A MADAME LA MARQUISE DE LIVRY
Vous, pour qui mon brave Cortès (1) Eût plutôt conquis l'Amérique Que pour VElvire chimérique Dont j'imaginai les attraits ; Marquise aimable et généreuse.
Je ne forme que deux souhaits :
Faites des heureux à jamais, Et soyez à jamais heureuse !
Jeudi (2), chez moi votre bonté
A fait que tout a bien été,
Dont f ai l'âme toute joyeuse.
Par votre libéralité
D'une ronde reconnaissante
Vous fîtes la félicité,
Et bien par delà mon attente.
(1) On le jouait alors. [Soie tic Piron.)
(2) Voyez la note à la fin. (Id.)
Aussi, me sens-je un peu honteux.
Vous doublez au lieu de rabattre :
On demande un, vous donnez deux; Promettant deux, vous donnez quatre.
Continuez : c'est fort bien fait.
J'en fais autant. Mon cœur sensible Qui, pour prix de votre bienfait, Ne promit d'être susceptible Que d'un détournent très-parfait Et respectueux au possible, Suivant son inclination, Va jusqu'à l'adoration ; Plus loin si vous voulez encore :
Car à ce terme on est borné, Et borne, à tout poète-né, Est ce que le plus il abhorre.
Mais revenons à mon dîné,
Dont je vous rends très- humble grâce.
De ce repas si fortune
Ce qui me reste m'embarrasse,
Faute d'un mets assez mesquin.
Vins précieux, pâté divin,
Chez moi le délicat foisonne;
Il ne me manque que du pain :
Dites à Brunet (1 j qu'il m'en donne.
(I) Intendant de la maison. [Sole de l'iron.)
Nota. Ayant demandé à madame de Uvry du vin d'Espagne pour un dîner que je devais donner, elle m'envoya un pâle de jambon, la moitié d'un saumon frais tout accommodé, douze bouteilles de vin d'Espagne, douze de Champagne et cinquante de Bourgogne. Ce remerciment, tout mal qu'il est fait, me valut 600 livres que l'on me devait depuis quelques mois, et qui me furent envoyées le lendemain par l'héritier de M. le comte. (/</.)
ÉPIGRAMME
En renvoyant à M. l'avocat-général Dauriac le premier volume du dernier roman de l'abbé Prévost, dont un des héros est le P. cellérier de la Trappe, coupable de mille atrocités; entre autres aventures, il y est raconté, par un autre, qu'il a trouvé, sur le grand chemin, un mendiant avec sa femme et un enfant dont il avait déjà mangé l'ainé. Tout le premier volume étant dans le même goût, je ne me souciai pas de lire le second.
Le vilain roman que voilà ' L'horreur est tout ce qui m'y frappe. Lise le reste qui pourra, Et qui voudra morde à la grappe !
Au diable si Von m'y rattrape !
Fi ! je trouve encor plus affreux Le dom cellérier de la Trappe Que le dom B des Chartreux.
L'auteur du Glorieux (I), non moins modeste ni moins délicat que celui de Didon (2). s'est fait graver à la tète du recueil de ses froides comédies, et s'est honoré d'une inscription en quatre vers où il se félicite de n'avoir jamais fait que du bon et d'être un parfait honnête homme. La pure vérité est :
Qu'il fit bien du pitoyable, Peu de bon et rien de neuf.
(1) Deslouclies.
(2) Le Franc de Pompipnan.
Pour une pièce passable, II en laisse huit ou neuf Qui ne valent pas le diable.
Sur quoi se fit cette fable :
Que Thalie ayant au bœuf Paru dulsante à merveille, Il s'en fît l'époux la veille Du jour qu'il en devint veuf.
De l'esprit V histoire est telle.
Et l'âme l'avait-il belle ?
Il eût tondu sur un œuf :
C'est tout ce que je sais d'elle (1).