‹ Œuvres inédites: Le neveu de Rameau. Voyage de HollandeChapitre 25 sur 78 · A MADËMOISEU^ JODIN, a Varsovie · texte numérisé non relu

A MADËMOISEU^ JODIN, a Varsovie

Quoi I mademoiselle , ce serait tout de bon , et en dépit de l'étourdissement de l'état^ des passions et de la jeunesse, qu'il vous Tiendrait quelque

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pensée solide, et l'ivresse du pre'sent ne tous empêcherait pas de regarder dans l'avenir I Est-ce ^e vous seriez malade? Auriez-vous perdu l'enthousiasme de votre talent? Ne vous en prometteriez-TOUS plus les mêmes avantages? J'ai peu de foi aux conversions, et la prudence m'a toujours paru la bonue qualité la plus incompatible avec votre caractère. Je n'y comprends rien. Quoi qu'il en soit, si vous persistez à vouloir placer une somme à fonds perdu, vous pouvez me l'adresser quand il vous plaira. Je tâcherai de répondre à cette marque de confiance en vous cherchant quelque emploi avantageux et solide : comptez sur ma discrétion , comptez sur toute la bonne volonté de madame Diderot. Nous y ferons tous les deux de notre mieux. Envoyez en même temps votre extrait baptistaire si vous l'avez, ou dites-nous sur quelle paroisse tous avez été baptisée, afin qu'on puisse se pourvoir de cette pièce qui constate votre âge et vos surnoms. Il n'y a presque aucune fortune particulière qui ne soit suspecte, et il m'a semblé que dans les plus grands bouleversements de finances, le roi avait toujours respecté les rentes viagères constituées sur lui. Je donnerais donc la préférence au roi, à moins que vous ne soyez d'une autre opinion. Mais je vois avec plaisir par votre lettre du jour de l'an, que ce projet de vous assurer quelque revenu à tout événement, quoiqu'il soit bien sage, n'est point

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le tour de tête d'un bon moment^ et que tous y persistez. Je tous en fais mon compliment; nous Toilà donc tout prêts à vous servir, et moi en mon particulier un peu soulagé du reproche que je me faisais d'avoiif peut-être donné lieu par mon silence et mon délai à la dissipation de vôtre argent, et rendu inutjle une des meilleures vues que vous ayez eues. Détachez-vous donc promptement de cet argent, qui est certainement dans les mains les moins sûi'cs que je connaisse, les vôtres. Si je ne le tiens pas avant un mois d'ici» je ne compterai sur rien. La mère et l'enfant sont infiniment sensibles à vos souhaits et à votre éloge , elles seront très-heureuses toutes les fois qu'elles apprendront quelque chose d'agréable de TOUS. Vous savez, pour moi, que si l'intérêt que je prends à vos succès, à votre santé, à votre considération, à votre fortune, pouvait servir à quelque chose, il n'y aurait sur aucim théâtre du monde aucune femme plus honorée, plus riche et plus considérée. Notre scène française s'appauvrit de jour en jour; malgré cela. Je ne vous invite pas encore à reparaître ici. U semble que ce peuple devienne d'autant plus dîfïïcile sur les talents, que les talents sont plus rares chez lui ; je n'en suis pas étonné , plus une chose distingue, plus on a de peine à l'accorder. L'impératrice de Russie a chargé quelqu'un ici de former une troupe française, aurez-vous le courage de pas-

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55o CORRESPONDANCE.— ,767.

ser à PétersLourg et d'entrer au service d'nne des plus ëtoQDantes femmes qu'il y ait au inonde ! Réponse là-dessus. Je tous salue et tous embrasse de tout moD cœur. Sacrifiez auz grâces, et étudiez surtout la scène tranquille; jouez tous les matins pour votre prière la scène d'Athalie arec Joas, et pour votre prière du soir quelques scènes d'Agrippine avec Néron; dites pour bénédicité la scène première de Phèdre et de sa confidente» et supposez que je vous écoute; ne vous manierez point surtout. Il y a du remède d l'ent' peséf au raide , au rustique» au dur , i FignoUe; il n'y en a point à la petite manière ni à l'aSëterie. Stwgez que chaque chose a son tcm. Ayez quelquefois de l'emphase, puisque le poète en a. N'en ayez pas aussi souvent que lui, parce que l'emphase n'est- presque jamais dans la nature; c'en est une imitatico outrée. Si vous sentez une fois que CorneiUe est presque toujours à Madrid et presque jamaiâ dans Rome» voas rabaisseres souvent ses richesses par la simplicité du ton , et ses personnages prendront dans votre bouche un héroïsme domestique» uni» franc» sans apprêt» qu'ils n'ont presque }amais dans ses pièces. Si TOUS sentex ooe fois combien la poésie de Racine est harmonieuse» nombreuse» filée „ eh^itanle, et combien le chant cadencé s'accorde peu avec la pasûon qû déclame m qui parle ; vnns vo«s étudierez, à nous dérober son eziréme musique;

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COHRESPONDAMCE. — 1768. 35i

vous le rapprocherez de la conversatioD noble et simple, et tous aurez fait un grand pas, un pas bien difEcile. Farce que Racine fait toujours de la musique, racteur se transforme en un instrument de musique; parce que Corneille se guindé sans cesse sur la pointe des pieds, l'acteur se ■ dresse le plus qu'il peut; c'est-à-dire qu'on ajoute au de'faut des deux auteurs. C'est le contraire qu'il fallait iàire. Voilà, mademoiselle, quelques préceptes que je tous envoie ; bons ou mauvais, je suis sûrqu'ils sont neufs; mais je les crois bons. Garrick me disait un jour qu'il lui serait impossible de jouer un rôle de Racine, que ses vers ressemblaient à de grands serpents qui enlaçaient un acteur, et le rendaient immobile; Garrick sentait bien et disait bien. Rompez les serpents de l'un, brisez les écbâsses de l'autre.

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