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Air du Traquenard,
En arbalète inégal,
Mon attelage va mal.
Il est d'un mauvais cheval.
Talonné de deux cavales ;
Il est d'un mauvais cheval,
Borgne, poussif et bancal (1),
NOËL (2) pour 1 763
Sur l'air : Laissez paître vos bètes.
Dieu nu dans une é table A tous ne nous montre-t-il pas
(1) Ternie du bas peuple de Paris, qui veut dire boiteux. [Note de Piron.)
(2) Ces iVoc/s, dont on a de nos jours perdu l'usage et presque le souvenir, se composaient de couplets où , vers la fin de décembre, sur un air populaire, à l'occasion des trois Rois mages et de la Crècbe, on lançait une foule de (rails qui n'étaient ni fort décents ni fort clirétiens. Tableaux de genre et d'histoire, par F. Barrière; \ vol. in- 8°, 1828.
Combien est misérable
La gloire d'ici-bas ?
Et qu'il ne veut que charité, Que patience, humilité, Qu'amour et que simplicité?
Toits d'ardoise ou de paille , Esprit, talent rare ou commun ,
Bethléem et Versaille,
Devant lui tout n'est qu'un.
En l'air un mélodieux bruit Pour venir au divin réduit Réveille le monde à minuit.
De la céleste voûte Se détache un astre bénin ,
Pour indiquer la route
Et luire au Pèlerin.
Viennent, courant de tous côtés , Et pieds poudreux et pieds crottés, Et gens en guêtre et gens bottés ,
Plus d'un roi même y chante Le Gloria in excelsis :
L'Europe édifiante
En offre cinq ou six.
Messieurs, leur dit le saint poupon , Qu'à votre tête ne voit-on Briller l'un et l'autre Bourbon (1) ?
— Voulant qu'on nous regarde ,
{\) Le roi de France et le roi d'Espagne. [Sotede Piron.)
Répond un de ces rois jaloux, Seigneur, nous n'avions garde D'amener mieux que nous.
D'ailleurs, ne marchant qu'à grand train ,
Ils arriveront ce matin :
Car tous les deux sont en chemin ;
La croyance publique Ne les appelle pas pour rien ,
L'un le roi catholique ,
Et l'autre très- chrétien.
— Du moins je me serais flatté De voir, à ma nativité , Sa très-fidèle Majesté.
— Elle a craint pour sa vie, A cause qu'un certain quidam
De votre compagnie
A contre elle une dent.
Dieu courroucé , d'un œil ardent , Dit au bœuf en le regardant :
Parle, serais-tu ce quidam ?
La pauvre bête à corne , Croyant qu'on voulait l'étrangler,
Resta muette et morne
Et ne sut que meugler.
Jésus dit, d'un ton radouci :
Mon grand vicaire (1) et George (2) aussi
(•I) Le pape. (Note de Piron.)
(2) Le roi d'Angleterre. (Noie de Piron.)
Devraient , ce me semble, être ici.
Mais surtout mon vicaire, Qui, père commun de vous tous,
Le premier eût dû faire
Les frais du rendez-vous.
— Ce sont, dirent les assistants, Tous deux de fort honnêtes gens, Mais un peu brouillés dès longtemps.
Le Très-Saint Père et George, Crainte, ici se trouvant tous deux, De s'y prendre à la gorge, Sont demeurés chez eux.
J'aime mon image en Louis ,
Continua de Dieu le Fils ;
Et ses Parlements viendront-ils?
— Quel temps pourraient-ils prendre Seigneur, dans V éternel emploi
D'avoir à nous défendre , Nous, le Prince et la Foi ?
t Christophe, le bon prélat (\ ) ?
— Seigneur, il aime et fuit l'éclat.
Duc, Archevêque et frère oblat,
Ce nouveau saint Christophe, Faible, ferme, honoré, proscrit, Porte en grand philosophe Vous et le Saint-Esprit.
[\] Christophe de Beaumont, archevêque de Paris.
La moustache frisée au fer, Un Suisse, é cor chant son Pater, Entre, la pertuisane en l'air.
Il annonce l'élite, La fine fleur des beaux-esprits
Que la France a produite
Et qu'héberge Paris.
De Gênes l'heureux défenseur (1 ) , De Mahon le brave agresseur Ne dit que ces mots au Sauveur :
Bonjour, enfant céleste ; Tai mis mon chancelier au fait :
Il vous dira le reste (2) . . .
Et c était d'Olivet.
D'Olivet parle et prend le ton De son devancier Pelisson, Encense tout jusqu'à Vânon;
Couvre le bœuf de gloire, Même leur promet à tous deux
Place dans son histoire (3) ,
Ainsi qu'à leurs neveux.
La rivalité les brouilla.
Coups de pieds, ci; de cornes , là.
[\) Le maréchal de Richelieu.
(2) Allusion à la formule solennelle et consacrée par laquelle le roi en parlement , après avoir ouvert la séance , donnait la parole au chancelier chargé de faire connaître les volontés royales ; et réminiscence peut-être aussi du hon mot connu du roi Stanislas à madame de Bassompierre, maîtresse de M. de la Galaisière, chancelier du roi.
(5) Histoire de l'Académie française, publiée par l'abbé d'Olivet
Un sage abbé (1) leur crie : Holà!
Je vous ferai bien taire ; J'ai, pour ranger les animaux.
Prouvé mon savoir-faire
Aux Etats Généraux.
Ainsi qu'au Pape et qu'à l'Anglais, Ange de lumière et de paix, Nivernois parla bon français.
De l'orateur d'Enée Ayant la sagesse et le don,
Que notre llionée
Soit à jamais son nom !
L'aimable fils de notre Hector (2), Télémaque ensemble et Mentor, Ouvre la bouche et parle d'or.
On éclate en louange ; Sur son bien-dire il est monté.
Près de lui vole un ange.
Le voilà démonté.
Bernis paraît, chante et ravit.
Pour un chérubin on le prit.
Marie, admirant son esprit
Simple et des plus honnêtes, Lui dit : Monsieur, je ne sais rien;
J'ignore qui vous êtes :
Mais vous me plaisez bien.
(-1) M. l'abbé Belaville, qui a soutenu glorieusement les intérêts «le la France en Hollande. [Note de Piron.) (2) De Villars. (W.)
Séguier brilla, comme au Parquet, Pérora bien, mais eut tôt fait, Dont l'auditoire eut grand regret.
Sa réponse au reproche Fut qu'il était d'un petit bal
Et d'un médianoche
Près du Palais-Royal.
Vient le phénix, un qui, dit-on, Est lui seul, Homère, Platon, Sophocle, Tacite et Newton.
Il se fait faire place, Salue à peine V Eternel ; Et, pour toute préface, Dit : Je me nomme un tel (I) .
A son grand nom tout se baissa ,
Le bœuf de ruminer cessa.
L'âne les oreilles dressa.
Thiriot l'accompagne ,
Criant : Paix là ! silence un peu !
On se tait. La montagne Enfante un conte bleu.
Un de ses dévots zélateurs (2) En pond de toutes les couleurs Et qui ne sont guère meilleurs ; Puis, ronflant vers et prose, Il fait descendre l'entretien
(4) Voltaire.
(2) Marmontel. [Note de Piran.
De tout à peu de chose, De peu de chose à rien.
De la nature, en vrai docteur, Buffon chanta la profondeur Pour en faire admirer l'auteur.
Plein d'amour pour son père , Et content du physicien ,
L'enfant dit à sa mère :
Ah! qu'il nous connaît bien !
Le peintre du mignon Vert-Vert (1) Et de Cléon, méchant sans pair, De pleurs verse un torrent amer,
Les verse en conscience :
La preuve en est qu'aux râteliers
Il va, par pénitence,
Déposer ses lauriers.
L'auteur charmant de Zélindor (2)
A sa lyre, fidèle encor,
Mais vers les deux prenant l'essor,
Entonnait un cantique A la gloire du Roi des Rois,
Et l'orchestre angélique
Accompagnait sa voix.
Quand le David de Montauban (3) , Haut comme un cèdre du Liban,
(\) Gresset.
(2) Moncrif. (Yo/e de Piron.)
(3) Le Franc de Pompignan.
S'écria, d'un ton d'Artaban :
Que toute la chambrée, Au son chromatique et nouveau
De ma harpe sacrée,
Danse autour du berceau.
Puis, fait un grand signe de croix, Et, des ongles de ses dix doigts, Pince, repince mille fois.
Mais personne ne bouge, Tout est sourd, et même Vécho :
Il en devient tout rouge,
Et l'Enfant fait dodo.
Succède un bel-esprit tout frais (4) , Plein d'impromptu, de jolis traits, Et de mots nouvellement faits...
Messieurs, dit, à la ronde, Le doux Joseph, parlant tout bas,
Laissez dormir le monde,
Ou ne l'endormez pas.
Le congé pris, on s'en alla.
L'un Vautre on se congratula Des beaux coups de feu partis là,
Coups, disait-on, de maître ! Coups pourtant que l'abbé Trublet,
Seul, à part, disait n'être
Que coups de gibelet (2).
(1) N'importe lequel. (Note de Piron, qui, très-probablement, s'est désigné lui-même dans ces trois vers.)
(2) Petit foret pour percer un tonneau. (Figurément, coup de gibelet , grain de folie, légèreté d'esprit.)
Lors il met enjeu soji creuset, L'alambic et le trébuchet, Dissout, pèse, et, vu le déchet,
Resserrant sa coupelle, S'écrie : Hélas ! au prix de vous ,
La Mothe et Fontenelle ,
Qu'est-ce que de nous tous?...
On va croire, et l'on gagera Qu'indignée à ce propos-là, V Académie en murmura.
Monsieur le Secrétaire , Sur votre registre fleuri,
Attestez le contraire :
Ecrivez qu'elle a ri.
Rions de même, bonnes gens ; Fameux, obscurs, petits et grands, Buvons, chantons, vivons contens.
Dieu nu dans une étable Aux hommes ne montre-t-il pas
Combien est misérable
La gloire d'ici-bas ?
EPIGRAMME Sur ce qu'on me reprochait le célibat.
Tout poète qui triompha
Ne veut plus avoir de sa race,
Depuis qu'on a lu le Sopha (1) Et le poème de la Grâce (2).