet eè « sa fait entendre une mélodie dopt k tempa ne me- 4 sur^ j^îf^^ia durée, ejtjC* ^
Dans cette description si mie, saim Augustin trouve bien qu'il y aurait au-dessus de rorgapisa-
VI£ D£ L*£SPRIT. SU
tion grossière, une organisation plus fine, plus épurée, doat la première d est que l'enveloppe. C'est cette partie mtérieure * émiaeininent sensible, qui s'affecte et s'émeuL ;i la suili^ des idées ou dessentimeuts de i'àme les plus élevés; or, la volonté na pas plus d^empire sur les affections de cet organisme supérieur, qu'elle n'en a sur celles de l'organisalioii sensitive animale. C'est là aussi qu'est Tiniluence de la grâce, de Topération ou de la suggestion divine qui doit toujours être précédée ou amenée par uu certain travail actif de Tàme sur les idées analogues à ces états sensitifs, comme la représentation de tout ce qu il y a de bon, de grand, d'infini dans les desseins de la Providence. Les quiétistes pèchent en ce qu'ils font abstraction des actes du libre arbitre, ou des opérations de l'esprit sur les idées, comme condition de l'influence sensible de la grâce sur les états de calme et de bonheur de Fâme.
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