A MADEMOISELLE JODIN
Toutes Tog afifaires, mademoiselle, sont dans le meilleur ordre ; n'ayez , je tous prie , aucnue inquiétude sur la sûretd de vos fonds. J'en ai use pour TOUS comme j'aurais fait pour moi-même, et, lorsque tous serez de retour à Paris et que je TOUS remettrai tos titres, tous Terrez que je me -serais bien gardé d'aventurer une somme assez considérable sur la tête de ma fille , si cet emploi ne m'avait pas semblé plus avantageux et plus solide qu'aucun autre. Dormez tranquillement; pour que vous souffrissiez quelque chose il faudrait que l'État se bouleversAt de fond en comble. Jusqu'àpre'sent les rentes viagères ont été sacrées. Le gouvernement n'ignore pas qu'il est dépositaire, en cette partie, de toute la fortune de ceux qui ont eu confiance en lui , et qu'en trompant cette confiance il réduirait un million de citoyens à la mendicité; ce q^il n'a jamais fait et ce qu'il De fera point. C'est son intérêt. C'est sous peine de ruiner absolument son crédit. Celai que j'avais chargé de toucher vos rentes a égaré votre certificat de vie. Aussitôt ma lettre reçue ayez la bonté de m'en envoyer un autre. Le plus tôt sera le mieux.
,,-.^hyGoo^lc
COKBESPOHDAHCE. — 1770. 577
Travaillez , ne vous contentez pas de vos succès , prêtez moins l'oreille à ceui qui vous applaudissent qu'à ceux qui vous critiquent. Les applaudissements vous laisseront où tous en êtes; les critiques, si tous en profitez, tous corrigeront de Tos défauts et perfectionneront Totr« talent. Mettez à profit leur nauTaise Toloaté.
Adoucissez votre caractère violent, sachez supporter une injure ; c'est le meilleur moyen de la repousser. Si tous répondez autrement que par le mépris , tous tous mettrez sur la même ligne que celui qui vous aura inanqué.
Surtout mettez tout en oeuvre pour tous rendre agréable à tos associés.
Je TOUS ai tant précÈée sur les mœurs, et ma morale est si &cile it suiTre, qu'il ne ne' reste* pins rien ^ tous dire U dessus.
3o.r-.A M. GRIMM,
n{onsiEDR le maître de la boutique du ffçiix (oujours veri, tous rétractez-Tous quelquefois? Eh biçnl en toÎci une belle occasion. Dites, s'il VQ11S plait, à toutes tçs augustes pratiqi;^^ que
D,gn,-.rihyGOO^IC
c'est très-mal à propos que tous avez" attribué rÎDCf^aito à la traductioD des Nuits d'Young par M. Le ToQrneur. Dites , sur ma parole , que cette traduction, pleiue d'harmonie et de la plus grande richesse d'expression , une des plus difficiles à faire en toute langue , est une des mieux faites dans la nôtre. L'édition en a été épuisée en quatre mois, et l'on traTaille à la seconde; dites encore cela, car cela est vrai. Ajoutez qu'elle a été lue par nos petits* maîtres et nos petites-maitresses, et que ce n'est pas sans un mérite rare qu'on îxA. lire des jérémiades à un peuple firiToie et ^i. Vous n'ignorez pas que la gloire qu'un auteur retire de son travail est la portion de son honoraire qu'il prise le plus ; et voilà que vous en dé- • pouillez M. Le Tourneur ! et c'est vous qu'on appelle le juate par excellence ! C'est vous qui commettez de pareilles iniquités I Mais le libraire Bleuet qui s'est chargé de l'ouvrage, qui en a avancé les frais et l'honoraire i l'auteur, que vous a-l-il fait? Ternir la réputation d'un homme de lettres I Sceller autant qu'il est en soi la porte d'un commerçant! Ah, monsieur Grimm, monsieur Gri/nm ! votre conscience s'est chargée d'un pesant fardeau ; et il n'y a qu'un moyen de ^eo soulager, c'est de rendre incessamment à M. Le Tourneur la justice que vous lui devez. Si vous 'rentrez en vous-même ce soir , lorsque vous serez de retour de la Comédie italienne, oîi vous vous
,,-erihyGOOglC
CORHESPOHDANCE.--I770- ^79
êtes laissé entraîner par madame de Forbach, lorsque les sods de Gre'try ne retentiront plus dans Tos oreilles j et que Totre imagination ne s'occupera plus du jeu de l'inimitable Caillot, lorsque tout. étant en silence autour de Vous, vous serez en état d'entendre la voix de votre conscience dans toute sa ibrce, vous sentirez que vous laites un métier diablement scabreux pour une ame timorée.
ai— A M. DE SARTINE,
Juin 1770.
MonsiEDRjj'ai fait ce que vous m'avez ordonné ; mais, pour remplir votre objet, il a fallu me montrer un peu, et exposer ce que j'avais ouï dire de la pièce, afîu d'en 'faire parler les autres. II m'a paru qu'on prenait la chose assez froidement : quand on a embrassé un état, il en faut savoir sup-
* Comédie de Palissot, ea trou actes et en vera , et dont le preinier titre eit le Saliritfue, L'auteur avait composa cetts pièce dans le phia grand secret ; il avait même fait répandre que c'était une satire TÏolente contre lui. Le maréchal de Ricbelien protégeait l'auteur ; cependant le tecret transpira , et le jour inéme oii l'ouvrage devait ttre représenté , un ordre de M. dé Sartine le fit supprimer. Edit'. '
,,-erihyGoogle
38o COB.KBSPOHDAHCE— 177a.
porter les dégoûts. D leur a été împoesîUe de concevoir une haate opinion da talent d'un homme malhonnête ; car ceiiû-là est malhmmête qni calomnie pabliqnement, et qui dévoue^ autant qu'il dépend de lui, à la haine générale de bons citoyens. Au reste , votre condescendance sur ce point sera toujours regardée cooune une nécessite à laquelle tous n'aurez pu toub soustraire. Us savent tous qu'ils ont mérité quelque ctmsîdération de votre part, et ils redoutent plus pour vous les réQexions d'un public impartial, qne pour eux la méchanceté d'un poète. Ce que tous penses vous-même de la licence que cet exemple pourrait introduire ne leur a point échappé. Quant à moi, qui n'ai pâs la peau fort tendre, et qni serais plus honteux d'un défaut que j'aurais, qne de cent vices que je n'aurais pas, et qui me seraient injustement reprochés, je vous réitère que si j'avais été le censeur du Satirique, j'aurais souri à tontes ces injures, n'en aurais fait effacer aucune , ^ les aurais regardées comme des coups d'épingles plus douloureux à la longue pour l'auteur que pour moi. Cet homme, quel qu'il soit, croit nV yoÏT aiguisé qu'un couteau h deux tranchants : il s'est trompé.! îl y en a trois ; et le tranchant qui coupe de son côté le blessera plus grièvement qu'il ne pense. Quelle est la morale de sa comédie? c'est qu'il &ut fermier sa porte à tout honuue d'esprit sans princijps et sans probité. On la lui ap-
D,gn,-.rihyGOO^Ie
CORRESPONDANCE. — 1770; ' 38k
pliquera, et le sort qui l'attend est le mépris, et nnedemeure àc6téde F '.
Je ne crois pas que la pièce soit de ce dernier ; on n'est pas on infâme assez intrépide pour se joner soi-même, et poor faire trophée de sa scélératesse. Si c'est M. de Rnlhière, coupable de la même indignité que P"'"" , il est pins yil que lui, puisqu'il s'en cache.
Au reste, monsienr, si Fauteur croit que quelques vers heureux suffisent pour soutenir un ou- TTage dramatique , il en est encore à VA , B ,C, du métier. Le sien est sans verre, sans génie, sans intérêt. Son Oronte est plat ; ce n'est qu'une mince copie de l'Orgon de M<dtère , dans le Tartufe. Son Dorante aurait de belles et bonnes choses à dire qui le caractériseraient ; mais l'auteur ne pouvait les trouver ni dans son cœur ni dans son esprit : et ce personnage , prétendu philosophe , n'est pas même de l'étofFe d'un homme du monde. Ije Satirique , faible contre-partie du MéckantAe Gresset, n'en a ni la grâce ni la légèreté. Julie est une fille mal élevée qui conspire avec sa soubrette, bassement, et contre toute délicatesse d'une personne de son état, pour attirer le satirique dans un piège. Le satirique, qui se & à ces deux ièmmes , est un sot. Dorante , qni Muflfre
' Diderot était encore alofs dans l'erreur coiUmuiie paiaqu'îl iitdliiuùt i regarder t^Ussot comme étranger Jt cette piice qae, ' dspoii , cet BUtear ■ inniée et (iéfeadiie aMc chaietn'. Edi^.
,,-erihyGOOglC
582 CORRESPONDANCE. — ij?"-
patiemment devant lai un coquin qui a composé et mis sur son compte un libelle contre un tuteur honnête dont il aime la pupille , est un lâche. Cela est sans mouvement et sans chaleur , et tous ces personnages ne semblent agir que pour proayer que toute idée d'honnêteté est étrangère k l'auteur. Aussi suis-je persuadé qu'il y a tout à perdre pour lui > et qu'il ne lui restera que l'ignominie d'avoir fait des tirades contre des gens de bien , ce qui ne sera pas compensé par le trèsmince et très-passager succès d'une très-médiocre pièce. Je plains cet homme de déchirer ceux daal les conseils lui apprendaïent peut-être à tirer un meilleur parti de son talent. Il ne tardera pas à dire comme M. p**""*"^ qu'il n'est pas trop sûr d'être bien aise d'avoir feit cette pièce. Du moins Ëiudrait-il que sa satire fût gaie ; mais elle est triste, et l'auteur ne sait pas le secret de nuire avec succès.
Il né m'appartient pas, monsieur, de vons donner des conseils ; mais si tous pouvez faire en sorte qu'il ne soit pas dit qu'on ait dçuz fois, avec votre permission , insulté en public ceux de vos concitoyens qu'on honore dans toutes les parties de l'Europe; dqnt les ouvrages sont dévotes de près et au loin; que les étrangers révèrent, appellent et, récompensent; qu'on citera, et qui conspireront à la gloire du nom français, quand vous ne serez plus ni eux non plus; que les voya-
,,-erihyGOOglC
geurs se font un devoir de visiter à présent qu'ils sont, et qu'ils se font honneur d'avoir connus lorsqu'ib sont de retourdaos leur patrie , je crois, monsieur , que vous ferez sagement. Il ne faut pas que des polissons fassent une tache à la plus belle magistrature, ni que la postérité, qui est tonjours juste , reverse sur vous une petite portion du blâme qui devrait résider tout entier sur eux. Pourquoi leur serait-il permis de tous associer à leurs forfaits ? Les philosophes ne sont rien aujourd'hui , mais ils auront leur tour : on parlera d'eux, on fera l'histoire des persécutions qu'ils ont essuyées , de la manière indigne et plate dont ils ont été traités sur les théâtres publics ; et si l'on vous nomme dans cette histoire , comme il n'en faut pas douter, il faut que ce soit avec éloge. Voilà mon avis, monsieur, et le voilà avec toute la franchise qde vous attendez de moi ; je crains que ces rimailleurs-là ne soient moins les ennemis des philosophes que les vôtres.
Je suis avec respect , etc.
,,-erihyGoogle
,,-erihyGOOglC