A MADAME DE TENCIN
En lui envoyant ce que la mode appelait, en ce temps-là , un parfait contentement. C'était une longue suite de rubans entrelacés qui, du dessous du menton, descendait presque jusqu'à la ceinture. Le parfait contentement qu'on envoyait ici était composé de rubans de toutes couleurs. Notez que j'avais signé : Piron de Marivaux, à cause du tour entortillé de cette pièce.
Rubans de toutes les couleurs, Allez-vous étaler où j'aurais mis des fleurs
Si nos prés (1) n'étaient pas sous l'onde.
Allez briller en lieu divin
Et faire florès sur un sein Qui renferme le cœur le plus noble du monde. Jaloux du nom flatteur dont on vous appela.
Ne vous imaginez pas là
N'être qu'un ornement frivole.
Bu bel-esprit universel Qui prend dans ce grand cœur son éclat naturel,
Vous serez l'aimable symbole.
Parfait contentement, alors tout glorieux
De représenter à nos yeux
Quelque chose que l'on adore, A juste titre, ayez le beau nom de l'effet (2)
(-1) C'était l'année do la grande inondation qui n'avait pas eu sa pareille depuis plus d'un siècle. Madame de Tencin demeurait rue Saint-Honoré, après le eul-de-sac de l'Oratoire, et Ton n'entrait chez elle qu'en bateau. (Note de Piron.)
(2) Parfait contentement. (Id.)
Que sur tous nos esprits ce bel-esprit a fait, Fait et fera longtemps encore.