A MONSIEUR LE COMTE DE LIVRY
Qui était à Compiègne (\).
Comte, sur les bords de VOise, Je me figure un palais Occupant plus d'une toise, Bâti sans doute à grands frais, Couvert peut-être d'ardoise, Tout comme il aura plu; mais Ce lieu ne vaudra jamais Certaine maison bourgeoise Qui vous attend à Paris.
Grâces, Plaisirs, Jeux et Ris, Nuit et jour y font la ronde ; Et certe une paix profonde Siégerait sous ses lambris, Si paix pouvait être au monde.
C'est, je l'avoue, un logis D'assez petite étendue ;
(I) Cette épîlre, qui se trouve dans les OEuvres complètes, a subi de tels retranchements de la part de Juvigny, quelle en est devenue méconnaissable. ÎNous croyons devoir la rapporter dans son entier et d'après l'original autographe, parce que les passages supprimés renferment, sur mademoiselle Quinault, sur mademoiselle Balicourt, sa cousine, et sur mademoiselle Dufresne, sa belle-sœur, des détails qu'il nous parait essentiel de conserver. En outre, nous rétablissons toutes les notules de la main de Piron. Les vers en romain sont ceux que Juvigny a retranchés.
Mais libre, et dans une rue (1) Où l'on entendrait trotter ~ La souris la plus légère ; Tandis que sur le derrière, C'est charme d'ouïr chanter, Sans qu'on ait soin de la cage, Et fauvette et rossignol Nichés dans un beau feuillage Qui sert, auprès du vitrage, De store et de parasol.
Du joli concert champêtre On s'approche tant qu'on veut; Si le cœur en dit, on peut Se jeter par la fenêtre.
Et, dans ces lieux fortunés, Tout le mal de l'aventure Serait de donner du nez Dans des touffes de verdure.
Balcon, moyennant cela, Belvédère (2), aussi bien là Pour échauffer la cervelle De Tonton (3) et de Bouiï (i), Que pour Binbin fut l'échelle Du Jardinier de Livry, Où fut posée une selle :
En sorte que je fis d'elle Mon Pégase favori (5).
(1) Rue du Pot-de-Fer, où le comte de Livry avait son hôtel.
(2) Il régnait le long des croisées une terrasse sur laquelle les demoiselles étudiaient leurs rôles. [Note de Piroii.)
(5) Mademoiselle Quinault. [ht.)
(4) Mademoiselle Balicourt. (Id.)
(5) Un jour, dans le parc de Livry (je travaillais à Gustave), je
Dans le riant ermitage Brillent deux jolis minois, Et, ce qui vaut davantage, Deux cœurs bons et francs gaulois :
Couple assorti, couple d'anges, Qui, tête à tête en ce lieu, Chantent tout bas vos louanges, Ainsi que celles de Dieu.
N'en déplaise au Père, au Verbe, Au Saint-Esprit, leur adverbe (<l), C'est un plaisir très-décent Que prend ce couple innocent , Pour démentir le proverbe Qui dit : Malheur à l'absent.
Des deux jeunes solitaires L'une devient grasse à lard; L'autre ne tardera guères :
Car on sait qu'à ses affaires Sympathie a bonne part ; Que chez elle, sympathie Fait santé, fait maladie :
Sa cousine rebondie Lui rendra son embonpoint.
Mais que sa cousine crie,
m'avisai, pour élever mes idées en m'approchant du ciel, de monter en haut de la double échelle qui servait à tondre les charmilles et de m'y jucher à califourchon, jambe de ça, jambe de là. Quelqu'un m'y vit sans que je m'en aperçusse, et le lendemain y étant remonté, je fus fort surpris d'y trouver posée une selle avec des étriers. [Note de Piron.)
(I) Ces deux vers appartiennent à l'abbé Legendre. (/</.)
Vite même mal la point.
L'approuvé-je en ceci? Point.
Bouri n'est qu'une étourdie.
Plainte à rien ne remédie.
Bouche close sur ce point.
Suffit que ma belle amie, Que vous appelez Tonton, Que Tonton, jadis momie, De graisse est un peloton ; Qu'enfin, grâce à sympathie, Vous trouverez deux dondons ; Et qu'une fois en leur vie Elles auront deux mentons.
Le pauvre mangeur d'éclanche M'a cependant chez Tonton, Ni de rougeàtre saumon, Ni de vive ferme et blanche, Ni de bleuâtre esturgeon.
Binbin pleure, Binbin crie, Binbin déteste la vie; Binbin voudrait du bonbon.
Pour n'avoir point de querelles, A Binbin les jouvencelles Promettent maint carpillon, Maint beau petit (4) barbillon Qui danseront, disent-elles, Dans le coin du pavillon, Au doux chant des Philomèles Et de maint autre oisillon.
(•I) Elles se divertissaient à nourrir dans une auge du fretin qu'elles prétendaient me servir en gros poissons. Cela ne réussit pas. (Note de Piron.)
Venez donc, l'ami des belles ; Venez, le prince à Biubin.
Amour puisse, un beau matin, Vous mettre au dos (1) ses deux ailes, Et tous ramener bon train !
Je vous dirai, pour nouvelles, Çw'Eryphile (2) est morte enfin ; Mais non le censeur malin Qui déjà suit à la piste La Vérité fabuliste (3), Et qui, chez Servandoni, Où court un monde infini, Sur un portail se délecte A bien dauber à son gré Le devis (4) de l'architecte Et les projets du curé.
Adieu, comte qu'on respecte
De ce respect tempéré
Des douceurs de la tendresse,
Le seul respect désiré
De tout cœur où gît noblesse .
Respect de la bonne espèce
(1) Un jour de Fête-Dieu, seigneurs et dames vinrent à ma fenêtre voir passer la procession de Saint-Sulpiee. Danchet et moi nous les reçûmes habillés en anges. Il avait G2 ans et moi 42. M. de Livry, à un bal ensuite, emprunta mes ailes et dansa gaillardement avec. [Note de Piron.)
(2) Tragédie de Voltaire, jouée en 1 752.
(5) Pièce de Launay, an\ Italiens. (Vo/e de Piron.)
(4) Ici un renvoi est marqué par Piron, qui l'a laissé en blanc. Servandoni était à la fois architecte et peintre. Né à Florence en 1005, mort à Paris en 17-jG.
Que vous m'avez inspiré, Et m'inspirerez sans cesse.
Vive l'amour et le vin !
Vive Tonton l'indocile ! Vive Bouri la tranquille !
Vive le barbu Binbin !
Vive Loulou la débile !
Vive le maître à Quinquin !
ÉPIGRAMME
Le lion, vieux et malade, Bu baudet, avant sa mort, Recevant une ruade, De se lamenter eut tort.
Vieux et mourant, si le sort A des mépris me condamne, Je le remercierais fort Si ce n'est qu'à ceux d'un âne.
18 mai 1732.