SOI
Ëst'-ce qu'il ne vous £)it aucun bien?
LDI.
S'il en &it à quelqu'un, c'est sans s'en douter. C'est un philosophe dans son espèce ; il ne pense qu'à lui , le reste de l'univers lui est comme d'un clou à un soufflet. Sa fille et sa femme n'ont qu'à mourir quand elles voudront , pourvu que les cloches de la paroisse qui sonneront pour elles continuent de résonner la douzième et la dixseptième ^ tout sera bien. Cela est heureux pour loi , et c'est ce que je prise particulièrement dans les gens de génie. Ils ne sont bons' qu'à une
,,-erihyGOOglC
chose f passé cela, rien ; ils ne savent ce que c'est
' d'être citoyens, pères, mères, parents, amis. Entre nous , il faut leur ressembler de tout point,
' mais ne pas désirer que la graine en soit commune. Il iàut des hommes ; mais pour des hommes de génie, point, non, ma foi, il n'en faut point. Ce sont eux qui changent la &ce du ^obe ; et dans les plus petites choses, la sottise est si commune et si puissante qu'on ne la réforme pas sans charivari, n s'établit partie de ce qu'ils ont imaginé, partie reste comme il était ; de li deux évangiles, un habit d'arlequin. La sagesse du moine de Rabelais est la vraie sagesse pour son repos et pour celui des antres. Faire son devoir tellement quellement, toujours dire du bien de monsieur le
' Prieur et laisser aller le monde à sa fantaisie. n va bien, puisque la multitude en est contente. Si je savais l'histoire, je vous montrerais que le mal est toujours venu ici bas par quelques hommes de génie; mais je ne sais pas l'histoire, parce que je ne sais rien. Le diable m'emporte | si j'ai jamais rien appris, et si , pour n'avoir rien \ appris, je m'en trouve plus mal. J'étais un jour i à la table d'un ministre du roi de **", qui a de l'esprit comme quatre ; eh bien , il nous démontra clair comme un et im font deux, que rien n'était plus utile aux peuples que le mensonge ,
• rien de plus nuisible que la vérité. Je ne me rappelle pas bien ses preuves , mais il s'ensuivait
,,-erihyGOO^IC
to LE HEVEO
évidemment que les gens de génie sont détestables, et que si un eoiàDt apportait en naissant, sur son front, la 'caractéristique de ce dangereux présent de la nature, il faudrait ou l'étoufier, ou le jeter aux canards.
MOI
Cependant ces personnages-U, si ennemis du génie , prétendent tous en aToir.
LUI. ■ '
Je crois bien qu'ils le pensent an dedans d'eru:- ^nêmes , mais je ne crois pas qu'ils osassent l'a- Toucr.
C'est par modestie. Vous conçûtes donc là une ■ terrible haine contre le génie ?
LDI.
A n'en jamais revenir.
MOI
Mais j'ai tu un temps que tous tous désespériez de n'être qu'un homme commun. Vous ne serez jamais heureux si le pour et le contre tous affligent également; il faudrait prendre son parti, et y demeurer attaché. Tout en coQTenant avec TOUS que les hommes de génie sont communément singuliers, on, comme dit le proverbe, qa'il n'y apat de grands esprits san» aagrain defoliéy on, n'en reviendra pas ; on méprisera les sièclea qui n'en auront point produit. Ils feront t'IiMr-
,,-erihyGOOglC
DE RAMEAD. il
nenr des peuples chez lesquels ils auront existe ; tôt ou tard on leur ëlève des statues , et on les regarde eomme les bienfaiteurs du genre humain. IV'en de'plaise k ce ministre sublime que vous m'avez cité, je crois que si le mensonge peut servir un moment, il est ne'cessairement nuisible à la longue, et qu'au contraire la ve'rilé sert nécessairement à la longue , bien qu'il paisse arri- Ter qu'elle nuise dans le moment. D'oh'je serais tenté de conclure que l'homme de génie qui décrie une erreur générale, ou qui accrédite une ^ande vérité, est toujours un être di^e de notre vénération. Il peut arriver que cet être soit la victime du préjugé et des lois; mais il y a deux sortes de lois, les unes d'une équité, d'une généralité absolues, d'autres bizarres, qui ne doivent leur sanction qu'à l'aveuglement ou k la nécessité des circonstances. Celles-ci ne couvrent le coupable qui les enfreint, que d'une ignominie passagère , ignominie que le temps reverse sur les juges et sur les nations, pour y rester à jamais. De Socrate ou du magistrat qui lui 6t boire la ciguë, quel est aujourd'hui le déshonoré?
LOI
XjB voiU bien avancé 1 en a-t-il été moins condamné ? en a-t-il moins été mis à mort 7 en a-tfil moins été un citoyen turbulent? par le mépris d'une mauvaise loi , en a-t-il moins encouragé les fous au mépris des bonnes? en a-t-il moins été
,,-erihyGOOglC
un particulier audacieux et bizarre ? Voua n'étiez pas éloigoétout-i-l'heure d'un aveu peu &voraMe aux hommes de génie. *
MOI
Ëcoute2-moi> cher homme. Une société ne devrait pas avoir de mauvaises lois , et si elle n'en avait que de bonnes, elle ne serait jamais dans le cas de persécuter un homme de génie. Je ne vous ai pas dit que le génie fdt indivisiblement attaché à la méchanceté , ni la méchanceté au génie. Un sot sera plus souvent un méchant qu'un homme d'esprit. Quand un homme de génie serait communément d'un commerce dur , difficile , épineux^ insupportable, quand même ce serait un méchant, qu'en concluriez-vous?
LDI.
Qu'il est bon à noyer.
Doucement, cher homme. Çà, dites-moi, je ne prendrai pas votre oncle Ha/neau pour exemple. C'est un homme dur , c'est un brutal ; il est sans humanité, il est avare, il est mauvais père« mauvais époux, mauvais oncle ; mais il n'est pas décidé que ce soit un homme de génie, qu'il ait poussé son art fort loin , et qu'il soit question de ses ouvrages dans dix ans. Mais Racine ? celui-là certes avait du génie , et ne passait pas pour un trop bon homme. Mais Voltaire!...
n,gn,-.rihyGOO^IC
DE RAMEAU. i5
LUI
Ne me pressez pas » Car je suis conséquent.
HOI
Lequel des deux préfereriez-vous, ou qu'il eût été un bon homme^ identifié avec son comptoir , comme Briasson, ou aTec son aune, comme Bar-. hier, faisant régulièrement tous les ans un enfant légitime à sa iêmme» bon mari, bon père, bgn oncle..... bon voisin, honnête commerçant, mais rien de pins; ou qu*il eût été fourbe, traître, ambitieux, envieux, méchant, mais auteur d'^n- , dromaque , de Britannicus , d'Iphigérûe , de Phèdre, A' ^thalie?
LUI
Pour lui , ma foi , peut-être que de ces deux hommes , il eût mieux valu qu'il eût été le premier.
H or. Cela est même iofiniment plus vrai que vous ' ne le sentez.
LUI
Oh I vous voilà vous autres ! Si nous disons quelque chose de bien, c'est comme des fous ou des inspirés, par hasard.. U n'y a que vous autres qui vous entendiez; oui, monsieur le philosophe, je m'entends aussi bien que vous vous entendez.
HOI
Voyons ; eh bien , pourquoi lui ?
,,-erihyGOOglC
i4 LE HEVEU-
LDl.
Cest que toutes ces belles choses-là qu'il a Élites ne lui ont pas i-endu vingt mille francs, et que s'il eût été un bon marchand en soie de la rue Saint-Denis ou Saint-Honoré,'un bon épicier en gros, un apothicaire bien achalandé, il eût amassé une fortune immense , et qu'en l'amassant il n'y aurait eu sorte de plaisirs dont il n'eût joui; qu'il aurait donné de temps en temps la pistole à un pauvre diable de bouffon comme moi qui l'aurait fait rire , et qui lui aurait procuré par fois de joliea fiUea ; que nous aurions fait d'excellents repas chez lui, joué groe .jeu, bu d'excellents Tins , d'excellentes liqueurs, d'excellent café, fait des parties de campagne; et vous voyez que je m'entendais; vous riez?.... mais laissez-moi dire : il eût été mieux pour ses entours.
Sans cooti'edit. Pourvu qu'il n'eût pas employé d'une façon déshonnête l'opulence qu'il aurait acquise par un commerce légitime ; qu'il eût éloigné de sa maison tous ces joueurs , tous ces parasites » tous ces fades complaisants, tous ces feincants, tous ces pervers inutiles , et qu'il eût fait assommer \ coups de bâton, par ses garçons de boutique, l'homme officieux qui soulage par la variété les maris du dégoût d'une cohabitation habituelle avec leurs femmes.
,,-erihyGoogle
DE RAHEAD. i5
Lyi.
Assommer > monsieur > ftssommer! On n'assomme personne dans une ville bien policëe.
C'est nn état honnête, beaucoup de gens, même titre's , s'en mêlent. Et i quoi diable voulez-vous donc qu'on emploie son argent. , si ce n'est à avoir bomie table, bonne compagnie, bons vins, belles femmes, plaisirs de toutes les couleurs , amusements- de toutes les espèces? J'aimerais autant être gueux que de posséder une grande fortune sans aucune de ces jouissances. Mais revenons à Racine. Cet homme n'a été bon que pour des ia> connus et que pour le temps où il n'était plus. moi':
D'accord; mais pesez le mal et le bien. Dans miUe ans d'ici , il fera verser des larmes ; il sera l'admiration des hommes dans toutes les contrées de la terre; il inspirera l'humanité, la commi- ' sération , la tendresse. On demandera qui il était, de quel pays, et on l'enviera k la France. Il a feit souffrir quelques êtres qui ne sont plus, auxquels nous ne prenons presque aucun intérêt; nous n'avons rien à redouter ni de ses vices , ni de ses défauts. Il eât été mieux sans doute qu'il eAt reçu de la nature la vertu d'un homme de bien avec les talents d'un grand homme. C'est nn arbre qui a fait sécher quelques arbres plantés dans son voisinage , qui a étouffe les plantes qai croissaient \ ses pieds; mais il a porté sa
,,-erihyGOOglC
l6 LE NEVEU
cime jasque dans la nne, ses branches se sont e'tendues au loin ; il a prét^ son ombre à ceux qui Tenaient, qui Tiennent et cpii Tiendront se reposer autour de son tronc majestueux; il a produit des fruits d'un goût exquis, et qui se renouTellent sans cesse. Il serait à souhaiter que F'oîtaire eût encore la douceur de Ducloa, l'ingénuité de l'abbé Trubletj la droiture de Tabbé d'Olivet; mais puisque cela ne se peut, regardons la-chose du côtéTTaiment intéressant; oublions pour un moment le point que nous occupons dans l'espace et dans la durée, et étendons notre Tue sur les siècles à venir , les régions les plus éloi^ées et les peuples à naître. Songeons au bien de notre espèce; si nous na sommes point assez généreux, pardonnons au moins à la nature d'avoir été plus sage que nous. Si vous jetez de l'eau âx>ide sur la tête de Greuze , vous éteindrez peut-être son talent avec sa vanité. Si vous rendez J^oltaire moins sensible à la critique , il ne saura plus descendre dans l'ame de Mérope, il ne vous touchera plus.
• LDI.
Mais si la nature était aussi puissante que sage, pourquoi ne les a-t-elle pas fait aussi bons qu'elle les a feit grands?
HOI
Mais ne voyez-vons pas qu'avec un pareil raisonnement TOUS renversez Tordre général , et que
,,-erihyGoogle
DE RAMEAU. i?
si tout ici bas était excellent, il n'y aurait riea d'excellent?
LUI
Vous avez raison ; le point important est que TOUS et moi nous soyons, et que nous soyons tous et moi; que tout aille d'ailleurs comme il pourra, lie meilleur ordre des choses, i mon avis, est celui où je devais être, et foin du plus parfait des mondes, si je n'en suis pas. J'aime mieux être, et même être impertinent raisonneur, que de n'être pas.
voi.
11 n'y a personne qui ne pense comme tous., et qui ne fasse le procès à l'ordre qui est, sans sV' percevoir qu'il renonce à sa propre existence.
LUI
Il est Trai.
HOI
Acceptons donc les choses comme elles sont.
Voyons ce qu'elles nous coûtent, et ce qu'elles nous rendent, et laissons U le tout que nous ne connaissons pas assez pour te louer ou le blâmer, et qui n'est peut-être ni bien ni mal, s'il est ne'cessaire, comme beaucoup d'honnêtes gens l'imaginent.
Je n'entends pas grand'chose h tout ce que TOUS me débitez là. C'est apparemment de la philosophie; je TOUS prëTiens que je ne m'en mêle Œvnn nivim. a
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i8 LE NEVEU
pas. Tout ce qae je sais, c'est que je voudrais bien être un antre , au hasard d'être un honme de génie, un grand homme; oui, il faut que j'en convienne , il y a U quelque chose qui me le dit. Je n'en ai jamais entendu louer un sent que son éloge ne m'ait Êiit enrager secrètement. Je suis envieux. Lorsque j'apprends de leur vie prive'e quelque trait qui les dégrade, je l'écoute avec plaisir; cela nous rapproche, j'en supporte plus aisément ma médiocrité. Je me dis : Cwtes, tu n^aurais jamais fait Mahometf mais ni l'éloge de Maupeou. J'ai donc été, je suis donc fâché d'être médiocre. Oui, oui, je suis me'diocre et Ëlché. Je n'ai jamais âitendu jouer l'ouverture des Indes galantes i jamais entendu chanter Profonds abtmea du Ténare; Nuit, étemelle nuitj sans me dire avec douleur : Voilà ce que tu ne feras jamais. J'étais donc jaloux de mon oncle; et s'il y avait eu à sa mort quelques belles pièces de clavecin dans son porte-feuille, je n'aurais pas balancé à rester moi et à être lui.
MOI
S'il n'y a que cela qui vous chagrine, cela n'en vaut pas trop la peine.
LUI
Ce n'est rien , ce sont des moments qui passent. ( Fuis il se remettait à chanter l'ouverture des Indes galantes et l'air Profonda abîmes, et il ajoutait : }
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• LE RAMEAn. 19
Lequelque chose qui est là et qui me parle me dit : RoTneau, tu voudrais bien avoir fait ces deux morceaox-là ; si tu avais fait ces deux morceauxlà , tu en ferais bien deux autres ; et quand tu en aurais &it un certain nombre, on te jouerait, on te cbanteraït partout. Quand tu marcherais, tu anrais la tête droite , ta conscience te rendrait témoignage à toi-même de ton propre mérite , les antres te désigneraient du doigt, on dirait : C'est lui qui a fait les jolies gavottes (çt il chantait les gavottes). Fuisj avec l'air d'un homme touché qui nage dans la joie et qui en a les yeux humides , il ajoutait en se frottant les mains : Tu auras une bonne maison (il en mesurait l'étendue avec ses bras), un bon lit(etils'y étendait nonchalamment), de bons vins (qu'il goûtait en faisant claquer sa langne contre son palais),nn bon équipage(et il levait le pied pour y monter), de jolies femmes (à qui il prenait déjà " *" et qu'il regardait voluptueusement), cent faquins me viendront encenser tous les jours ( et il croyait les voir autour de lui : il voyait Palissot, Poinsinet , les Préron père et fils, La Porte; il les entendait, il se rengorgeait, les approuvait, leur souriait, les dédaignait, les méprisait, les chassait, les rappelait; puis il continuait : ) Et c'est ainsi que l'on te dirait le matin que tu es un grand homme ; tu lirais dans l'Histoire des trois siècles ' que tu es un grand ■ Onvrajje de l'abbé Sabatier. Èoif.
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homme » tu serais convamcu le soir que tu es un grand .homme \ et le grand homme Rameau s'eadormirait au doux murmure de l'éloge qui retentirait dans son oreille^ même en dornjant, il aurait l'air satisfait : sa poitrine se dilaterait, s'élèverait, s'abaisserait avec aisance, ïlronfierait comme un
grand homme (Et en parlant ainsi, il se laissait
aller mollement sur une baoffuelte j il fermait leg yeux , et il imitait le sommeil heureux qu'il imaginait. Après avoir goûté quelques instants la douceur de ce repos, il se réveillait, étendait les bras, bâillait, se frottait les yeux, et cherchait encore autour de lui ses adulateurs insipides. ) •
MOI
Vous croyez donc que l'homme heureux a son sommeil.
LDI.
Si je le crois ! Moi, pauvre hère ; lorsque le soir j'ai regagné mon grenier et que je me suis feurré dans mon grabat, je suis ratatiné sous ma couverture , j ai la. poitrine étroite et la respiration gênée; c'est une espèce de plainte faible qu'on entend à peine, au lieu qu'un financier fait re- ' tentir son appartement et étonne toute sa rue. Mais ce qui m'afflige aujourd'hui , ce n'est pas de ronfler et de dormir mesquinement comme un misérable.
MOI
Cela est pourtant triste.
DB RAHEAD. 31
LDI.
Ge qnï m'est arrÏTe l'est bien darantage.
uoi.
Qu'est-ce donc?
LUI
Vous avez toujours pris quelque intérêt k moi , parce que je suis un bon diable, que tous mëpri;;sez dans le fond, mais qui tous amuse.
HOI
C'est la Tërité.
LDI.
Et.je Tais tous le dii-e ( avant que de commencer il pousse un profond soupir et porte ses deux mains ii son front, ensuite il reprend un air tranquille et me dit) :
Vous savez que je suis un ignorant, un sot , ub £>u,nn impertinent, un paresseux, coque nos Bourguignons appellent un ^ff'é truaud , un £. . . .Tif un gourmand.
HOI
Quel panégyrique !
LUI
Il est Trai de tout point, il n'y a pas un mot à rabattre; point de contestation là-dessus, s'il vous plaît. Personne ne me connaît mieux que moi , et je ne dis pas tout.
MOI
Je ne veux point vous fôcher, et je conviendrai de tout. .
,,-erihyGoogle
Eh bien, je vivais avec des geais qui m'avaient pris en gré , précisément parce que j'étais doué ' k un rare degré de toutes ces qualités, ■oi.
Cela est singulier : jusqu'à présent j'avais cm ou qu'on se les cachait à soi-même ou qu'on se les pardonnait et qu'on les méprisait dans les autres.
LUI
Se les cacher 1 Est-ce qu'on le peut ? Soye2 sûr que quand PaUssot est seul et qu'il revient sur lui-même , il se dit bien d'autres choses ; soyee
sûr qu'en téte-à-tête avec son collègue , ils s'avouent franchement qu'ils ne sont que deux insignes maroufles. Les mépriser dans les antres ! Mes gens étaient plus équitables, et mon caractère me réussissait merveilleusement auprès d'eux; j'étais comme un coq en pâte: on me fêtait, on ' ne me perdait pas un moment sans me regretter; j'étais leur petit Rameau , leur joli Rameau, leur Rameau le toa, l'impertiuent, l'ignorant, le paresseux , le gourmand , le boufTon , la grosse béte. Il n'y avait pas une de ces épithètes qui ne me valût un sourire, une caresse, un petit coup sur l'épaule, un soufflet, un coup de pied, à table un bon morceau qu'on me jettait sur mon assiette; hors de table, une liberté que je prenais sans
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conséquence , car, moi, je suis sans CMiséquence. On £iit de moi , cterant moi , avec moi tout ce qu'on veut sans qne je m'en formalise. Et les petits présents qui me pleuraient ! he grand chien que je suis , j'ai tout perdu ! J'ai tout perdu jmjup avoir eu le sens commun une fois, une seule fois en ma vie. Ab ! si cela m'arriVe jamab t
MOI
De quoi s'agissait-il donc ?
LDI.
Rameau I Rameau! tous avait -on pris pour cela? La sottise d'avoir eu un peu de goût, un peu d'esprit , un peu de raison ; Rameau , mon ami,, cela tous .apprendra ce que Dieu vous fit, et ce que vos protecteurs vous voulaient. Aussi l'on TOUS a pris par les épaules, on vous a conduit à la porte , on vous a dit : faquin , tirez , ne reparaissez plus ; cela veut aToir du sens , de la raison , je crois I tirez 1 Nous aTons de ces qualités-là dereste. Vous tous en êtes allé en tous mordant les doigts; c'est votre langue maudite qu'il Êillait mordre auparavant. Pour ne tous ' va. être pas avisé , vous voilà sur le pavé , sans le sou, et ne sachant où donner de la tête. Vous étiez nourri à bouche que veux-tu I et vous retournerez au regrat ; bien logé , et vous serez trop heureux si l'on vous rend votre grenier; bien couché , et la paille tous attend entre le cocher
,,-erihyGOOglC
H LE NEVED
de M. de Soubise et Tami Sobbé'', au lieu (fiin sommeil doux et tranquille comme tous l'aviez , TOUS entendrez d'une oreille le hennissement et le piétinement des chevaux, de l'autre le bruit mille fois plus insupportable de vers secs, durs et barbares , malheureux , mal avisé , possédé d'un million de diables !
HOI
Mais n*y aurait-il pas moyen de se rapatrier ? la faute que vous avez commise est-elle si impardonnable? A votre place, j'irais retrouver mes gens , vous leur êtes plus nécessaire que vous ne croyez.
LUI
Oh ! je suis sûr qu'à présent qu'ils ne m'ont pas pour les faire rire, ils s'ennuient comme des chiens.
HOI
J'irais dtmc les retrouver ; je ne leur laisserais * pas le temps de se passer de moi , de se tourner
' Robbé de BeauTeset , né i Venddme en i^iS. Poite dont la ttérile «bondance'ful te signe de la médiocrité. II s'est esMyé dans presque tous les genres , et loujoars sans beaucoup de succès ; c'est de son poème sur la Y***** que Piron disait un jour, après l'aTOir entendu : a M. Robbé, vaut avet Fair d'un auteur bien plein de votre sujet, a Paliuot, duu sa Dimciade, a aussi caractérisé le poème de Robbé :
Ami RobU , chantre da mal iimnouda ,
Vous dont loi Ten m dégoûtaient U monde.
D,gn,-.rihyGOOglC
DE HAMEAU. sS
Ters quelque amusement honnête ,- car qui sait ce qui peut arriTcr ?
LDI.
Ce n'est pas là ce que je crains; cela n'arpi-
vera pas.
MOI
Quelque sublime que tous soyez, pn autre peut Yous remplacer.
- LDI.
Difficilement.
HOI
IKaccord ; cependant j'irais avec ce visage dé- &it, ces yeux égarés , ce cou débraillé , ces che- Teox ébouriffés , dans l'état vraiment tragique ' où TOUS voilà. Je me jetterais aux pieds de la divinité , et, sans me relever, je lui dirais d'ime Toiibasseetsanglotante : Fardon, Madame! pardon [ je suis un indigne , un infâme. Ce fut un malheureux instant, car vous savez que je ne suis pas sujet à avoir du sens commun, et je vous promets de n'en avoir de ma vie.
(Ce qu'il y a de plaisant, c'est que tandis que je lui tenais ce discours , il en exécutait la pantomime , .et s'était prosterné ; il avait collé son visage contre terre, il paraissait tenir entre ses deux mains le bout d'une pantoufle , il pleurait , il sanglotait, il disait : oui, ma petite reine, oui, je le promets , je n'en aurai de ma vie , de ma
,,-erihyGoogle
a6 LE NEVEU
vie.....) Puis se releyant brusquement j il ajouta
d'un ton sérieux et réfléchi.
LDI.
Oui, TOUS atez raison. Je vois que c'est le mieux. Elle est bonne; M. f^ieillard dit qu'elle est si bonne ! Moi je sais un peu qu'elle l'est; mab cependant aller s'humilier devant une g*"", crier misériconle aux pieds d'une petite histrionne que les sifilets du parterre ne cessent de poursuivre ! Moi Rameau, fils de JtoTneau, apothicaire de Bijoa , qui est un homme de bien et qui n'a jamais fléchi le genou devant qui que ce soit ! Moi Rameau , qu'on voit se promener droit et les bras en l'air dans le Palais-Royal, depuis que M. CarmoDtel l'a dessiné courbé et.les mains sons les basques de son habit ! Moi qui ai composé des pièces de clavecin que personne ne joue , mais qui seront peut-être les seules qui passeront à la postérité qui les jouera ; moi ! moi enfin ï j'irais I .. . Tenez ; monsieur, cela ne se peut ( et mettant sa main droite sur sa poitrine , il ajoutait) t je me sens là quelque chose qui s'élève et qui me dit : Rameau, tu n'enferas rien. Il iâut qu'il y ait une certaine dignité attachée à la nature de l'homme, que rien ne peut étouffer. Cela se réveille à propos de bottes, oui, à propos de bottes, câr il y a d'autres jours oii il ne m'en coûterait rien pour être vil tant qu'on voudrait ; ces jours-U , pour un liard, je baiserais le cul d'une catin. (.^^j^f
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DE RAHEAtT. 27
SI l'expédient que je tous suggère oe tous convient pas, ayez donc le courage d'être gueux. LUI.
U est dur d'être gueux , taudis qu'il y a tant de sots opulents aux dépens desquels on peut TÏTre. Et puis le mépris de soi , il est insupportable.
MOI
Est-ce que tous connaissez ce sentiment-là ?
LDI.
Si je le connais ! G>mbien de fois je me sois dit : comment , Hameau , il y a dix mille bonnes tables à Paris à quinze ou Ttngt couverts chacune» et de ces couverts-là il n'y en a pas un pour toi 1 Il y a des bourses pleines d'or qui se Tersent de droite et de gauche et il n'en tombe pas une pièce pour toi I Mille petits beaux esprits sans talents , sans mérite, mille petites créatures sans charmes, mille plats intrigants sont bien Tetuset tu irais tout DU ! et tu serais imbécile à ce point? Est-ce que tu ne saurais pas ilatter comme un autre, est-ce que tu ne saurais pas mentir, jurer, parjurer , promettre , tenir ou manquer comme un autre?
Dst-ce que tu ne saurais pas te mettre à quatre | pâtes comme un autre ? Est-ce que tu ne saurais ' pas &Toriser l'intrigue de madame et porter le billet doux de monsieur comme un autre 7 Est-ce
,,-erihyGOOglC
3* LE HEVED
que ta ne saurais pas encourager ce jeune homme à parler 1 mademoiselle el persuader mademoiselle de l'ëcouter, comme un autre ? Est-ce <jne tu ne saurais pas faire entendre à' la fille d'un de nos bourgeois qu'elle est mal mise , que de belles boucles d'oreilles , un peu de rouge , des dentelles ou une robe à la polonaise lui siéraient à ravir ? Que ces petits pieds-là ne sont pas faits pour marcher dans la rue? Qù*il y a' un beau monsieur, jeune et riche , qui a un habit galonné d'or, un superbe équipage ,' six grands laquais', qui l'a Tue en passant , qui la trouve charmante, et que depuis ce jour-là il en a perdu le boire et le manger, qu'il n'en dort plus, et qu'il en mourra.— Mais mon papa ? — Bon , bon , votre papa ( il s'en fâchera d'abord un peu. — Et maman qui me recommande tant d'être honnête fille , qui me dit qu'il n'y a rien dans ce monde que l'honneur? ■^ Vieux propos qui ne signifient rien. — Et mon confesseur? — Votis ne le verrez plus , où si vous persistez dans la fantaisie d'aller lui iâïre l'histoire de vos amlisements , il vous en coûtera quelques livres de sucre et de cafë. — C'est un homme sévère qui m'a déjà refusé l'absolution pour la i chanson, F'iens dans ma cellule. — C'est que vous ' n'aviez rien à lui donner ; mais quand vous lui apparaîtrez en dentelles ... — J'aurai donc des dentelles? — Sans doute et de toutes les sortes.... en belles boucles de diamants... — J'aurai donc
,,-erihyGoo^le
DE RAllEAn. 3g
de belles boucles de diamants ? — Oui. — Comme celles de cette marquise qui vtent quelquefois prendre des gants dans notre boutique ? — Précisément... dans UB bel équipage avec des chevaux gris pommelés, deux grands laquais , un petit nègre , et le coureur en avant ; du ronge , des ZDouches, la queue portée. — Aubal?-— Aubal,. à ropéra, îk la comédie.... déjà le cœur lui tressaillit de joie.... — Tu joues avec un papier entre tes doigts. Qu'est-ce cela? — Ce n'est rien. — Il me semble que si. — C'est un billet. — Et pourquoi ? — Pour vous , si vous étiez un peu curieuse.' — Curieuse? je le suis beaucoup, voyons ( elle lit). Une entrevue ! cela ne se peut. — En allant i la messe. — Maman m'accompagne toujours ; mais s'il venait ici un peu matiu, je me lève la première et je suis au comptoir avant qu'on soit levé.... — U vient, il plaît; un beau jour à la brune , la petite disparaît, et l'on me compte mes deux raille écus Et quoi! tu possèdes ce talent-là et tu manques de pain. 3S'as-tu pas de honte, malheureux?.... Je me' rappelais un tas de coquins qui ne m'allaient pas à la che- Tille et qui regorgeaient de richesses. J'étais en surtout de bouracan , et ils étaient couverts de Telours ; ils s'appuyaient sur la canne à pomme d'or et en'bec de corbin , et ils avaient l'^Hatote ou le Platon au doigt. Qu'était-ce pourtant ! de misérables croquenotes; aujourd'hui ce sont
,,-erihyGoogle
5o LE NEVEU
des espèces de seigneurs. Alors je me sentais da courage, l'ame élevée, l'esprit subtil, et capable de tout; mais ces heureuses dispositions apparemment ne duraient pas , car, jusqu'à présent, je n'ai pu faire un certain chemin. Quoi qu'il en soit , Toilà le texte de mes fréquents soliloques que TOUS pouvez paraphraser à votre fantaisie, pourvu que vous en concluiez que je connais le mépris de soi-^néme , ou ce tourment de la conscience qui naît de l'inutilité des dons que le ciel nous a départis; c'est le plus cruel de tous. Il vaudrait presque autant que l'homme ne fût pas né. Je récoutais, et à mesure qu'il faisait la scène du proxénète dé la jeune fille qu'il séduisait , l'ame agitée de deux mouvements opposés, je ne savais si je m'abandonnerais à l'envie de rire , ou au transport de l'indignation. Je souffrais ; vingt fois un éclat de rire empêcha ma colère d'éclater; vingt fois la colère qui s'élevait au fond de mon cœur se termina par un éclat de rire. J'étais con£mdu de tant de sagacité et de tant de bassesse , d'idées si justes et alternativement si fausses , d'une perversité si générale de sentimeots , d'une turpitude si complète , et d'une franchise si peu commune. Il s'aperçut du conflit .qui se passait en moi ; qu'avez- vous ? me dit-il.
,,-erihyGoo^le
DE RAHEATT. 3l
LDI.
Vous me paraissez troublé !
MOI
Je le suis aussi.
LDI.
Mais eçfîn que me ccrnseillea-Tons ?
MOI
De changer de propos. Ali , malheureux , dans quel ëtat d'abjection vous êtes tombé.
LDI.
J'en conviens; mais cependant que mon état ne TOUS touche pas trop ; mon projet en m'ou- Trant à tous , n'était point de vous affliger. Je me suis fait chez ces gens quelques épargnes , songez que je n'avais besoin de rien, mais de rien absolument, et que l'on m'accordait tant pour mes menus-plaisirs.
(JVota. n y adatutamannactit aiuIicaiieiMondoilMippMei^iu lei intCrk>Cut«iiTS «cmi enoit daai le caK oil il j avait un dlTecin. }
( Il recommença à se frapper le front avec un de ses poings; à se mordre la lèvre, et rouler an plaibnd ses yeux égarés , ajoutant : ) mais c'est une affaire laite. J'ai mis quelque chose de côté ; le temps s'est écoulé , et c'est toujours autant d'amassé.
MOI
Vous voulez dire de perdu ?
,,-erihyGoogle
3a LE NEVED
LDI.
Mon, non, d'amassé. On s'enrichit à chsquf instant : un jour de moins à vivre ou un écu de plus» c'est tout un; le point importantest d'aller librement à la garderobe. Voilà le grand résultat de la vie dans tous les e'tats.'Au dernier moment tous sont également riches, et Samuel Bernard qui, volant , pillant j faisant banqueroute , laisse vingtsept millions en or, et Rameau qui ne laisse rien et à qui la charité fournira la serpillière dont on l'enveloppera. Le mort n'entend pas sonner : les cloches. C'est en vaiu que cent prêtres s'égosillent pour lui , qu'il est précédé et suivi d'une longue fîle de torches ardentes , son ame ne marche pas à côté du maitre des cérémonies. Fourir ■ sous du marbre ou pourir sous la terre , c'est I toujours pourir. Avoir autour de sou cercueil les
ienjfàots rouges et les enfants bleus , ou n'avoir personne , qu'est-ce que cela feit ?»Et puis vous voyez bien ce poignet , il était raide comme un diable; les dix doigts c'étaient autant de bâtons fichés dans un métacarpe de bois, et ces tendons c'étaient de vieilles cordes à boyau plus sèches, plus raides , plus inflexibles que celles qui ont servi II la roue d'un tourneur; mais je vous les ai tant tourmentées , tant brisées , tant rompues ; tu ne veux pas aller, et moi, mordieu ! je dis
que tu iras, et cela, sera
( Et tout en disant cela , de la main droite il
,,-erihyGOOglC
s'était saisi les doigts et le poignet de la main gauche et il les renversait en dessna , en dessous , l'extrémitë des doigts touchait an bras , les jointures eu craquaient ; je craignais que les os n'en demeurassent disloques. )
KOI.
Ppenez garde , lui dis-je , vous bUck tous estn^ier.
LUI
Ne craîgneE lien, ils y sont faits; depuis dix ans je leur en ai bien donne d'une autre &çon ; maigre qu'ils en eussent , il a bien fallu qu'ils s'y accoutumassent et qu'ils apprissent iksc placer sur les touches et à voltiger sur les cordes ; aussi k pre'sent cela va , oui , cela va
(En même temps il se met dans l'attitude d'un ■ joueur de violon ; il fredonne de la voii un allegro de Locatelli , sou bras droit imite le mouvement de l'archet , sa main gauche et ses doigts semblent se promener sur la longueur du manche ; s'il fait un faux ton , il s'arrête , il remonte ou baisse La corde ; il la pince de l'ongle pour s'assurer si elle est juste ; il reprend le morceau oii il l'a laisse'. Il bat la mesure du pied , il se démène de la tête , des pieds ;, des mains , des bras , du corps , comme tous avez tu quelquefois, au concert spirituel, Ferrari ou Chiabrau , ou quelque autre virtuose dans les mêmes conTuIsifms , m'offrant l'image du même siq^plîce et me causant ht.
(KtrVIlIS IHÎDITIS. 5
D,gn,-.rihyGOOglC
peu près la même peine ; car n'est-ce pas une chose pénible à voir que le tourment dans celui qui s'occupe à me peindre le plaisir 7 Tirez entre cet homme et moi un rideau qui me le cache, s'il faut qu'il me montre un patient appliqué à la question. Au milieu de ces agitations et de ces cris, s'il se pr&entait une ténue, un de ces endroits harmonieux où l'archet se ment lentement sur plusieurs cordes à la feis , son visage prenait l'air de l'extase, sa voix s'adoucissait , il s'écoutait ' avec ravissement; il est sûr que les accords ré~ sonnaient dans ses oreilles et dans les miennes , puis remettant son instrument sous son bras gauche de la même main dont il le tenait, et lais-< sant tomber sa main droite avec sotf archet :) Eh bien, me disait-il, qu'en pensez-Toos?
HOI
A merveille !
Lttl.
Cela va, ce me semble, cela résonne à peu près comme les autres....
(Et aussitôt il s'accroupit comme un musicien qui se met au clavecin.)
HOI
Je vous demande grâce pour vous et pour moi.
LDI.
Non , non , puisque je vous tiens , vous m'entendrez Je ne veux point d'un suffrage qu'on
n,gn,-.rihyGOOglC
DE RÀHEÀ0. 55
m'accorde sans savoir pourquoi. Vous me louerez d'un ton plus assuré , et cela me vaudra quelque e'colier.
MOI
Je suis si peu répandu, et tous allez tous fatiguer eu pure perte.
LUI
Je ne me fatigue jamais.
( Comme je vis que je voudrais inutilement avoir pitié de mon homme , car la sonate sur le violon l'avait mis tout en eau, je pris le parti de le laisser faire ; le voilà donc assis au clavecin, les jambes fléchies, la tète e'Ievée vers le plafond où l'on eût dit qu'il voyait une partition notée, chantant, préludant , exécutant une pièce d'jélberti ou de Galuppi, je ne sais lequel ■ desdeux. Sa voixallaitcomme lèvent etsesdoîgts voltigaient sur les touches , tantôt laissant le dessus pour prendre la basse; tantôt quittant lapartie d'accompagnement pour revenir au dessus. Les passions se succédaient sur son visage ; on y distinguait la tendresse, la colère, le plaisir, la douleur : on sentait les piano , les forte , et je suis sûr qu'un plus habile que moi aurait reconnu le morceau au mouvement, au caractère , à ses mines et à quelques traits de chant qui lui échappaient par intervalle. Mais ce qu'il avait de bizarre , c'est que de temps en temps il tâtonnait , se reprenait comme s'il eût manqué , et
,,-erihyGOOglC
36 LB MBYEO
se dépitait de n'avoir plus la même peine dans lea doigts.) Enfin vous yoyezt dit-il en se redressant, et en essnyant les gouttes de sueur qui descendaient le long de ses joues , que nons sarons aussi placer un triton, vneguint^ superflue, et que l'enchaînement des dominante nous est &milier. Ces passages enharmoniques^ dont le cher oncle &it tant de bruit, ce n'est pas la mer à boirej nous nom en tirons,
HOI
Vous TOUS êtes donné bien de la peine pour me montrer que tous étiez fbrt habile; j'étais homme à TOUS croire sur votre parole.
LDI.
Fort habile > oh ! non ; pour mon métier , je le sais à peu près, et c'est plus qu'il ne faut; car, dans ce pays-ci, est-<e qu'on est obligé de savoir ce qu'on montre?
«01. Pas plus que de savoir ce qu'on apprend.
LDI.
Cela est juste, morbleu I et très-juste! Là, monsieur le philosophe, la main sur la conscience, parlez net; il y eut un temps oix vous n'étiez pas cossu comme aujourd'hui.
Je ne le suis pas eiicore trop.
,,-erihyGOOglC
Mais TOUS n'iriez plus anLuzembcrai^ Ai été... Vons'Tdns en souvenez?...
KOI.
Laissons cela, oui> je m'en souviens.
LUI
1^ redingote de pluche grise.
HOI
Oui, oui.
itir.
■^ Éreintée par un des côtés , avec la luanchette . déchire'e et les bas de laine noirs et recousus par derrière avec du fil blanc.
HOI
Et ooi> oui, tout comme il tous plaîi*a.
' LTJI.
Que &isiezr'TOus alors dans l'allée des Soupirs?
MOI
Une assen biste figure.
LDI.
Au sortir de U, vous teottiez sur te pavé.
MOI
S^acconL
LUI
. Vous donniez des leçon» de mathématiques.
San» en sa-voir ua mot ; n'est-ce pas là que tous en Tonli«z Tenir?
D,gt,,-erihyGOOgle
LUI
Justement.
MOI
J'apprenais en montrant aux autres > et j'ai &it quelques bons écoliers.
LUI
Cela se peut ; mais il n'en est pas de la musique comme de l'algèbre ou de la géométrie. Aujourd'hui que TOUS êtes un gros monsieur
MOI-
Pas si gros.
LOI
Que TOUS aTez du foin dans tos bottes.
MOI
Très-peu.
LDI.
Vous donnez des maîtres à Totre fiUe.
MOI
Pas encçre; c'est sa mère qui se mêle de son éducation; car il &ut aroir la paix chez soi. LUI.
La paix chezsoi? Morbleulonne l'a quequand on est le serriteur ou le maître, et c'est le maître
qu'il £tut être J'ai en une fomme , Diea
Teuille aToir son ame; mais quand il lui arri- Tait quelquefois de se re'bequer, je m'éleTais sur mes ergots, je déployais mon tonnerre, je disais comme Dieu: Que la lumière se fosse; et la lumière était foite. Aussi en quatre années de
,,-erihyGOOglC
DE RAMEAD. 3g
temps nous n'avons pas eu dix fois un mot l'on plus haut que l'autre. Quel âge a votre enfîuit?
Cela ne feit rien à l'aâàire
LUI
Quel âge a votre en£mt?
MOI
Et que diable! laissons là mon en&nt et son âge, et revenons aux maîtres qu'elle aura.
LUI
Pardieu ! je ne sache rien de si têtu qu'un philosophe. En vous suppliant très-humblement, ne pourrait-on savoir de monseigneur le philosophe quel âge h peu près peut avoir mademoiselle sa ' ûlle?
MOI
Supposez-lui huit ans.
LUI
Huit ans 1 II y a quatre ans que cela devrait avoir les doigts sur les touches.
MOI
Mais peut-être ne me soucié-je pas trop de £iire entrer dans le plan de son éducation une étude qui occupe si long-temps et qui sert si peu.
LUI
Et que lui apprendrez-vons donc» s'il vous pUit?
KOI.
À raisonner juste, si je puis; chose si peu com-
,,-erihyGOO^IC
4» LE MBTEC
mtine parmi les liMiinies , et pltia rat^ encore
parmi les femmes.
LUI
Et laissez^ dëraisMmer tant qu'elle Tondra, pourra qu'elle soit jolie, amusante et coquette.
MOI
Puisque la nature a été assez ingrate envers elle pour lui «tonner une organisation délicate avec une ame sensible^ et l'exposer aux mêmes peines de la vie, que si elle avait une organisation forte et im cœur de bronze, je lui apprendrai, si je puis, i les supporter avec courage.
' LDI. ^
Et laissez-la pleurer, souffrir, minauder, avoir des neris agacés comme les autres , pourra qu'elle soit jolie, amusante et coquette. Quoi ! point de danse?
MOI
Pas plus qu'il n'en fiiut pour làire une révéceuce, avoir un maintien de'cent, se bien [h^ senter et savoir marcher.
LOI
Point de chant?
Pas plus qu'il n'en fitut pour bien prononcer.
im.
Point de musique? *■
MOI
S'il y avait uu bon maître d'harmonie , je la
D,gn,-.rihyGOOgle
DB RAMEÀC. 41
lui confierais volontiers denx heures pAr jbnr peu^ dant un on deux ans^ pas davantage.
lUI. •
Et à la place des choses essentielles que vous supprimez?...
Je metft de la grammaire^ de la ^ble» de l'histoire , de la géographie > un peu de dessin et beaucoup de inorale.
LUI
Combien il me serait iàcile de vous prouver l'inutilité de toutes ces coQnais8ance»*là dans un monde tel que le nôtre; que dis-je, l'inutilité! peut-^tre le danger t Mais je m'en tiendrai pour ce moment à nœ question ; ne lui &udra-t-il pas nn on deux maîtres?
MOI
Sans doute.
Ah I nous y voilà . Et ces maîtres , vous, espérez qu'ils sauront la grammaire» la fable, l'histoire, la géographie, la morale, dont ils lui donneront des leçons? Chansons, mon cher maître, 'chai>stHos ; s'ils possédaient ces choses assez pour les montrer, ils ne les montreraient pas.
MOI
Et pourquoi ?
LUI
C'est qu'ils auraient passé leur vie à le<; étu>
,,-erihyGoogle
43 LE ITETEn
dier. Il &ut être profond dans l'art ou dans la science pour en bien posséder les éléments. Les ouvrages classiques ne peuTent être bien faits que par ceux qui oat blanchi sons le hamois ; c'est le milieu et la fin qui écUircissent les ténèbres du commencement ; demandez à votre ami, monsieur IKAlembert, le coryphée de la science nuthématique> s'il serait trop bon pour en faire des éléments. Ce n'est qu'après trente ou quarante ans d'exercice que mon oncle a entrera > les profondeurs et les premières lumières de la théorie musicale.
MOI
Ofou,archi-fouI m'écriai-je, comment se &itil que dans ta mauvaise tête il se trouve des idées si justes péle-méle avec tant d'eztrayagances?
Qui diable sait cela? C'est le hasard qui vous les jette, et elles demeurent. Tant y a que quand on ne sait pas tout, on ne sait rien de bien, on ignore oii une chose va , d'où une autre vient, où celle-ci et celle-là veulent être plffcées; laquelle doit passer la première, ou sera mieux la seconde. Montre-t-on bien sans la méthode ? et la méthode, d'où naît-elle? Tenez, mon cher philosophe , j'ai dans la tête que la physique sera toujours une pauvre science, une goutte d'eau prise avec la pointe d'une aiguille dans te vaste océan , un grain ' détaché de la chaîne des Alpes; et puis chercher
,,-erihyGoogle
les raistHis des phénomènes I En vërité , il vaudrait autant ignorer que de savoir si peu et si mal; et c'était précisément où j'en étais, lorsque je me fis maître d'accompagnement. A quoi rêTCz-vous 7
Je rêve que tout ce que vous venez de me dire est plus spécieux que solide : mais laissons cela; TOUS avez montré, dites-'#as> l'accompagnement et la composition ?
LDI.
Oui.
MOI
Et TOUS n'en sàTiez rien du tout? ■
LUI
Noot ma foi; et c'est pour cela qu'il y en avait de pires que moi; ceux qui croyaient saToir quelque chose. An moins je ne gâtais ni le jugement ni les mains des enfants. En passant de moi à un ' bon maître, comme ils n'avaient rien appris, du moins ils n'aTaientrien à désapprendre, et c'était toujours autant d'argent et de temps épai^nés.
Comment fâisiez-Tous ?
LDI.
Comme ils font tous. J'arrirais, je me jetais dans une chaise. Que le temps est mauvais 1 que le pavé est fatigant? Je bavardais quelques nouvelles : mademoiselle Lemierre devait £iire un rôle de Vestale dans l'opéra nouveau; mais elle '
,,-erihyGOOglC
I est grosse pour la seconde &U ; oa ne sait qai k doublera. Mademoiselle Amould vient de quitter sou petit comtes <^ ^^ qu'elle ett en nëgociatûm avec Berlin, he petit comte a pourtant trouTë la porcelaine de M. de Moutami. Il y avait , au dernier concert des amatears , une Italienne qui a chanté comme un ange. C'est un rare corps qae ce Fréville, il £tat le*oir dans le Mercure galants l'endroit de l'énigme est impayable. Cette pauvre Dmnénil ne sait plus ce qu'elle dit ni ce qu'elle &it. . . Allons » mademoiselle , prenez Totre livre... Tandis que mademoiselle, qui ne Èe presse pas, cberche son livre qu'elle a égaré, qu'on appelle une femme de chambre, qu'on gronde, je cootinne : la Clairon est vraiment incompréhensible. On parle d'an mariage fort saugrenu; c'est celui de mademoisdle.'< comment
l'appelez -vous 7 one petite créature que
entretenait) à qui , qui avait été entretenue
par tant d'autres. — Allons, Rameau^ vous radotez; cela ne se peut. — Je ne radote point ; on dit même que la chose est faite. Le bruit court que Voltaire est mort ; tant mieux. — Et pourquoi tant mieux? — C'est qu'il va nous donner quelques bonnes folies ; c'est son usage qne de mourir une quinzaine auparavant... Que vous dirai-je encore ? Je disais quelques polissonneries que je rapportais des maisons oii j'avais été, car nous sommes tous grands colporteurs. Je faisais
,,-erihyGOOglC
DE KAHBAU. 45
1« fou, on m'écoutait, on riait, on s'écriait: U est toujours cbarmant. Cependant ce Uytc de mademoiselle «'était retrouvé soug un feuteuil où U avait été traîné» mâchonné, déchiré par un jeune dagiûn, ou par un petit chat. Elle se mettait à fioo clavecin j d'abord elle y iaisait du bruit toute seule, ensuite je il^approchais, après avoir ' &it à la mère un signe d'approbation. La mère : Cela ne va pas mal; oa n'aurait qu'à vouloir, mais on ne veut pas ; on aime mieux perdre son temps À jaser j à chifibnner, à courir, à je ne sais quoi. Vous n'êtes pas sitôt pard, que le livre est fennp pour ne le rouvrir qu'à votre retour, aussi vous ne la grondez jamais.— Cependant, comme il fallait faire quelque chose, je lui prenais les mains que je lui plaçais autrement; je me dépitais, je criais, sol, toi, soit mademoiselle, c'est un soi. — La mère ; Mademoiselle ^ estr^e que TOUS n'avez point d'oreille? Moi qui ne suis pas au clavecin, et qui ne vois pas sur votre livre, je s«is qu^il fBMt un soi. Vous donnez une peine infinie à monsieur; je ne conçois passa patience; TOUS ne retenes rien de ce qu'il vous dit, vous n'avancez point...'— Alors je rabattais un peu les coups, et hochant la tête, je disais : Fardonneï-moi, madame, pardonnez-moi; cela pourrait aller mieux si mademoiselle voulait, si elle étudiait un peu, mais cela ne va pas mal. — La mère : A votre place , je la tiendrais un an sur
,,-erihyGOOglC
la même pièce. — Oh I pour cela elle n'en sortira pas qu'elle ue soit au dessus de toute difficulté, et cela ne sera pas aussi l(Hig que madame le croit. — Monsieur iZa/TMoUj tous la flattez. Vous êtes trop bon. VoiU de la, leçon la seule chose qu'elle retiendra et qu'elle saura bien me répéter dans l'occasion... — L'hère se passait, monécolière me présentait mon petit cachet avec la grâce du bras et la révérence qu'elle avait apprise du •maître à danser : je le mettais dans ma poche , pendant que la mère disait : Fort bien, mademoiselle; si Pavillier ' était là, il vous applaudirait... Je bavardais encore un moment par bienséance ; je disparaissais ensuite , et voilà ce qu'on appelait alors une leçon à accompagnement.
HOI
Et aujourd'hui c'est donc autre chose?
Vertudieu ! Je le crois. J'arrive ; je suis grave; je me hâte d'ôter mon manchon , j'ouvre le clavecin, j'essaie les touches. Jesui^ toujours pressé; si l'on me fait attendre un moment, je crie comme si l'on me volait un écu ; dans une heure d'ici il faut que je soi^ là, dans deux heures chez madame la duchesse une telle; je sais attendu à dîner chez une belle marquise, et au sortir de là, c^est un concert chez M. le baron de B"' '.
' Od lit H. Abraham àans la cl«f donnée par IJ. de Saur. > LebaroDdeBagge,nieNeu*»de*.Fetits-Giiuiip>. O.S.
,,-erihyGOOglC
DE RAHBAC. 4?
MOI
Et cependant tous n'êtes attendu nulle part?
ini. '
U est Trai.
MOI
Et pourquoi em ployer toutes ces adresses viles , ' ces indignes petites ruses-li?
LDI.
Viles t et pourquoi» s'il tous plaît? Elles sont d'usage dans mon état; je ne m'avilis pas en faisant comme tout le monde. Ce n'est pas moi qui les ai inventées» et Je serais bizarre et maladroit de ne pas m'y conformer. Vraiment, je sais bien que si vous allez appliquer k cela certains principes généraux de je ne sais quelle morale qu'ils ont tous à la bouche et qu'aucun d'eux ne pratique, il se trouvera que ce qui est blanc est noir> et que ce qui est noir sera blanc ; mais, monsieur le philosophe, il y a une conscience géuérale» comme il y a une grammaire générale , et puis des exceptions daps chaque langue, que vous
appelez, je crois, vous autres savants, des
aidez-moi donc, des
Idiotismeê.
LDI.
Tout juste. Eh bien, chaque état a ses exceptions de la conscience générale auxquelles je
,,-erihyGoogle
4o LE HETED
donnerais volontiers les noms d'Idiotisme» de
métier.
MOI
J'entends. FonteneUe parle bien , écrit bien , quoique son style fourmille d'idiotisme» français.
LDI.
Et le souTerain, le ministre, le financier, le magistrat, le. militaire , rhomme de lettres, l'avocat, le procnrenr, le commerçant , le banquier, l'artisan, le maître à chanter, le maître à danser, sont de fort honnêtes gens, quoique leur conduite s'écarte en plusieurs points de la conscience générale, et soit remplie d'idiotismes moraux. Plus l'institution des choses est ancienne, plus il y a d'idiotismes ; plus lés temps sont malheureux, plus les idiolismes se multiplient. Tant vaut l'homme, tant vaut le métier, et réciproquement. A la fin, tant vaut le métier, tant vaut l'homme. On fait donc valoir le métier tant qu'on peut.
Ce que je conçois clairement à tout cet entortillage , c'est qu'il y a peu de métiers honnêtement exercés, ou peu dTionnêtes gens dans leurs métiers.
LDI.
Bon I il n'y en a point ; mais en revanche il y a peu de fripons hors de leur boutique , et tout
.-r^h.Goot^le
DB RAHEAC. 49
irait assez bien sans an certain nombre de gens qu'on appelle assidus y exacts, remplissant rigoureusement leur devoir y stricts , ou , ce qui revient au même, toujours dans leur boutique, et faisant leur métier depuis le matin jusqu'au soir , et ne faisant que cela. Aussi sont-ils les seuls qui de- TÎemient opulents et qui soient estimes.
MOI
A ;force d'idiotismes.
Lni.
C'est cela; je vois que vous m'avez compris.
Or donc nn idiotisme de presque tous les états , car il y en a de communs à tous les pays, à tous les temps , comme il y a des sottises communes; un idiotisme commun est de se procurer le plus
^ de pratiques que l'on peut : une sottise commune est de croire que le plus habile est celui qui en
• a le plus. Voilà deux exceptions à la conscience générale auxquelles il iaut se plier. C'est lue espèce de crédit , ce n'est rien en sol ; mais cela vaut par l'opinion. On a dit que bonna renommée \ ifcUtùt mieux que ceinture doréej cependant qui a bonne renommée n'a pas ceinture dorée, et je l vois aujourd'hui que qui a ceinture dorée ne ' manque guère de renommée. U faut, autant qu'il i est possible, avoir le renom et la ceinture, et c'est mon objet lorsque je me fais valoir par ce que vous qualiEez d'adresses viles, d'indignes petites ruses. Je donne ma leçon et je ta donne OBnTKU iHÎoiTU. 4
,,-erihyGoogle
5o LE MBTEtr
bien : Toilà la règle générale; je Sais croire que j'en ai plus & donner qne la journée n'a d'heures, Toilà l'idiotisme.
MOI
Et k leçon , vous la donnez bieD?
Oui, pas mal, passablement. La basse fondamentale du cher maître a bien simplifié tout cela. Autrefois je volais l'argent de mon écolier, oui, je le volais , cela est sur ; aujourd'hui je le gagne > du moins comme les autres.
Et le Toliez-vons sans remOTds ?
LUI
Oh! sans remords. On dît que si un voleor voie l'antre, le diable s'en rit. Les parents regorgeaient d'nne fortune acquise Dieu sait comment; c'étaient des gens de cour, des financiers » des gros commerçants, des banquiers , des gens d'affaires; je les aidais à restituer, moi et une foule d'autres qu'ils employaient comme moi. Dans la nature toutes les espèces se dévorent, toutes les condi- ■ tiens se dévorent dans la société. Nous foisons justice les uns des autres sans que la loi s'en mêle. La Deschamps autrefois , aujourd'hui la Guimard venge le prince du financier, et c'est la marchande de modes, -le bijoutier, le tapissier, la lîngère^ l'escroc, la femme de chambre, le cuisinier, le bourrelier qui vengen^ le financier de la DeSf
,,-erihyGOOglC
DE RÂHEAU. Si
champs. Au milieu de tout cela il n'y a que l'imbécile ou l'oi&if qui soit lésé sans avoir vexé persouue, et c'est fort bien fait. D'où tous Toyéz que ces exceptions à la conscience générale , on ces idiotismea moraux dont on &it tant de IkhiU sons la dénomination du tour de bâton , ne suit rien , et qu'à tout prendre, il n'y a que le coup^ d'oeil qu'il &ut avoir juste.
J'admire le vôtre.
Et puis la misère : la voix de la conscience et de l'honneur est bien faible, lorsque les boyaux crient. Suffit que si je deviens jamais riche, il &udra bien que je restitue, et que je suis bien résolu k restituer de toutes les manières possibles, par la table, par lé jeu, par le vin, par les
Mais j'ai peur que vous ne deveniez jamais
riche.
LTII.
Moi , j'en ai le soupçon.
MCI.
Mais s'il en arrivait autrement, que feriez-
vous?
LUI
Je ferais comme tous les gœux revêtus, je
n,gn,-.rihyGOOglC
5a LE NEVED
serais le plus insolent maroufle qu'on eût encore TU. C'est alors que je me rappellerais tout ce qu'ik m'ont fait souffrir, et je leur rendrais bien les avances qu'ils m'ont fitites. J'aime à commander, et je commanderai. J'aime qu'on me loue, et on me louera. J'aurai à mes gages toute la troupe des flatteurs , des bouffons et des parasites, et je leur dirai, comme on me l'a dit : Allons , iaquius , qu'on m'amuse , et l'on m'amusera; qu'on 'me déchire les honnêtes gens, et on les déchirera , si on en trouve encore ; et puis nous aurons des filles , nous nous tutoierons quand nous serons ivres; nous nous enivrerons, nous ferons des contes, nous aurons toutes sortes de travers et de vices, cela sera délicieux. Nous prouverons que Voltaire est sans génie ; que BulK>n , toujours guindé sur ses échasses, n'est qu'un déclamatenr. ampoulé; que Montesquieu n'est qu'un bel esprit; nous reléguerons D'Âlembert dans ses mathématiques. Nous en donnerons sur dos et ventre à tous ces petits Catons comme vous , qui nous méprisent par envie, dont la modestie est le maintien de l'orgueil , et dont la sobriété est la loi du besoin. Et de la musique ? c'est alors que nous en " ferons.
HOI
Au di^e emploi que vous feriez de la richesse, je vois combien c'est grand dommage que vous soyez gueux. Vous vivriez là d'une manière bien
,,-erihyGOOglC
honorable pour l'espèce humaine > bien utile à Tos concitoyens, bien glorieuse pour tous,
LUI
Mais je crois que tous tous moquez de moi, monsieur le philosophe ; tous ne savez pas à qui TOUS TOUS jouez ; tous ne vous doutez pas que dans ce moment je représente la partie la plus importante de la ville et de la cour. Nos opulents dans tous les états se sont dît à eux-mêmes ou ne se sont pas dit les mêmes choses que je tous ai confiées ; mais le fait est que la Tie que je mèn&-
' rais à leur place est exactement la leur. Voilà où TOUS en êtes, tous autres, tous croyez que le même bonheur est fait pour tous. Quelle étrange Tision ! Le TÔtre suppose un certain degré d'esprit romanesque que nous n'aTouS pas, une ame singulière, un goAt particulier. Vous décorez cette bizarrerie du nom de vertu, tous l'appelez philosophie; mais la vertu, la philosophie sont-
< elles faites pour tout le monde? En a qui peut, en conserve qui peut. Imaginez l'univers sage et philosophe; convenez qu'il serait diablement triste. Tenez, vive la philosophie, TiTe la sagesse de Salomon, boire de bons Tins, se gorger de mets délicals, vivre avec de jolies femmes, se reposer dans des lits bien mollets ; excepté cela , le reste n'est que vanité.
MOI
Quoi ] défendre sa patrie?
,,-erihyGoogle
54 LE NEVED
LDI.
YaDÎté! U n'y a plus de patrie : je ne vois d'un pâle à l'autre que des ^rrans et des esclaves.
KOI.
Servir ses amis?
LDI.
Vanité ! Est-ce qu^OD a des amis ? Quand on en aurait &ndrait-il en làire des ingrats? Regardez-y bien , et vous verrez que c'est presque toujours là ce qu'on recueille des services rendus. La reconnaissance est un &rdeau , et tout Ëirdeau est 6tit pour être secoué.
HOI
Avoir nn état dans la société et en remplir les devoirs?
Vaifité I Qu'importe qu'on ait uu état ou non, - pourvu qu'on soit riche , puisqu'on ne prend nn ' état que pour le devenir. Remplir ses devoirs , à quoi cela mène-t-il ? à la jalousie , au trouble , à la persécution. Est-ce ainsi qu'on s'avance ? feire sa cour, morbleu ! voir les grands , étudier leurs goûts , se prêter & leur fantaisie , servir leurs vices , approuver leurs injustices. "Voilà le secret.
HOl.
Veiller à l'éducation de ses enfents?....
LDI.
Vanité ! C'est .l'affaire d'un précepteur.
hyGoogIc
MOI
Mais si ce précepteur, jéoétré de vos principes,
néglige ses devoirs, qui est-<e qui en sera châtié?
LUI
Ma foi , ça ne se^ pas moi , mais peut-être un , jour le mari de ma fille on la femme de mon fils.
Mais si l'un et l'autre se précipitent dans ta débauche et dans les vices ?
LUI
Cela est de lenr étsAs
S'ils se déshonorent?
LDI.
• Quoiqu'on fasse , on ne peut se déshonorer quand on est riche.
HOI
S^ se ruinent ?
LUI
Tazit pis pour eux.
HOI
Je Tois que si tous tous dispensiez de veiller à la conduite de votre femme, de vos enËtntSi, de vos domestiques , vous pourriez aisément négliger vos affaires.
I LDI.
Fardonnezr-moi , il est quelquefois difficile de trouver de l'argent, et il est prudent de s'y pren- ■ dre de loin.
,,-erihyGOOglC
56 LE HEVEC
MOI
Vous donnerez peu de soin à votre femme?
LOI
Aucun, s^il TOUS plaît. Le meilleur procédé , je crois , qu'on puisse aToîr pour sa chère moitié, c'est de Élire ce qui lui convient. A votre avis, la société ne serait-elle pas fort amusante , si chacun y était à sa chose?
MOI
Pourquoi pas? la soirée n'est jamais pins belle pour moi que quand je suis content de ma matinée.
LUI
Et pour moi aussi.
Ce qui rend les gens du monde si délicats sur leurs amusements , c'est leur profonde oisiveté.
LOI
Ne croyez pas cela ; ils s'agitait beaucoup.
Comme ils ne se lassent jamais, ils ne se délassent jamais.
LUI
Ne croyez, pas cela, ils sont sans cesse excédés.
MOI
Le plaisir est toujours une afiaire pour eux et jamais un besoin.
,,-erihyGOOglC'
DE RAMEAU. Sy
Tant mieux; le' besoin est toujours une peine.
MOI
Ils usent tout. Leur ame s'hëbéte , Tennui s'en empare. Celui qui leur ôterait la Tie au milieu de leur abondance accablante , les ser^ Tirait ; c'est qu'ils ne connaissent du bonheur que la partie qui s'émcmsse le plus vite.. Je ne méprise pas les plaisirs des ^ens , j'ai un palais aussi f et il est flatte d'un mets délicat ou d'un vin délicieux ; j'ai un cœur et des jeui, et j'aime à voir une jolie femme, j'aime à sentir sous ma
main.... à puiser la volupté dans ses regards
quelquefois avec mes amis une partie de débau- ' che, même un peu tumultueuse , oe me déplait pas ; mais je ne vous dissimulerai pas , il m'est infiniment plus doux •encore d'avoir secouru lê malheureux, d'avoir terminé une affaire épineuse , donné un conseil salutaire , Ëiit une lecture agréable , une promenade avec un homme ou une femme chère à mon cœur, passé quelques heures instructives avec mes en&nts, écrit une bonne page , rempli les devoiirs de mon état, dit à celle que j'aime quelques choses tendres et douces qui amènent ses bras autour de mon cou. Je connais telle action que je voudrais avoir faite pour tout ce que je possède ,* c'est un sublime ouvrage que Mahomet ^ j'aimerais mieux avoir réhabilité la mémoire des CaitM^—Une personne
,,-erihyGoogle
58 LE HEYEB
de maconDaissance s'était réfbgîée à Carthagène ; c'était on cadet de fiuuille dans .un pays où la coatume transfère tout le bien anx aines. Là il apprend qneson aîné, en&unt gité, après avoir dépoaillé son père et sa mère trop jfàcilesde toutTe qu'ils possédaient , les avait expulses de leur château et que les Imhis Tieillards languissaient indigents dans nue petite Tille de la province. Qae fiiît alors ce cadet, qui , .traité durement par ses parents, était allé tenter la fortune au loin? Il leur envoie des secours ; il se hâte d'arranger ses afikires , il revioit opulent , il ramène stm père et sa mère dans lenrdomicile, il marie ses sœvrs. Ah { mon cher Rameau , cet homme regardait cet intervalle comme le plus heureux de sa vie , c'est les larmes aux yeux qu'il m'en parlait, et moi je . sens en vous faisant ce récit mon cœur se troiH bler de joie et le plaisir me couper la parole.
LUI
Vous êtes des êtres bien singuliers ?
HOI
Vous êtes des êtres bien à plaindre , si vous n'imaginez pas qu'on s'est élevé au dessus du sort, et qu'il est impossible d'être malheureux à l'abri de deux belles actions telles que celles-ci.
Voilà une espèce de félicité avec laquelle j'aurrais de la peine à me familiariser, car on la ren-
,,-erihyGOOglC
DE BAMEAC. 5g
contre rarement. Mais , à votre compte , il faudrait donc être d'honnêtes gens?
MOI
Pour être heureux assarément. ,^,
. Cependant je vois un infinité d'honnêtes gens qui ne sont pas heureux et une infinité de geiu qui sont heureux sans être honnêtes.
MOI
n TOUS semble.
LDI.
Et n'est-ce pas pour avoir eu du sens commun et de la franchise un moment que je ne sais oii aller souper ce soir?
MOI
Oh non I c'est pour n'en aToir pas toujours eu ,* ' c'est pour n'avoir pas senti de bonne heure qu'il , £illaitd'abordse£tire une ressource indépendante de la servitude.
LUI
Indépendante ou non, celle que je itte suis Jàite est au moins la plus aisée.
HOt.
Et la moins sûre et la moins honnête.
LUI
Mais la pins con&rme k mon caractère , de fainéant , de sot et de vaurien.
MOI
D'accord.
,,-efthyGoogle
LE NBVBD
LDI. ■
£t puisque je puis faire mon boaheur par des vices qui me sont naturels , cpie j'ai acquis sans traTail , que je conserve sans effort , qui cadrent avec les moeurs de ma nation, qui sont du goût de ceux qui me protègent, et plus analogues à leurs petits besoins particuliers que des vertus qui les généraient eo les accusant depuis le ma- ' tin jusqu'au soir; il serait bien singulier que j'allasse me tourmenter comme une ame damnée pourmebistoumeretmefaireautrequejenesuis, pour me donner un caractère étranger au mien, des qualités très-estimables , j'y consens , pour ne pas disputer, mais qui me coûteraient beancoupà acquérir, à pratiquer, ne me mèneraient^ rien , peut-être k pis que rien ,• par la satire continuelle des riches auprès desquels les gueux comme moi ont à chercher leur vie. On loue k vertu , mais on la hait , mais on la fuit , mais elle gèle de fiwid , et dans ce monde il faut avoir les pieds chauds , et puis cela me donnerait de l'humeur infailliblement ; car pourquoi voyonsnous si fréquemment les dévots si durs , si fâcheux , si insociables ? C'est qu'ils se sont imposé une tâche qui ne leur est pas naturelle ; ils souffrent, et quand on souflVe on fait soufirir les autres : ce n'est pas là mon compte ni celui de mes* protecteurs ; il faut que je sois gai , sduple, plaisant, bouâbn, drôle. La vertu se &ît respecter, et
DE BAHEAU. Gx
'^ le respect est incommode; Ift rertu se fait admirer, et l'admiratioD n'est pas amusante. J*ai affaire à des gens qui s'ennuient, et il &ut que je les &sse rire. Or c'est le ridicule et la folie qui font rire , il faut donc que je sois ridicule et fbu; et quand la nature ne m'aurait pas £iit tel, le plus court serait de le paraître? Heureusement je n'ai pas besoin d'être hypocrite ; il y en a déjà tant de tontes les couleurs, sans compter ceux qui le sont avec- eux-mêmes. Ce chevalier de Z/o iWorWére, qui retape son chapeau sur son oreille, qui porte la tête au vent , qui tous regarde le passant par dessus son épaule, qui lait battre
^ une longue e'pée sur sa cuisse, qui a l'insulte toute prête pour celui qui n'en porte point et qui semble adresser un défi à tout venant ; que fait-il? tout ce qu'il peut pour se persuader qu'il
- est un homme de cœur, mais il est lâche. OlTrezlui une croquinole sur le bout du nez, et il la recevra en douceur. Voulez-vous lui faire baisser le ton ? Élevez-le , montrez-lui votre canne ou appliquez votre pied entre les fesses. Tout étonné de se trouver un lâche , il vous demandera qui estr-ce qui vous l'a appris , d'où vous le savez ? luimême l'ignorait le moment précédent ; une longue et habituelle singerie de bravoure lui en avait imposé , il avait tant fait les raines qu'il croyait la chose. Et cette femme qui se mortifie, qui visite les prisons , qui assiste à toutes les as-
62 LE NEVEU semblées de charité , qui marcbe les yeui baisgés , qui n'oserait regarder un homme en &ce , sans cesse en garde contre la sédaction de ses sens ; tout cela empêcbe-t-il que son cœur ne brûle, que des soupirs ne lui échappent, que son tempérament ne s'allume , que les désirs né l'obsèdent , et que son imagination ne lui retrace la ouit ? Alors que deTieDt-eile?qn'eii
pense sa femme de chambre lorsqu'elle se lève en chemise et qu'elle Tole au secours de sa maitresse qui se meurt? Justine, alle&-Tons recoucher, ce n'est pas vous que yotre maîtresse appelle dans son délire. Et l'ami Rameau , s'il se mettait un jour à marquer du mépris ponrla fortune, les femmes, la bonne chère, l'oisiTeté, à catoniser, que serait-il?un hypocrite. Ufântqae Rameau soit ce qu'il est , un brigand heureux avec des brigands opulents et non un fiiufaronde vertu ou même un homme vertueux , mangeant sa croûte de pain, seul ou à côté des gueux. Et pour le trancher net , je ne m'accommode point de votre félicité , ai' du bonheur de quelques visionnaires comme vous.
xoi.
Je vois, mon cher, que vous ignorez ce que c'est, et que vous n'êtes pas même iaît pour l'ajn prendre.
LDI.
Tant mieux, mordieul tant mieux ; cela me
,,-erihyGOOglC
ferait creTer de feim , d'enoni et de remords peat-«tTe.
HOI
D'après cela, le senlconseUquej'ai à TOUS donœr c'est de rentrer bien vite dans la maison d'oit TOUS TOUS êtes imprudemment iait chasser.
LUI
Et de fiiire ce que vous ne désapproUTez pas au simple» et qui me rëpngoe no peu au figiu^?
HOI
Quelle singularité !
LDI.
ïl n'y a rien de singulier à cela; je veux bien être abject, mais je veux que ce soit sans contrainte. Je Teax bien descendre de ma dignité'... Vous riez?
HOI
Oui y Totre di^ité me fait rire.
LUI
Chacun a la sienne. Je veux bien oublier la mienne , mais à ma discrétion et non à Tordre ' d'autrui. Faut-il qu'on puisse me dire : Rampe , et que je sois obligé de ramper? C'est l'allure du Ter, c'est la mienne; nous la suivons l'un et Fautre quand on nous laisse aller, mais nous nous redressons quand on nous marche sur la queue; on m'a marché sur la queue , et je me redresserai : et puis tous n'aTez pas d'idée de la pétais
erfhyGoogle
64 tE NEVEU
dière dont il s'agit. Imaginez un mëlancolique et maussade personnage^ deToré de vapeurs, enveloppé dans deux ou trois tours de sa robe de chambre ; qui se déplaît à lui-même j à qiii tout dëplait; qu'on fait avec peine sourire en se disloquant le corps et l'esprit en cent manières diverses , qui considère froidement les grimaces plaisantes de mon visage et celles de mon jugement qui sont plus plaisantes encore ; car, entre nous, ce père Noël, ce vilain bénédictin, si renommé pour les grimaces, malgré ses succès à la cour, n'est, sans me vanter ni lui non plus, en comparaison de moi qu'un polichinelle de bois. J'ai beau me tourmenter pour atteindre au sublime des petites maisons, rien n'y feit. Rira-t-il? ne rira-t-il pas? voilà ce que je suis ibrcé de me dire au milieu de mes contorsions, et vous pouvez juger combien cette incertitude nuit au talent. Mon hypocondre, la tête renfoncée dans un bonnet de nuit qui lui couvre les yeux, a l'air d'une pagode immobile k laquelle çn aurait attaché un fil au menton , d'oii il descendrait jusque sous son Ëiuteuil. On attend que le fil se tire , et il ne se tire point, ou s'il arrive que la mâchoire s'entr'ouvre, c'est pour vous articuler un mot désolant , un mot qui vous apprend que vous n'avez point été aperçu , et que toutes vos singeries sont perdues. Ge mot est la réponse à une question que vous lui aurez fiiite il y a quatre jours ; ce mot
,,-erihyGOOglC
dit, le ressort mastoïde se détend, et la mâchoire se referme.
(Puis il se mit à contrefaire son homme. Il s'était placé dans une chaise, la tête fixe, le chapeau jusque sur les paupières, les yeux demimi-clos, les bras pendants, remîtaot sa mâchoire comme un automate, et disant : — Oui, tous Avez raison , mademoiselle , il faut mettre de la finesse là. )^ C'est que cela décide, que cela décide toujours et sans appel, le soir, le matin, à la toilette, à dîner, au cafë, au jeu, au théâtre, à souper, au Ut, et. Dieu me le pardonne, je crois, entre les bras de sa maîtresse. Je ne suis pas à portée d'entendre ces dernières décisions-ci, mais je suis diablement las des autres... Triste, obscur, et tranché comme le destin, tel est notre patron.
Vis-à-TÎs c'est une bégueule qui joue l'importance , à qui l'on se résoudrî^t à dire qu'elle est jolie, parce qu'elle est jolie, quoiqu'elle ait sur le visage quelques gales par-ci par>là , et qu'elle court après le volume de madame Bouvillon.
J'aime lesi chairs quand elles sont belles; mais aussi trop est trop , et le mouvement est si essen- ' tiel à la matière. Item, elle est plus méchante, plus fière et plus bête qu'ime oie. Item, elle veut avoir de l'esprit. Item , il faut lui persuader qu'on lui en croit comme à personne. Item , cela ne sait rien, et cela décide aussi. Item, il faut ap-
,,-erihyGOOglC