‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 75 sur 78 · TRADUCTION EN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

TRADUCTION EN FRANÇAIS

Ici gît si peu que rien;

Un drôle qui s'appelait Brehaigne ;

Natif de Dijon vers Talant,

Qui n'est maintenant ni gai ni triste.

Une fut ni maître ni clerc,

Ni colonel, ni porte-enseigne,

Ni capitaine, ni soldat,

Non pas même à la Sainte-Hostie ;

Il ne mania, pioche ni fléau,

Cric, équerre, serpette, ni cognée;

Il ne fut ni prêtre, ni corbeau,

Juge, procureur, ni bourreau,

Peu ni prou durant sa vie.

Fit-il pas bien de n'être rien ?

Formé d'un peu de boue devenue cendre,

N est-on pas bien gras sous terre

D'avoir, sur cette terre, été quelque chose?

(1) Nous devons cette traduction à l'obligeance de M. \bel Icandet, de Yerdun-sur-Saône.

ÉPITAPHE DE SON PÈRE (1) (aimé piron)

Ici repose Aimé Piron Etendu, couché de son long, Jusqu'à la terrible journée Par le divin pasteur prônée, Où jeunes, vieux, petits et grands Seront jugés en même temps.

Quand sera-t-elle ? Hélas ! peut-être Est-elle à la veille de naître !

Nous la touchons du bout du doigt :

C'est pourquoi, passants, croyez-moi, Ne sachant ni le jour ni l'heure De votre dernière demeure, Fuyez du démon les filets ; Veillez, priez, tenez-vous prêts.

Cest à quoi ce mort vous invite :

Puis, enfin, d'un peu d'eau bénite Rafraîchissez-le, s'il vous plaît, Afin qu'autant vous en soit fait Quand ainsi que lui, chose sûre, Des vers vous serez la pâture, Poudre, cendre ; en un seul mot : rien. Il faut mourir, pensez-y bien (2).

(1) Il nous semble curieux de mettre à la suite de Tépitaphe de Piron, celles que son père et son neveu composèrent pour eux-mêmes et que nous empruntons à la brochure déjà citée de M. Auguste de .*"

(2) M. Mignard vient de publier des Noëls inédits d'Aimé Piron, \ vol. in-12; Dijon, Lamarche, 1858.

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