‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 47 sur 66 · TIE DE L*ESPR1T. 6M · texte numérisé non relu

TIE DE L*ESPR1T. 6M

sont tout entières dans la deuxième vie extérieure» et

celles de la ti uisième vie qui seule est aOianchie des sensatiouâ et de toute milueace matérielle. Ces deux vies sont aussi distinctes, aussi éloignées i*une de

l'autre que la vie active de l'iiuinme est loin de Taiiimalité.

La question est de savoir précisément si la troisième vie ne fieul pas coexister avec la deuxième, couiuie la seconde avec la première. C'est ce que je crois possible, en tant qu'on fait servir dans la pra* tique tes facultés de la deuxiènie vie à préparer la troisième, à élever jusqu a elle; mais il iaut pratiquer et non pas spéculer ; car il est vrai que les doctrines s'opposent dans leurs principes spéculatifs; conjnie par exemple l'intérêt et le dévouement, l'amour-propre et la charité, la vie en soi ou pour soi et la vie dans un autre.

11 est nécessaire d abord que le mai se fasse centre pour connaître les choses et lui-même qui se distingue de tout le reste ; mais quand la connaissance est acquise, apparaît l'idée d une iîn plus élevée que ce qui est conçu par Tesprit et à laquelle le moi luimême se rapporte avec tout ce qu il counait ou pense.

Nos facultés affectives procèdent d'une manière

inverse de celle des facultés coL;riitives. Comme le moi est le pivot et le pôle de celles-ci, ienan-mai ou l'abeorptioD du mai dans l'objectil' pur est la oondi-

m ANnmopoLooA

tioQ première et le plus haut degré de ceUâfi-là« Pour connaître, il faut que le nm aoît présent à lui^éne

et qu'il y 1 appui Le tout le reste. Pour aimer, il faut que le moi s'oublie ou se perde de vue, en se rapportant à Tètre beau, bon, parfait, qui est sa fin.

C'est par un principe infiniment supérieur à riiomme que nous pouvons ainsi nous élever entièrement au-dessus de nous-mêmes, au-dessus de l'honiuie concret. Ce |)rincipe qui est en nous, (jui luit au dedans de 1 hooiiiie, n'est pas T homme concret, mais la partie divine qui est en lui et qui tend à âe lejuixidi e à 6a fin, à la source d uù elle émaue.

Dépend-il de Tâme de passer par sa forée propre de l'état inléiieur à l'état supérieur? Il est évident qu'elle ne le peut pas indépendamment de toute condition, ou qu'il ne lui est pas donné de se modifier elle-même instantanément de deux manières opposées. Mats ce qu'elle peut, c'est de eonoevotr m huU m certain idéal de perfection, et de combiner les moyens dont elle dispose puur s'y élever piogiessive* ment et par une suite d'efforts. Il fiiuft eommeocer d'abord par vivre purement, «oralenent, sans tenir au monde que par le devoir; et, les sen sa tiens perdant alors leur empire, l'àme s'élève d'eUe^méme^ou par une grâce propre, vers son principe ; elle n'est plus le jouet de mille illusions, qui la séduisent oa la Isormeatent tant qu'elle est sous YasofitB de ïi^

VlB SB VSMIT. Mi

maginfttion et des sens* Mais Vùn se tromperait beau^'

coup si Ton croyait quil est au pouvoir de rime, dans !e déploiement même le plus énergique de son activité, de se soustraire tout d'un coup à l'empire des passions quelconques, lorsqu'elles ont planté ieura racines à la fois dans l'organisme intérieur et Fimagination unis ensemble par une mutuelle sympathie. Llndividn ne peut pas plus alors se modifier lut* iiièuie qu'il ne pourrait se guérir d'une maladie organique ou de la folie. Pour se tirer de l'abîme, il lui Aiutun point d'appui hors de lui-même. La religion vient à non secours, et le sentiment religieux ne vient lui-même que par la pratique des actes qui sont seuls en notre pouvoir, quels que soient les aènti* ments intérieurs.

Malgré tout le stoïcisme poBsiUe, l'esprit ne peut M soustraire aux variations nécessaires de Torga** nisme et de l'âme seiisitive. Cette âme s*atlri8te, se décourage, ou s'élève et se réjouit, suivant certains états successifs de la machine, et par des causes tout à fait indépendantes de l'intelligence et de la volonté. Tout ce que le moi peut faire, c'est de détourner son attention et de lutter avec plus ou moins d*effort; mais il arrive des états de Tàme et du corps où toute lutte est impossible.

« Les sens et Timagination liront aucune part 4 la

« paix ( t aux communications de i^i ace quo Dieu « peut faire à l'entendeiueBi et à i« mloQUàf d'uae

m AllTBft0P0U>61B.

« manière sunple et directe qui écliappe à toute ré- « flexion (f ). »

Je conçois, d'après lexpérience, comment la paix ou l*équilibre des sens et de l'imaginatioD, dans cer* taînes dispositions organiques, peuvent amener oecasionaellement dans Fentendement et la volonté un état de calme et de lucidité qui favorise Tâme dans ses plus hnutes opérations, et l'introduit comme dans un monde supérieur d'idées. Je conçois aussi comment le travail habituel de Tesprit, et Texercice soutenu (les facultés méditatives, li duisentau silence les sens et rimaginatiout ou les empécbentde prédominer; et cela sans aucune influence directe de I*àme sur le corps, ou du corps sur Tàme; sans que la substance spirituelle partage les passions de Tâmesenst* tive, ni agisse sur elle pour la modifier ; mais seulement en tant q ue l'état de Tune est la condition naturelle ou habituelle de Texercice des opérations ou fonctions de Tautre. Ce qui me paraît inconcevable, d'après les faits d'expérience, c'est que la vie intel- ' lectuelle reste inaltérable, indépendamment de tontes les condiLioDs nalurelles qu'elle peut avoir dans la vie sensitive et réciproquement- Voilà le miracle de YHmnme-Diiu : le stoïcisme ne peut aller j usque-U.

Deux conditions : Désirer ^ vouloir, faire effort pour s'élever au-dessus de cette condition animale

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par laquelle tous les éires sentants naissent et meurent de la même manière. 8" Prier, afin que Tesprit

(le sagesse vienne ou que le royaume de Dieu arrive. Il n'arrive qu'autant que la voie lui est préparée, il n*éclaire que le sens disposé à recevoir son impression : tel est Temploi de noire activité. Elle nous a été donnée pour préparer l'accès à cette lumière di-* vine dont la lumière physique est un emblème. Luci camparaia invenilur prior (4). Il iaut en eÛ'et que notre œil soit ouvert, bien disposé à se diriger volontairement vers l'objet d'où sont réfléebis les rayons Inmineux, pour que la vision s'accomplisse ; de même pour cette intuition interne d'une lumière plus hauté, il faut une préparation : Optavi (conatus sum) et daim êsirnihiêensus. Invùcavi et venit in me spiriim smpienHa (S).

Désirer (sentir ses besoins, sa misère, sa dépendance), et faire effort pour s'élever plus haut; prier, tenir l'œil tourné vers la source d'où vient la lumière; ainsi Thoinme se trouve en possession d*un trésor infini, inépuisable. Plus il use de ce trésor, plus il devient l'ami de Dieu et participe à tous les dons de la sagesse. Infinilus enim thésaurus est htH miniàus : guo qui uti mnt, participée facH eunt ami' citiœ Dei, propter disciplinœ dona commendati (3).,, Eet emm in iUà (sapientiâ) spiritus inteiligeMiœ^ eanetus, unieue, multiplex, subtiOe, dieertue^ certue^ euavis, amans bonum^ ùenefaciens (4j.

(i) Itf Sagesse deSatomoi^ chap, VII, vaisst sa. (3) id» Id. 7.

m id^ Id. iA.

(ft> td. Id. 93U

ISft âKTBIlOFOXXKIIX*

La vie de Thoraroe spirilLu î est supérieure, n<m* aeuloment à rinslinct de l'animalité» mais encore k rinsUnct de Thamanité, de telle sorte qa'il y a aum loin de l hoiiiiiic spirituel ou iiilérieui a l'homme animal ou extérieur (qui suit le vent des passions et de rinstabilité), qu il y a loin de rhorome le plus déve^ loppé dans tout ce qui tient à sa vie terrestre ou mondaine à ranimai dénué de raison, ou incapable de savoir ce qu'il fait et de s'en rendre compte.

Le rapport de subordination est le même entre la deuxième et la première de ces vies ou modes d*exis-i tence qu'entre la troisième et ta deuxième. L'homme extérieur n'entend pas plus les choses de 1 esprit que ranimai n*entend les choses de l'homme ou sa pitH pre existence. Ce qui entend est supérieur à ce (jui est entendu. L'homme spirituel entend seul les ch(h ses de l'homme terrestre* Celui-ci, loin de se cher^ cher» tcinl im^ii [>luLol à se Fuir, aussi ne se connaîtil, ne s'entend-il lui-même qu'imparfaitement, obscurément et à ce degré seul qui, constituant la personnaliie directe et non réfléchie, suffît néanmoins pour le rendre capabledemérite ou dedémérite. Il n a que ce degré d'activité irréfléchie qui distingue Télat de veille et de compos sut de celui de sommeil et 4^ délire. Cette distinction même n'a pas lieu pour le pur animal en qui les facultés sensitives et organi^ ques, externes et internes, s exercent constamment comme dans l'homme en ét^t d« rêve, de somnambulisme ou d'aliénation. Et c'est là une différence essentielle qui suiht pour montrer la supériorité de la nature humaine sur Tanimalité pure, k part tont

défeloppemanlde la vie de l'esprit. Le germe de eelle dernière vie existe toujours au Tond de Tàme où il a

été déposé par l'auteur de la nature, en attendaiules oecasioDS propres à le développer, dans ua temps ou un autre, dans un mode d'existence quelconque pré*

destiné ou préordonné selon les vues inipénétraLks de cette provideooe qui règle tout, même ce que nous attribuons au hasard. C*est dans ce sens que t homme inférieur se renouvelle en même temps que Ittiomme extérieur se détruit^ comme le dit si Lien le grand apôtre (1).

La vie de res[)î'it commence à luire avec le premier eflbrt voulu; le moi se manifeste lutéheurement; Thomme se connaît; il aperçoit ce qui est de

lui et le distingue de ce qui est du corps, mais l'homme extérieur prévaut et règne bientôt exclusivement. L'habitude d'agir obscurcit et annule presque le sentiment de l'activité propre. L'homme, mu sans cesse par des passions et des désirs relatifs aux biens sensibles, ignore presque qu*il a une volonté^ qu*il n*est lui-même qu'une volonté ayant en elle la force nécessaire pour surmonter toutes ces impulsions du dehors qui la troublent, la rendent esclave et mallieureuse, et prendre son vol vers une région plus haute oti est son repos, sa paix, son unique bien. LHnsUnct de Thomme extérieur acquiert ainsi un empire presque aussi fort que rinstinct aulmal ; il absorbe la vie de l'esprit, le nwi divin qui aspire à ressortir de cette boue et à rompre ses liens. L^aflhi^

(t) r t|iltre4oisiiUM]«SiMiiaiiiai,clM^I?«ie^

5M AirrUOPOLOGiE.

blissement des facultés de l'homme extérieur qui se détruit p6U à peu« fouroit à l'homme iotérieur des moyens plus faciles d'un renouvellement qui ne peut jamais être spontané, mais qui s'ubtieiu par une action entièrement libre, absolument étrangère aux dispositions sensîtives, à toute impulsion de la chair comme des choses du dehors; qui s'obtient surtout par une méditation soutenue, laquelle n'est ellemême que Texercice de Tactivité intellectuelle dans toute son énergie, et enfin par la pi ière fervente, où Tàme humaine s'élève jusqu'à la source de la vie, s'j unit de la manière la plus intime et s*y trouve comme identifiée par i amour.

La même disposition qui fait (|ue 1 ame s'élève vers Dieu comme d'elle-même et s'abandonne au sentiment religieux qui la remplit, fait aussi que l'esprit s'ouvre à la lumière des plus hautes vérités intellectuelles, les saisit avec plus de pénétration, et y adhère avec plus d'intimité. Au contraire, lorsque 1 esprit a'aflkisse et retombe dans les ténèbres de la chair, lonque les fAiltés intellectuelles languissent par des causes quelconques, morales ou physiques, le sentiment religieux s obscurcit et s'éloigne en même temps. Il semble que l'esprit divin abandonne l'homme en même temps que son propre esprit l'abandonne; ce qui pourrait iaire croire que ces deux esprits ne sont qu'tm, si l'on ne voyait des hommes du plus grand esprit, sclou le monde, dénués de tout sentiment religieux.

Certains mystiques ont pensé qu'il y a des états

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