DES ÉDITEURS. XIII
première fois daus toat son éclat. Car dans ma traduction il a dû perdre au moins la moitié de ses avan-
r à l'auteur de l'article suiTant inséré dans le Miroir du . S férrier iSaa. Cet auteur, d'ailleurs, avait reçu l'ouvrage non conime une traduction , maïs comme un écrit poslhume et inédit:
£e Neveu de Rameau, dialogue, etc.
L'ouvrage dont on -vient de lire le titre est-il réellement de Diderot? telle est la question que chacun s'est faite au moment où il a paru , et qui sera résolue affirmativement par tous ceux qui en étudieront attentivement le style et l'esprit. Diderot est peut-être , de tous les écrivains penseurs du dix-huitième siècle, celui dont il serait te plus difficile fi un imitateur, même habile, de contrefaire le génie, ou si l'on veut , le talent. Original parfais jusqu'au sublime , souvent jusqu'à la bizarrerie, indépendant de toute espèce de préjugé , il a , plus que tout autre , une physionomie qui lui est propre , soit qu'on le considère comme philosophe , soit qu'on l'envisage seulement comme écrivain.
Le lieveu de Rameau réunit dans le style et dans l'ensemble des idées morales qui ont préaidé i la composition de cet ouvrage , tous les défauts et toutes les qualités qu'on remarque dans les mires écrits de Diderot; il ofEre surtout des traits qui rappellent la philosophie tout à la fois cynique et sensée dont Jacques le FabtUsIe est empremt.
L'écrit posthume de Diderot est désordonné dans la forme , et parfaitement moral quant au fond. Le but de l'auteur paraît avoir été de faire ressortir toutes les difformités du vice civilisé, dans nn dialogue dont plusieurs questions musicales et littéraires sont en apparence le texte et la base. Le prétendu neveu de Hameau , et Diderot lui-même qui se fait son interlocuteur, embrassent d'un coup d'ceil hardiment philosophique toutes les circonsiances de l'état social dans lequel l'un et l'autre ont vécu : c'est un résumé TÎf et piquant des diverses idées philosophique* que Diderot a déposée* dan* tous ses onvrages. Celui-ci le fait connaître plus que
ertbyGoOgle
XIV AVERTISSEMENT
tages' : pour les lui conserver tous , il eût fallu que
le soiQ de l'interprëter fût confié à un écrivain qui
tout autre : cet a'raDtago , il le doit peut-^tre & Vintentioii où était l'auteur, en le compfMant , de de le faire paraître qu'après sa mon. Nulle concession dans la forme ou dans la pensée n'en altère l'originalité ; c'est Diderot via-à-vis de lui-même , c'est Diderot tout entier.
Une analyse, de quelque manière qu'on la Rtt ne dpnnerait paj une idée suffisante de cet ouvrage ; elle serait même presque impossible : c'est une sorte de conversation libre et spirituelle , qui n'oflre ni liaison , ni proportion , ni plan ; toutes les pensées partent d'une source commune pour tendre k un seul but; mais l'enchalnement ou n'existe pas , ou n'est pas sensible. L'iiderlocuteur que le philosophe s'est donné , sous le nom de neveu de Rameau , est une espèce de raisonneur bouffon , un être besoigneux et dégradé , qui met i nu tout l'avilissement de son ame avec une candeur à la fois hideuse et comique. Voltaire avait peint le pauvre diable de W litlërature : Dtderot met en scène celui de la société. On voit combien d'aperçus originaux , d'idées neuves et de pensée* profondes un pareil sujet devait fournir k un écrivain comme Diderot. Aussi cet ouvrage est-il un des plus singuliers qu'on puisse lire : presque i chaque hgne des traits inattendus , exprimés avec cette négligence énergique qui caractérise le style de l'auteur, vous arrêtent et vous saisissent. C'est un livre qui fait rire et penser. Miroirdu Sfévrier 1832.
Pour nous laisser dans la persuasion que sa traduction était l'ou— vi'Bge même de Diderot , M . De Saur rappelle les doutes élevés i ce ' sujet par lejoumali'.rfieftfe, eldit r
u Lors de la publication de cette œuvre posthume de Diderot , a quelques personnes ont paru douter de l'existence du neveu de
' La traduction française de M. De Saur suffirait pour atleiter le mérite de la traduction allemande de M. Goïthe, puisque , apri* •voir été traduit et retraduit , l'ouvrage n'a perdu que peu de aa grftce et de sa naïveté, ëpit*.
DES EDITEURS. xv
possédât mieux que moi 1^ deux plus riches, les deux plus belles des langues vivantes.
• Rameau, et l'ont pm pour un penonnage imagmaire, entre
■ autres , l'auteur d'une analjte de ce dialogue , laquelle a paru
■ flani C Abeille. Qu'estrce que c'est , dit-il , que ce Be*Ai de Ra-
■ ineau? a-t-il esiité?* >
Le morceau luivant ( sur les deux Rameau , l'oncle et le nenn ) que nous trouvons dans le Tableau de Paria , de Mercier, nont a paru propre à convaincre let plus incrédules , et à leur prouver que c'est d'un de ses contemporains, qu'il avait ir^rëel tentent rencontré dans le monde , que Diderot a tracé dans cet ouvrage le bizHi-re portrait :
« J'ai connu dans ma jeunesse le nuuicîeu Rameau ; c'était un grand homme sec et maigre , qni n'avait point de ventre , et qui , comme il était courbé , k promenait an Palais-Royal toujours k* mains derrière la dos , pour faire ion aplomb. Il avait un long nez, nu menton aigu, des flûte» au lieu de jambes, la voixraùque. 11 paraissait être de difficile humeur. A l'esempte des poètes, il déraisonnait sur son art.
a On disait alors que toute Tharmoiiie musicale était dans sa tête. J'allais à l'Opéra , et les opéras de Rameau (excepté quelques s;ymphonies) m'ennuyaient étrangement. Gomme tout le monde disait que c'était là le nec plus ultra de ta musique , je croyais être mort à cet art , et je m'en affligeais intérieurement , lorsque Gluck, Piccini, Sacdùni , sont venus interroger au fond de mon ame mes facultés engourdies ou non remuées. Je ne comprenais rien à la grande renonSnée de Rameau ; il m'a paru depuis que je n'avais pas alors ai grand tort.
tt J'avais connu son neveu, moitié abbé, moitié laïque, qui vivait dans les cafés , et qui réduisait i la mastication tous les prodiges de la valeur , toutes les opérations du génie , Cous les dévouements de l'héroïsme, enfin tout ce que l'on faisait de grand dan*
■i le prétendu
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XTl AVERTISSEMENT
Ce serait une curiosité assez vaine que celle qaî aurait pour objet de déterminer avec précision l'épo-
le monde. Selon tni , tout cela n'avait d'autre but ni d'autre résultat que de placer quelque choie soui la dent.
■ Il prècluit cette doctrine avec un geite expressif et on moimment de mâchoire tris^pittoresque ; et quand on pariait d'un beau poème , d'une grande action , d'un ëdit -. Tout cela , disait-il , depuis le maréchal de France jusqu'au saretier, et depuis Yollairt jiuqu'ï Chabane ou Chabanoa , se fait indubitablement pour aT<Hr de quoi mettre dans la bouche , et accomplir les lois de la fNOf- Ucation.
■ Un jour dini la conTersalion il me dit ; ■ Hon oncle tnuiicieD est un grand homme; mais mon père soldat, puis Tiolun, puis marchand , était un plus grand homme encore ; tous ailes en juger ; c'était lui qui savait mettre sous sa dent! Je vivait dana le maisoq paternelle avec beaucoup d'insouciant» i car j'ai toujours été fort peu curieux de seatùtelier l'avenir. J'avais vingt-deox ans révolus lorsque mon père entra dans ma chambre , et me dit : ■ Combien de temps veux-tu vivre encore ainsi , lAche et fainéant ? n y a deux années que j'attends de tes oeuvres ; sais-tu qu'à l'Age de vingt ans j'étais pendu, et que j'avais un^tat? a Comme j'étais fort jovial , je répondis i mon père : o C'est un état que d'itre pendu! Mais comment fûtes-vous pendu et encore mon pire? ■
« Écoute , me dit-il , j'étais soldat et maraudeur ; le grand-prevdt nie saisit et me fit accrodier à un arbre. Une petite pltûe empêcha la corde de glisser comme il faut , on plutôt comme il ne fallait pal. Le bourreau m'avait laissé ma chemise, parce qu'dk était ITonée ; des houssards passèrent , ne me prirent pas encore ma chemise , parce qu'elle ne valait rien ; mais d'un coup de sabre ils coupèrent ma corde , etje tombai sur la terre ; elle était humide ; la fraîcheur remit mes esprits ; je courus en cheniise vers un bourg voisina j'entrai dans une taverne; je dis à lafemme: Nevousefirayec pas de me voir en chemise, j'ai mon bagage derrière moi. Vous saurez.... je ne vous demande qu'une plume, de l'encre, quatre feuilles de papier, un pain d'un sou et une chopine de vin. Ma
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DES ÉDITEURS. ïvn
que à laquelle Diderot a composé cet écrit '. Ce fat pnrfjablement vers 1760 ; car il y parle comme d'un
dtenÛK trouée dûpoaa fons doute la femme de la taverne i, la commûëration. J'ëcrivb sur les quatre feuillet de papier : Jujouj^ d'huit gfortd spectacle donné par lejàmeux Italien; les premières places à six sous, et les secondes à trois. Tout le monde entrera, en payant. Je me retranchai derrière une tapisterie, j'emprantai au Tiolon , je coupai ma chemise en morceaux , j'en fil cinq marionnette^ que j'aTais barbouillées avec 6e Ventxe et un pen de mon aan^ ; et me voilà tour à tour à faire parler met marionnettes, A chanter et à jouer du violon derrière ma tapis-
K J*avais préludé en donnant k mon violon un ion extraordinaire. Le spectateur accourut, la salle fut pleine; l'odeur de la cuisine, qnl n'était pas éloignée, me donna dE nouvelles forces; b faim , qui jadis inspira Horace , sut inspirer ton père. Pendant une semaine entière je donnai deux représentations par jour, et lar l'affidie point de relâche. Je sortis de la tavei'ne avec une ca- ■aque, trois chemises , des souliers et des bas , et assez d'argent pour gagner la frontière. Un petit enrouement , occasioné par la pendaison , avait disparu totalement ; de aorte que l'étranger admira ma vcHX sonore. Tn vois que j'étais illustre i vingt ans , et que j'avais un état. Tu en as vingtnleux , tu as une chemise neuve sur le corps , voilà douze francs ; sors de chez moi. »
B Ainsi me congédia mon pèrâ. Vous avouerez qu'il y avait plus loin de sortir de là que de faire Dardanus , ou Castor et Pollux. Depuis ce lemps-là , je vois tons les hommes coupant leurs chemises selon leur génie , et jouant des marionnettes en public ; le tout pour remplir leur bouche. La mastication , selon moi , est le vrai résultat des choses tes plus rares de ce monde. »
« Ce neveu de Rameau , le jour de ses noces , avait loué tontes tes vielleuses de Paris à un écu par télé , et il s'avança ainsi au milieu d'elles . teuanl son épouse sous le bras : Vous êtes la vertu ,
' Voyez cet Avertissement page nv. Èdit*.
OEtrvaiii inédites. b
n,gn,-.^hyG00^le
xvm AVERTISSEMENT
ouvrage nouveau, de l^tovaé^ des P/iilosep/its de
Paliasot , reprétentée à Paria pour la première fois le
a mai de cette année. Cette pièce était une satire dirigée contre Diderot, IXAlenibcrt, et les hommes les plus illustres de la littérature française. On sent quelle rumeur elle dut exciter , soit parmi leurs amis , soit de la part de leurs eonemis ^ comlûen elle dut piqudr la curiosité d'un public également avide de tout ee qui excite des inipressions vives , cbefe-d'œuvre <ra ouvrages scandaleux , n'importe.
En Allemagne, la jalousie ( qui est ta même par
dûait-il , mai) foi touLu qu'elle fût releTëe eocore p«r Im ombrci qgi Tou» enTÛDDiiant. b
Rameau , rendant TÛite k une belle dame , se lève tout à coup de Heuuï «a cbaiie , prend un petit chien qu'elle avait sur «es genoux , et le jette subitement par la fenêtre d'an troitième étage. La dame épouraDtée s'écrie: Ehl que faitcs-TOua, monsieur? — H aboie faux , dit Rameau en se promenait arec l'indignation d'un homme dont l'oTBille avait été déchirée.
Rameau ne put jamais faire entendre à Voltaire une note de muiique, et celui-ci ne put jamais lui faire comprendre la beauité d'un de ses vers', de sorte qu'en fabaut on opéra ensemble, ils en Tinrent presque aux mains tout en parlant d'harmonie.
s La conversation qu'iHi vient de lire entre ce neveu de Rameau et Merdo* , a , observe fort bien H. De Saur , le même ton , le même caractère que le dialogue de Diderot avec cet original. Les deux peintres ne se loni pas doimé le mou One pareille ressemblance prouve évidemment que ce n'est point un personnage inventé , mais un être trèa~réet , dont l'un et l'autre ont tracé le portrait d'après nature, n
Oui , sans doute , cette resseiublanoe prouve que le Neveu de Rameau n'est point un être idéal ; mais elle ne prouve pas que ta traducUon de M. Dé Sur soit l'origiiMl de Diderot. Èan*.
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DES ËDITEOBS. UX
tont pays) a tenté qndqnefois de manier sm periides armes , en décochant des libelles contre les homnee de mérite, oa en les jouant en plein théâtre. Ce genre d'attaque a toujours produit peu d'effet, k moins que récrirain attaqué, dené d'un amour-proi^-e trop irritable , n'appel&t Ini-môme «ir ses détracteurs l'attention publique , qui s'en détournait natarellement Nous diffî&Toaa en cela des Français ; et cette différence nous &it honnear. En France , le satiriqae qiù révye au puMic ies petits travers d'an grand écrivain , ses bizarreries , ses misères domestiques , est accueilli avec une avide «uriosité, avec -un empressement stupide , comme si l'on s'étonnait d'apprendre qu'un bomme est sujet aux divers accideats de ix condition hanatne ' ! En Allemagne , au coobvire , la satire personndie porte loujoais à faux. Le public n'est poiot dnpe dn piège-, l'homme d'un mérite reconnu n'en est point victime; on sût qu'il peut avoir, ■09mme tout autre homme, des débuts de caractèâ'e, des tracasseries de fifmiUe , etc. ; T&aissu o'ost ni empressé A s'en infarmer , m heureux de les découvrir : on s'oocnpe de ses ouvrages, et JMiais de sa personne. On ne veut de lui que ce qu'il en doooe au public , et il donne ce qu'il a de mieux, ses sentiments, ses peafiées, son être intellectuel. On s'en .tient avec caison ^ la nelation abs4iraite d'auteur a lec- ' iteur. .Ajoutez à. cela que les Allemands portent i'ea-
' Le lecteur friDçab tait beaucoup de gré à celui qui fait connaître ces circonstance! individuelles. Il est eachanté de aaroir que *D' Alembert était ititard d'une dunoiiMsie , et.que Pope était
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" AVERTISSEMENT
thoDsiasme pour les taleats nalionaax jusqu'à l'idolÂtrie. Aussi prodigues des marques de leur estime qne les Français en sont avares, nous sommes fiers de la gloire d'un concitoyen. Ifous voyons dans nos grands écrivains les richesses vivantes de ia patrie. Chez nous le plus profond mépris fait justice des satiriques toujours sûrs d'être bien accueillis en France. Cliez nous, l'homme de génie devient pour tons un ami que l'honneur nous fait un devoir de défendre. Mais pour le lecteur français, l'admiration est on joug insupportable ; le Français est toujours prêt i se ranger du parti de l'envie, et le grand écrivain doit voir en lui l'allié de ses ennemis.
En Allemagne aussi, des hommes célèbres ont éprouvé quelques persécutions ; car en quel pays l'envie a-t-elle complètement épargné la gloire ? On a vu quelquefois des mains jalouses at puissantes suspendre la tempâte sur des têtes illustres. Mais l'opin'on reste fidèle au mérite. Le public n'est ni.l'écho ni le complice des persécuteurs ; et quand l'orage a cessé , on n'entend plus que le murmure flatteur des éloges , qui , pleuvant de toutes parts comme une ondée bienfaisante, fécondent la sève du talent, et muldplient ses fleurs et ses fruits. .
Ces exemples d'injustices ont d'ailleurs toujours été très-rares ; le plus souvent parmi nous on peut avoir de la gloire impunément , et la sécurité est compagne du génie. Lorsqu'un auteur allemand a communiqué avec franchise et loyauté à sa nation les fruits de ses veilles , dès-lors son rôle est achevé , celui de ses lecteurs commence j sans intrigue , sans
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DBS ÉDITEURS. ^"
protection , sa réputation se fait d'elle-même. Il peut se reposer de ses travaux avec l'idée coosolante de les voir de sod vivant appréciés avec autant d'équité que de bienveillance. Il peut mâme en écrivant s'attacher davantage à la profondeur de la pensée-qa'à l'extrême clarté de l'expression. Il a affaire à un pni^ qui n'est point paresseux d'esprit, qui ne craint pas d'être attentif, de prendre sa part du travail, et de voler au devant de la vérité , à travers les nuages légers qni la lui dérobent encore. Mos auteurs usent noblement de cette liberté de peuser et d'écrire , qni est plus grande en Allemagne que partout ailleurs , parce que les droits les plus sacrés , et ceux dont la conservation importe le plus à l'homme , y sont religieusement respectés ; la liberté individuelle est assurée; laviolation du domicile serait vue avec horreur; cbacun dans sa ville, dans son château, dans sa chaumière , vit , pense, agit, écrit avec indépendance. L'écrivain n'a point à redouter ni la surveillance inquiète d'un gouvernement ombrageux , ni les ténébreuses maqoeuvres d'une inâme police , capable , par les terreurs qu'elle inspire , de tiier le génie. Lors même qu'il tomberait dans quelques erreurs , te public respecterait toujours eu lui le noble motif qui l'uiîme, le perfectionnement des connaissances, l'amélioration des destinées du genre humain. Ainsi, que son pays soit eu paix ou en guerre , que le calme ou l'orage régnent autour de lui , le talent , avec une persévérance inaltérable , ^uit la route ouverte parle génie , sans égard aux événements du monde matériel qui l'environne.
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'XXII AVEATIfiSEMEMT
En Fra^,il n'en est pas de «éne; laies auteurs
n'ontfMsafiiireàvnfHiblicaMsmâsieBveillaBtjilfBitt, pow -conquénr sa favcHr , sHtnposer des efibfts e« phu d'an genre , «t tnTailler ses ntcoès encore plus <fue ses oarrages. Mais si l'iécrivaiB {raoçàs n'est pas, ■oovBie TamtearsÀïexamid^ le 'kéros dn fablic^ es levaoche il est le torjjàiie ée se soeàéti. Costdanale ipettt>cerde d'ara eotene <|M'UiraiK:lie, décide, ïdflucDoe^ Ëxecoe UD souverain emptre. ^ Fnmoe , la paftèe é^iti^-de 1» «fttion est 4011^» divi«^-ai hb .certain nombre de «es DOteneB,'qiH se dÎApMleiNtie sceptneiie'l'i»i»aios, et veuïeut impoflw k Ja^node majDiité^e ]a «abon le jouf de leurs décdsùos et ie culte de leurs itides. Leurs attaiqiM« respectives, -leurs succès, ^eurs revers, «e réfléchissent dans 'Cette glace mobile , et tiennent l'esprit 'puUîc-âam une DuctuatiiOD perpi^elle.
Ceci nous remèite à la comédie des PMlosopkes. Cette satire dramai^ae était dirigée «ontve une 'des -sodiétés les ^las dbrillMitei, les ]:dus influentes de Paris <: tous tes iMuiiffea'aTaieBtdeetaleats, et la oon- «idécatioB >pérsotinelte t plusieiirs , un ran^ distingué, nue ituportanoe sociale. Qu'on jage de j'ioïKf^atioii <[vi4bi't^dBter de toutes parts oontre im auteur qui essayait de les vilipender, de joner «n plein tfaéftire leurs manières, leurs mœurs, leur vie privée; «taquec toujours inquiétantes , même peur les hMnates da mérite le plus ëmiaent.
En eâet, on peut avancer que jamais le public en masse -ne juge réellement un homme extraordinaire, parce que le public en masse se compose d'hommes
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1»£5 ÈDITBDRS. XXIU
bora^ , tcUenent aèsorbës -àam un oercie ëtroH 'de petits iaCâréts,i{u'ilBsoDt totalemetit létrsngere k U B)dière des Juntes ooneeptions de finteDigeDce bn- Monae : ils savem bien qu'il y s<de gr&Bdee pensas , des c»aD»asances «nbliaies , maisceDlementparouïdif«^ iau eflttme pour les fatHoacB de génie consiste omqiUMent dajM un sentnaent tpët-vagoe , très<oODfm de-lenr supériorité , naltéraeiit dans «ne Tue ««tte ttiàiaànebË de ce «{ni la «onsCitae. Oet «mnen , eetn ■■alyM pUBe Ia^rtiée<lu -pidilic en général.
A 5'égarf des «obm«, <ïm mauûèrea , de h TÏe privée, c'estiS ce quen«BntBesiïpérienrïi de commun avec les autres faommes ; c'est en oeta rpiSh sont tous »es ja^s oompétents : aatei ses «rmemii a'ouUient rien pour l'attirer eA le &ire desoeadre de sa sf^ère Eiq^eare et âevée dans ce petàt «ercle, pour l'y Sflumeltre aJix airâts de région de Société , qnel- (faefois mâne «ax Récitions plos sérieuses des antoribée politiques et judidaires.
Par là , oe ^e le génie a d^mportant el de recommandable , ses travaux pour Taccroissement des luratères et de la féficité du genre humant , se trouve BÏs de-edté : 4''attention pi^ltqne en -est lout~i-làit détowraëe , tanAts qu'elle se porte eKclusivement sur le c4té ordinaire des homaies extraordinaires, côté souvent défeettieux, à raison -de la supériorité même du talent , qui modifie en entier l'individu qui le possède , et lui donne une couleur particulière dans les cipcanstaBjces ordinaires ide J'exisbeoce : il n'agit pas coonie les autres, parce qu'il ne voit point «omme eux. Dela-faaalenr où'itest j^eé, les objets lui pa-
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"" AVERTISSEMENT
raissent tout autres qà'ils sont ponr les yeax du vulgaire. Remarquez ces singularités , mais gardez-vous de les blâmer avec trop de précipitation. LIiODiÉae supérieur doit être d'avance justifié à tous les yeux comme il l'est aux sieus ; quelque étranges que ses opinions puissent nous sembler , si elles sont sincères , il garde tous ses droits à notre estime. H n'appartient pas au 'monde y comme être moral seulement. Bans h connaissance intime de ses pensées , il ne dépend point d'autrui ; il n'en doit compte qu'à son Dieu et & lui-même. Il n'a que deux juges infaillibles « Dieu après sa n^ort, et lui-même pendant sa vie.
C'est comme être pensant que l'bomme de génie appartient à l'univers , comme exerçant par l'activité de sa pensée une profonde înQuence sur tes destinées du reste 4es hommes ; et , je l'ai déjà dit , cette puissance résulte encore plus de son ascendant sur les esprits, que de la connaissance exacte qu'ils ont de cette force qui les subjugue. Ils sont entraînés plus qu'éclairés; ils sentent vivement ce qu'ils n'apprécient point -, car l'esprit vulgaire n'apprécie point l'esprit supérieur j il ne peut atteindre à cette hauteur. L'esprit supérieur ne sfi met pas mieux à la place de l'esprit vulgaire ; il ne saurait y desdndre. Règle générale : les hommes ne sont réellement jugés que par leurs pairs \ les gens médiocres par d'autres gens médiocres ; les grands hommes par d'autres grands hommes.
Au reste, lorsqu'un homme supérieur prête dans sa partie -vulgaire le flanc à la satire et au ridicule , le vulgaire en est charmé ; cela est dans l'ordre ; c'est
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DES ÉDITEURS. XZT
le premier mouTement du coeur hamain. Qai le croirait ? La cause en est aa fond plus honorable pour nous qu'elle ne le paraît d'abord : c'est le désir secret de s'élever par la pensée , désir invinciblement attaché à la qualité d'homme , et qui, lorsqu'il ne peut se satislaire , se change en dépit contre ceux qui possèdent cet avantage t{ue nous ambitionnons tous , lors même que nous n'avons pu l'acquérir. Ce sentiment vient toujours , comme on le voit , de la hauteur et de la sublimité de notre nature intellectuelle. '
Mais sans nous égarer plus long<temps dans ces considérations étrangères à notre sujet , revenons à l'objet qui nous y a engagés , à la petite guerre des petits esprits contre les grands hommes français du dix-huitième siècle ; revenons à la comédie des PMlosopAes j au Neveu de Rameau et à Diderot. Palissot l'avait attaqué dans sa conduite et dans ses mœurs : Diderot , par représailles , emploie les mêmes armes; il représente à sou tour Palissot comme un être immoral, dangereux, affreux, chassé delà bonne compagnie, perdu de réputation, etc., etc., et il n'oublie rien pour rejeter sur son Zoïle les couleurs odieuses dont celui-ci avait cherché à le noircir '.
La fougue avec laquelle ce chapitre est écrit , fait présumer que Diderot était alors en verve de haine et de ressentiment , et qu'ainsi c'est dans le moment où le scandale occasioné par la comédie des Philosophes occupait tous les esprits, que son Neveu de Bameau fut composé. Il y fait mention de Rameau
• Tojupaseï 19, aa, 77, 78, 92, gS. Ènrf.
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UVI AVERTISSEMENT
l'oiMle comme vivaMlt «noore àieeUe épo^ae ( Bamesu l'oncle ne «Morat qu'en 1764 )• C'est ainsi dans le même tesqis que paruneat la Fausse Con^umce, de Bret, et J'autres ouvrais rasiatenant enterrés dans l'aitîmeide l'oubli , et doot DideraC nous douoe , poor jÙDsi dire, Les exiraiu m«rtiiairef..
A -cette «époque ub grand nombre d'antres traits sMiriqaes forent décochés de part et d'autre. Je ne esterai de ces p^mpMets (|ae la ■F'ision ds C?taries Palissot, <doDt l'abbé MoreÛet était l'auteur. Plasieurs , étant assez hardis , coururent en manoserit «t ne furent point imprimés ; c'est sans doute cette raison qui adétemÙDé Diderot i aeipwnt publier son Neveu de Hameau, que je re^rde com»e le morceau le plus important composé à l'occasion de oes querelles , et oomme le senl îàit poor leur «urmre , parce qu'il réunit au'ÊMi de la-ool^ , le ieu d«<géme , qui jette on éclat ^s durable.
Au reste, gardoos-mms de<;roire<iae Palissotfat un aussi méchant homme qu'il «st représenté dans cet écrit; il a fourni, iwn «ans saeeès, mie longue carrière littéraire ; îl s'est soutenu avec beoneur peodant tout le cours de la révolution française : il vit petït-étrè encore su moment où j'écris ceci-". 51 -rit en «e rappelant l'animosité de ces TÎalles ^ereHes , et les inculpations odieuses que JDiderot et lui
' BIèctiTenicnt , en i3o5 , ^poque-où It- Goëtlu pulilia la tn- Juction allemande du Neveu de Saneau, Palissot Tirait «pcpre ; il n'est mort qu'en i8l3, plui qu'och^naire.
Cet écrÎTam était imtniit, et pouédait une littérature assez étendue; mais Itm'avait de (talent j^I etanitauemgmw. 'Quant
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DES ÉDITEURS. "VH
ne s'épargnèrent pas. S'il en rit, it fait bien; en France surtout , on est toujours sûr d'avoir les rieurs de son côte , et si l'on parvient une fois à s'emparer de l'arme du ridicule, la victoire n'est pas long-temps incertaine.
t la méchanceté , il ne k démentit jamaii , depuU m* premiov oiiTrages, où il reprttente Hebéthu et D'Alembert comme dei marauds qui enseignaient à 'voter daiu la poche, jusqu'à au demien , où il donne pour pire et mire un chien et une fnrie i l'abb^ Geoffivi :
Fmit cUndcadn d'une ardeur puMgice, Dont Alectoa l'eDRuiima pour Cnbtie.
PalÎMOt a contiBné ûniî pendant plus de aoiunte ani A dire paisiblement dei injures atrocei i tout le monde : on j était fait ; ou ne l'en fichait pa» -. on lavait que le publie n'y prenait pu garde ; sa nullité lui tenait lieu d'innocence. ( Xole de M, De Saur. )
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Qn'U fasse beaa, qu'il &sse laid, c'est mon Iiabitude d'aller sur les cinq heures du. soir me promfflier, au Palais-Royal. C'est' moi qu'on Toit toujours seul, rêvant sur le banc d'Argenson. Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie; j'abandonne mon esprit à tout son libertinage ; je le laisse maître de suivre la première idée sage ou foUe qui se présente, comme on voit, dans l'alle'e de Fqi,'nos jeones dissolus marcher sur les pas d'une courtisane à l'air éventé, au visage riant, à l'œil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre , lés attaquant toutes et ne s'attachant à aucune. Mes pensées ce sont mes catins. Si le temps est trop froid ou trop pluvieux, je me • réfugie au café de la Régence. Là, je m'amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l'endroit du monde , et le café de la Jtégence est l'endroit de Paris oii l'on joue le mieux à ce jeu ; c'est là que
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a LE NEVEU
font assaut Légal le profond , Pkilidor le subtil , le solide Mayot; qu'on voit les coups les plus surprenants et qu'on entend les plus mauvais propos; car si Ton peut être homme d'esprit et grand joueur d'échecs comme l^al^ on peut être aussi un grand joueur d'échecs et un sot comme Foubert et Mayot. Une après-dinée j'étais là > regardant beaucoup , parlant peu et écoutant le moins que je [>ouTais, lorsque je fus abordé par un des plus bizarres personnages de ce pays où Dieu n'en a pas laissé mantpier. C'est an composé de hauteur et de bassesse , de bon sens et de déraison ; il faut que les notions de l'honnête et du déshonnête soient bien étrangement brouillées dans sa téte^ car il montre ce que la nature lui a donné de bonnes qualités sans ostentation , et ce qu'il en a reçu de mauvaises sans pudeur. Au reste, il est doué d'une organisation forte , d'une chaleur d'imagination singulière, et d'une vigueur de poumons peu commune. Si vous le rencontrez jamais et que son originalité ne vous arrête pas, ou vous mettrez vos doigts dans vos oreilles , on vous vous enfuirez. Dieux, quels terribles poumons I Rien ne disserable plus de lui tpie luimême. Quelquefois il est maigre et hâve comme un malade au dernier degré de la consomption ; on compterait ses dents à travers ses joues, on . dirait qu'il a passé plusieurs jours sans manger, ou tju'il sort de la Trappe. Le mois suivant, il est
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DE RAMEAC. S
gras et replet comme s'il o'avait pas quitté la table d'un financier, ou qu'il eût été renfenné dans un couveat de Bernardins. Aujourd'hui en i linge sale, en culotte déchira, couvert de lam* beaux , presque sans souliers , il va la tête basse , il se de'robe , on serait tenté de l'appeler pour lui donner l'aumône. Demain poudré, chaussé, frisé , bien vêtu , il marche la tête haute , il se montre , et vous le prendriez k peu près pour un honnête homme : il vit au jour la journée; triste on gai , selon les circonstances. Son premier soin, le matin , quand il est levé , est de savoir oà il dînera ; après dîner, il pense oh il ira souper. La nuit amène aussi son inquiétude : ou il regagne à pied un petit grenier qu'il habite, à moins que l'hêtesse ennuyée d'attendre son loyer, ne lui en ait redemandé la clef; ou il se rabat dans une taverne du làubourg oîi il attend le jour entre un morceau de pain et un pot de bierre. Quand il- n'a pas six sous dans sa poche , ce qui lui arrive quelquefois , il a recours soit à un fiacre de ses amis , soit au cocher d'uD grand seigneur qui lui donne un Ut sur de la paille, à côté de ses chevaux. Le matin il a encore une partie de son matelas dans les cheveux. Si la saison est douce , il arpente toute la nuit le court ou les Champs- Elysées. 11 reparaît avec le jour à la ville , habillé de la veille pour le lendemain , et du lendemain quelquefns peur le reste de la semaine. Je n'nr
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4 LE HEYED
tûne pas ces originaux-là ; d'autres en font leurs . connaissances familières , même leurs amis. Ils m'arrêtent une. fois l'an, cpiand je les rencontre^ parce que leur caractère 4ranche avec celui des autres , et qu'ils rompent cette fastidieuse uniformité que notre éducation, nos conTentions de société, nos bienséances d'qsage, ont introduite. S'il en parait un dans une compagnie , c'est un grain de levain qui fermente et qui restitue à
, chacun une portion de son individualité naturelle. Il secoue , il agite, il fait approuver ou blâmer; il £iit sortir la vérité, il fait connaître les gens
. At bien , il démasque les coquins ; c'est alors que l'homme de bon sens écoute et démêle son monde.
Je connaissais celui-ci de longue main. 11 fréquentait dans une maison dont son talent lui avait ouvert la-porte. Il y avait une fille unique; il jurait au père et à la mère qu'il épouserait leur fille. Ceux-ci haussaient les épaules , lui riaient au nez, lui. disaient qu'il était fi)u; et je vis le moment que la chose était faite. Il m'empruntait quelques écus que je lui donnais. Il s'était introduit, je ne. sais comment, dans quelques maisons honnêtes où il avait son couvert, mais à la condition qu'il ne parlerait pas sans en avoir obtenu la permission. 11 se .taisait et mangeait de
-rage; il était excellent à voir dans cette contrainte. S'il lui prenait envie de manquer au traité
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DE RAHEAB. O
et qu'il oUTiit la bouche , au premier mot tous les conviTCs s'écriaient Rameau ! alors la fureur éttncelait dans ses yeux et il se remettait à manger avec plus de rage. Vous étiez curieux de savoir le nom de l'homme et vous le savez. C'est Ramecai y élève du célèbre cpii nous a. délivré du plein-chaat <jue nous psalmodions depuis plus de cent ans , qui a tant écrit de visions inintelligibles et de vérités apocalyptiques sur la théorie de la musique , où ni lui ly personne n'entendit jamais rien et de qui nous avons un certain nombre d'opéra où il y a de l'harmonie, des bouts de chants» des idées décousues , du fracas » des vols , des triomphes, des lances, des gloires, des murmures, des victoires à perte d'haleine , des airs de danse qui dureront éternellement et qui après avoir enterré le Florentin , sera enterré par les virtuoses italiens , ce qu'il pressentait et le rendait sombre » triste , hargneux , car personne n'a autant d'humeur, pas même une jolie femme qui se lève avec un bouton sur le nez, qu'un auteur menacé de survivre à sa réputation , témoin Marivaux et Crébillon le fils.
Il m'aborde. Ah ! "ah! Vous voilà, monsieur le philosophe ; et que faites-vous ici parmi ce tas de &inéants? Est-ce que vous perdez aussi votre temps à pousser te bois?.... ( C'est ainsi qu'on appelle par mépris jouer aux échecs ou aux dames. )
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HOI
Non, mais quand je n'ai rien de mieux à faire, je m'amuse à regarder un instant ceux qui le popswnt bien.
LDI.
£n cecaa, tous tous amusez rarement; excepté Zjégàl et Philidorf le reste n'y entend rien.
HOI
Et Monsieur de Bua^ donc?
' LDI. ■ *
Celui-là est en joueur d'échecs ce que Mademoiselle Clairon est en actrice : ils savent de ces jeux l'un et l'autre tout ce qu'on en peut apprendre.
MOI
Vous êtes difficile, et je Tois que tous ne faites grâce qu'aux hommes sublimes.
Oui, aux échecs, aux dames, en poésie, en éloquence, en musique et autres fadaises comme cela. A quoi Bon la médiocrité dans ces genres?
HOt.
A peu de chose, j'en conTiens. Mais c'est qu'il faut qu'il y ait un grand nombre d'hommes qui s'y appliquent pour faire sortir l'homme de génie. U est un dans la multitude, mais laissons cela. U y a une éternité que je ne tous ai tu. Je ne pense guère à tous quand je ne tous vois pas.
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DE nAHEAtf. 7
mais TOUS me plaisez toujours h revoir. Qu'avez- Yons &it?
Ce que vous, moi et tous les autres font, du bieu , du mal , et rien. Et puis j'ai eu faim ,. et j'ai mangé , ^uaod l'occasion s'en est présentée; après avoir mangé, j'ai eu soif et j'«i bu quelquefois. Cependant la barbe me venait , et quand elle a été venue je l'ai fait raser.
HOI
Vous avez mal fait; c'est la seule chose qui vous manque pour être un sage.
Oui-dà. J'ai le front grand et ridé , l'deil ardent, le nez saillant, les joues larg«s, le sourcil noir et fourni , la bouche bien fendue , la lèvre rebordée et la face carrée. Si ce vaste menton était couvert d'une longue barbe, saveï-vous qme cela figurerait très-bien en bronze ou en marbre?
A côté d*un César, d'un Marc-Aurèle, d'un Socrate.
LDI.
Non. Je serais mieux entre Diogène , hais et Phryné. Je suis effronté comme l'un, et je fréquente volontiers chez les autres.
HOI
Vous portet^ous toujours bien?
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8 LE NEVBD
LUI
Ouï , ordinairement ; mais pas merreillensement aujourd'hui.
HOI
Comment ! tous Toilà avec un Tentre de Silène
et un visage de
tni.
Un visage qu'on prendrait pour un c. C'est que l'humeur qui &it sécher mon cher maître engraisse apparemment son cher élève.
A propos de ce cfier maître, le voyez-vous quelquefois ?
Oui , passer dans la rue.