‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 71 sur 78 · A AI. JEHAN N IN · texte numérisé non relu

A AI. JEHAN N IN

L'œil pesant, le sourcil froncé

Et dans un fauteuil enfoncé,

Je rêvais. A quoi ? Je l'ignore.

A rien. Que sais- je ? à moins encore.

J'étais dans cet étal enfin

D'assoupissement, de chagrin

Où plongent le lecteur, sans faute,

Quelques scènes de Pellegrin

(I) Mon médecin. [Note de Piron.)

(I) Elles étaient alors à Fontainebleau, où elles suivaient de temps en temps la cour avec la Comédie-Française.

Ou quelques pages de Lamolhe.

Quand las à la fin de bâiller, J'invoquai le Caprice à Vaide, Dieu parfois très-bon conseiller.

Il vient : Que veux-tu ? — Le remède A la léthargie où je suis.

— Bois ! — Pardonne-moi : je ne puis; Le remède n'est plus de mise

Depuis que les cabare tiers

Ne vendent d'autre marchandise

Que celle de la Brinvilliers.

— Aime ! — Eh ! qui, diable, aimer ? les belles Dont les précieuses faveurs

Le plus souvent sont plus cruelles Que les plus cruelles rigueurs ?

— Rime ! — Bon ! Pour qu'un jour j'assomme De mes écrits quelque honnête homme

Qui n'y pense pas maintenant !

Cherche un avis plus salutaire.

Ne puis-je mieux sortir d'affaire ?

Ni fuir l'ennui qu'en le donnant ?

— Oh ! si touk.ce que je propose, Toujours je le propose en vain, Reste dans ton maudit chagrin.

Que te faut-il donc ? — Peu de chose : Un mot de lettre de Jeannin.

— Un mot de lettre, dit le dieu.

Crois-tu donc cela si faisable Pour un homme toujours à table, Toujours au lit ou bien au jeu ?

Ton Jeannin, buvant à la ronde, Près d'Iris s'enivre g aiment

El ne songe pas seulement Qu'il esl un Piron dans le monde.

Si lu m'en crois, lu l'oublieras.

— L'oublier ! m'écriai-je ; hélas !

Fût-il cent fois plus insensible, C'est à toi très-mal avisé ; Je demandais du malaisé :

Tu me proposes l'impossible.

ÉPIGRAMME

A l'auteur du livre inconnu intitulé Essais sur Vhomme, sage, et dédié à un fermier-général, qui lui donna une commission.

Abel Bourret (1), auteur moderne, Le ventre et le cerneau creux comme une lanterne, Composa vite un livre en cette extrémité. Fut-ce pour avoir place au Temple de Mémoire ?

Prétendait-il à l'Immortalité ?

Non, vous ne savez pas l'histoire.

Il voulait se tirer de la nécessité, Ne sachant où trouver de quoi manger et boire. Ce ne fut pas le livre aussi qui l'en tira,

Le libraire vous le dira,

Mais l'épltre dédicatoire.

(1) A publié, on 4699, un ouvrage anonyme intitulé : Essai sur te caractère de Vhomme sage et prudent. Voir Rarbier : Dictionnaire des anonymes.

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