‹ Œuvres inédites: Le neveu de Rameau. Voyage de HollandeChapitre 7 sur 78 · I.DI · texte numérisé non relu

I.DI

Moi, point du tout. Que le diable m'emporte si je sais au fond ce que je suis. En général, j'ai l'esprit rond comme une boule , et le caractère franc comme l'osier. Jamais Êtui, pour peu que j'aie d'intérêt d'être vrai , jamais vrai pour peu que j'aie d'intérêt d'être feux. Je dis les chosas

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DE RAHEAtr. 77

comme elles me Tienoeat; sensées, tant mieux; . impertinentes, on n'y prend pas garde. J'use en plein de mon iranc-parler. Je n'ai pensé de ma vie, ni avant que de dire, ni en disant, ni après avoir dit ; aussi je n'oifense personne.

HOI

Mais cela vous est pourtant arrivé avec les konnêtes gens chez qui vous viviez, et qui avaient pour TOUS tant de bontés. ''

LUI

Que voulez-vous? c'est un malheur, un mauvais moment comme il y en a dans la vie, point de félicité continue , j'étais trop bien , cela ne pouvait durer. Nous avons , comme vous savez , la compagnie la plus nombreuse et la mieux choisie. C'est une école d'humanité, le renouvellement de l'antique hospitalité : tous les poètes qui tombent, nous les ramassons; nous eûmes Palissot après sa Zarèa , Bret après le Faux Généreux; tous les musiciens décriés, tous les auteurs qu'on ne Ut point, toutes les actrices sifflées, tous les acteurs hués, un tas de pauvres honteux, plats, parasites à la tête desquels j'ai l'honneur d'être brave chef d'une troupe timide. C'est moi qui les exhorte à manger la première fois qu'ils viennent , c'est moi qui demande à boire pour eux ; ils tiennent si peu de place (.Quelques jeunes gens déguenillés qui ne savent oii donner de la tête ; mais qui ont de la figure ; d'autres scé-'

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78 LE HEVEn

lérats qui cajtJent le patron et qni l'enctormect,^ afin de glaner aftès lai snr la patronne. Nous paraissons gais; mais an ftnd noasavoDS de Vhnmenr et grand appétit. Des lonps ne sont pas pIiIS afîamés ; des tigres ne sont pas plus cruels. Nons dévorons comme des' loups, lorsque la terre a été long-temps couverte de neige; nous déchirons comme des tigres tout ce qui réussit. Quelques les cohues ^^rfin , Méaengeet yutemorinstréanissent, c'est alors qu'il se fait un beau bruit dans la ménagerie. Jamais on ne vit tant de bêtes tristes, acariâtres, malfaisantes et coorroucëes. On n'entend que les noms de Buffon, de Suclos, de Montesquieu , de Rousseau , de Voltaire , de lyAlembert, de Diderot. Et Dieu sait de quelles ëpithètes ils sont accompagnés. Nul n'aura de l'esprit s'il n'est aussi sot que nous. C'est là que le plan delà comédie des Philosophes a été conçu, la scène du colporteur c'est moi qui l'ai fournie, d'après la Théologie en Quenouille , vous n'êtes pas épargné là plus qu'un autre.

MOI

Tant mieux ! peut-être me fait-on plus d'honneur que je n'en mérite. Je serais humilié si ceux qui disent du mal de tant d'habiles et d'honnêtes gens s'avisaient de dire du bien de moi.

LUI

Nous sommes beaucoup , et il faut que chacun

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paie son écot ; après le sacrifice des grands anitnaox nous immolons les autres.

MOI

^Insulter la scieoce et la vertu pour vivre, voilà du pain bien cher !

Je vous l'ai déjà dit , nous scmmes sans ccmsé- ' qiience; nous injuri<«is tout le mcoide et nous n'affligeons personne. Nous avons quelquefois le pesant abbé d'OHvet, le gros abbé Jje Blanc , l'hypocrite Batleux; le gros abbe n'est méchant qu'avant dîner. Son caifaaris , il se jette dans un fiinteuil, les pieds appuyés contre la tablette de la cheminée , et s'endort comme un vieux perroquet sur son bâton. Si le vacarme devient violent , il bâille , étend ses bras , il frotte ses yeux et dit : Eh bien, qu'est-ce , qu'est-ce? Il s'agit de savoir si Piron a plus d'esprit que Voltaire. — Elntendons-nous , c'est de l'esprit qne vous dites ? il ne s'agit pas de goût ? car du goût, votre Firon ne s'en doute pas. — Ne s'eo doute pas ? — Non..... — Et puis nous voilà embarqués dans une disseiv tation sur le goût. Alors le patron £iit signe de la main qu'on l'écoute , car c'est surtout de goût

qu'il se pique. Le goût, dit-il le goût est une

chose. Ma foi, je ne sais quelle chose il disait

que c'était ni lui non plus.

Nous avons quelquefois l'ami Robe, il nous r^ gale de ses contes équivoques, des miracles des

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8o LE NEVEU

convukioDnaires dont il a été le témoin oculaire, et de quelques chants de son poème sur un sujet qu'il connaît k fond. Je hais- ses vers, mais j'aime à l'entendre réciter, il a l'air d'un énergumène. Tous s'écrient autour de lui : Voilà ce

qu'on appelle un poète .' Entre nous, cette

poésie-là n'est qu'un charivari de toutes sortes de bruits confus, le ramage barbare des habitants de la Tour de Babel.

Il nous vient aussi un certain niais, mais qui a l'air plat et bête , mais qui a de l'esprit comme un démon et qui est ploBfnalin qu'un vieux singe. C'est xme de ces figures qui appellent la plaisanterie et les nasardes, et que Dieu fît pour la correction des gens qui jugent à la mine, et à qui leur miroir aurait dû apprendre qu'il est aussi aisé d'être un hommcd'esprit et d'avoir l'air d'un sot , que de cacher un sot sous une physionomie spirituelle. C'est une lâcheté bien commune que celle d'immoler un bon homme à l'amusement des autres ; on ne manqne jamais de s'adresser à celui-là. C'est un piège que nous tendons aux nouveaux venus, et je n'en ai presque pas vu un seul qui n'y donnât

(J'étais quelquefois surpris de la justesse des observations du fou sur les hommes et sur les caractères, et je le lui témoignai.) C'est, me répondit-il , qu'on tire parti de la mauvaise compagnie comme du libertinage ; on est dédommagé de la

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DE RAMEAU. 8l

perte de son innocence par celle de ses préjugés : dans la société des méchants, où le vice se montre à masque levé, on apprend à les connaître; et puis j'ai uo peu lu.

Qu'avez-vous lu ?

J'ai In et je lis , et relis sans cesse Théophraste , La Bruyère et Molière.

HOI

Ce sont d'excellents livres.

LUI

Ils sont bien meilleurs qu'cm ne pense ; mais qui est-ce qui sait les lire ?

HOI

Tout le monde , selon la mesure de son esprit.

LDI.

Presque personne. Pourriea-Tous me dire ce qu'on y cherche ?

MOI

L'amusement et l'instruction.

LUI

Mais quelle instruction ? car c'est là le point.

HOI

La connaissance de ses devoirs , l'amour de la TCrtu^ la haine du vice.

LUI

Moi j'y recueille tout ce qu'il faut &ire et tout ce qu'il ne faut pas dire. Ainsi quand je lis

(KUT>U IHÉDITia. 6

8a le nsvEC

l'Avare , je me dis : Sois avare si tu veux , mais garde-toi de parler comme rAvare. Quand je lis le Tartufe, je me dis : Sms hypocrite si ta Teux, mais ne parle pas comme l'hypocrite. Garde des vices qui te sont utiles; mais n'en aie ni le ton, ni les apparences qui te rendraient ridteu4e. Pour te garantir de ce ton , de ces apparences, il faut les connaître ; or ^ ces Kvteun en «nt fitit des peintures excellentes. Je sois moî et je reste ce que je suis^ mais j'agis et je parle comme il convient. Je ne suis pas de c» gens <ç3l\ méprisent les moralistes; il y a beaucoup à profiter, surtout avec ceux qui ont mis la moraleen action. Le Tice ne blesse les hommes que par intervalle; les ca*ractères du vice les blessent du matin au soir. Fent-étre vaudrait-^1 mieaxétre un insolent que d'en avoir la physionomie, l'insolent de caractère n'insulte que de temps en temps ; l'insolent de physionomie insulte toujonrs. -Au reste , n'allez pas imaginer que je sois le seul lecteur de mon espèce;je n'ai d'autre-méiite ici-que d'avbir fait par système, par justesse d'esprit , par une vue raisonbt&k et vraie, ce que la pbipaert 'des autres font par instinct. De là vient que leurs lectures ne les rendent pas ^Heillenrs'que moi, mais qu'ils restent ridicules eu dépit d'eux ; au ïiea que je ne le suis que. quand je veux, et que je les laisse alors Uin derrière imdi ; car k même art ^ui 'm'appnend à lae sanveÉ' chi lidicnle en

D,gn,-.rihy,GOO^IC

DE RAHEAU. 8S

certaines occasioos, m'apprend aussi dans d'autres k l'attraper heureusement. Je me rappelle alors tout ce que les autres ont dit, tout ce que j'ai lu, et j'y ajoute tout ce qui sort de mtui fonds qui est en ce genre d'une fécondité surprenante, uoi.

Vous aTCE bien fait de me révéler ces mystères, sans quoi je vous aurais cru en contradiction.

LUI

Je n'y suis point , car pour une fois où il faut ^TÎter le ridicule , heureusement il y en a cent o& il faut s'en donner. Il n'y a pas de meilleur rôle auprès des grands que celui de fou. Long-temps il y a eu le fou du roi en titre , en aucun il n'y eut en titre le sage du roi. Moi, je suis le fou de Berlin et de beaucoup d'autres , le vôtre peut-être dans ce moment, ou peut-être vous le mien : celui qui serait sage n'aurait point de fbu ; celui donc qui a un fou n'est pas sage ; s'il n'est pas sage il est fou; et peut-être, fût-il le roi, le fbu de son £aa. Au reste , souvenez-vous que dans un sujet aussi variable que les mœurs , il n'y a' rien d'absolument , d'essentiellement , de généralement vrai ou Ëiuz ; sinon qu'il faut être ce que l'intérêt veut qu'on soit , bon ou mauvais , sage on fou, décent ou ridicule, honnête ou vicieux. Si par hasard la vertu avait conduit à la fortune , ou j'aurais été vertueux , ou j'aurais simulé ta vertu comme un autre; on m'a voulu

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84 LE NEVED

ridicule et je me le sais fait; pour vicieoZ} nature seule en avait fiiit les frais. Quand je dis vicieux > c'est pour parler votre langue , car si nous venions à notts expliquer , il pourrait arriver que vous appelassiez vice ce que j'appelle vertu , et vertu ce que j'appelle vice.

Nous avons aussi les auteurs de l'Opëra-ComiquCj leurs acteurs et leurs actrices , et plus souvent leurs entrepreneurs Corbie , Moeth , tous gens de ressource et d'un me'rite supérieur.

£t j'oubliais les grands critiques de la littérature, î' Avant-Coureur, les Peiites-Affichea, l'^âit' née littéraire ^ l'Observateur littéraire, le Censeur hebdomadaire j toute la clique des feuillistes.

HOI

L'Armée littéraire! l'Observateur littéraire! Cela ne se peut; ils se détestent.

LUI

U est vrai; mais tous les gueux se réconcilient à la gamelle. Ce maudit Observateur littéraire , que le diable l'eût emporté lui et ses feuilles I C'est ce chien de petit prêtre avare , puant et usurier, qui est la cause de mon désastre. Il parut sur notre horizon hier pour la première fois ; il arriva à l'heure qui nous chasse tons de nos repaires, l'heure du dîner. Quand il fait mauvais temps, heureux celui d'entre nous qui a la pièce de vingt-quatre sols dans sa poche ! Tel s'est ^ hioqué de son confrère qui était arrivé le matin

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DE RAHBAir. 85

>' crotté jusqu'à rëchÎDe> et mouillé jusqu'aux os, qni le soir rentre chez lui cUds le même ëtat. Il y en eut un, je ne sais plus lequel, qui eut, il ya quelques mois, un démêlé -violent avec le savoyard qui s'est Aabli à notre porte ; ils étaient en compte ' courant : le créancier voulait que son deTiiteur se liquidât, et celui-ci n'était pas en fonds. On sert, on fait les honneurs de la table k l'abbé, on le place au haut bout. J'entre ; je l'aperçois. Comment, l'abbé, lui dis-je, TOUS présidez? voilà qui est fort bien pour aujourd'hui, mais demain vous descendrez, s'il vous plait, d'une assiette , après demain, d'une autre assiette, et ainsi, d'assiette en assiette, soit à droite, soit à gauche, jusqu'à ce que de la place que j'ai occupée une fois avant vous, Fréron ; une fois après moi j Dorât; une fois après moi, Fréron; Falissot, une fois après Dorât , vous deveniez stationnaire an-

"" près de moi, pauvre plat , comme vous, qui

sîedo sempre corne un maeatoso carro fra duoi coglioni. L'abbé, qui est un bon diable, et qui prend tout bien, se mit à rire; mademoiselle , pénétrée de mon observation et de la justesse de ma comparaison, se mit à pire; tous ceux qui siégeaient à droite et à gauche de l'abbé , on qu'il ? avait reculés d'un cran, se mirent à rire; tout le monde rit, excepté monsieur, qui se fâche , et m** tient des propos qut^ n'auraient rien signifie nous avions été seuls Vous êtes un iraperti-

86 LE MEVEU

nent. -~ Je le sais bien, et c'est à cette condition que vous m'avez reçu. — Un faquin. — Comme un autre.'— Un gueux. —Est-ce que je serais ici sans cela? — Je vous ferai chasser. —Après dîner je m'en irai de moi-même •— 8e vous le

conseille Ondina; je n'en perdis pas un coup

de dent. Après avoir bien mangé, bu largement, car, après tout , il n'en aui-alt été ni plus ni moins, messire gaster est un personnage contre lequel je n'ai jamais boudé, je pris mon parti, et je me disposais à m'en aller ; j'avais engagé ma parole en présence de tant de monde, qu'il fallait bien la tenir. Je fus un temps considérable à rôder dans l'appartement, cherchant ma canne et mon chapeau oh ils n'étaient pas, et comptant toujours que le patron se répandrait dans im nouveau torrent d'injures, que quelqu'un s'interposerait, et que nous finirions par nous raccommoder ^ force de nous fâcher. Je tournais , je tournais, car moi je n'avais rien sur le cœur; mais le patron, lui, plus sombre et plus noir que l'Apollon d'Homère lorsqu'il décoche ses traits sur l'armée des Grecs , son bonnet une fois plus renfoncé que de coutume , se promenait en long et eo large , le poing sur le menton. Mademoiselle s'approche de moi : Mais, mademoiselle, qu'est-ce qu'il y a donc d'extraordinaire? ai-je été différeht aujourd'hui de moi-même. — Je veux qu'il sorte. — Je sortirai. Je ne lui ai pas manqué. — Pardonnez-

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DE KAHEAU. 87

muoi; on invite fiaoasiear l'a];>bé,,et....T— Cesfchji ^i fi'est manqué à iHi-même en invitant Tabbè, en me recerant , et avec moi tant d'autres bé-

litre&. Moi — ÀUens, mon petit , il iïiut

demander pardtmtà moi^iear l'abbe; — Je n'ai que faire de son pardon. — Allons, allons, tout cdft s'apaisera........ On me prend par la maùi ;

on m'entraîne vers leiàuteuil de l'abbé; j'étends les bras , je contemple l'abbé avec une espèce d'admiration , car qui est-ce qui a jamais demandé pardon à l'abbé? L'abbé,, lui dïs-Je , l'abbé, tout ceci est bien ridicule, n'est-il pas ▼rai? Et puis je me siets à rire, et t'abbé aussi. Me ToiU donc excusé de ce c6té-là ; mais il fallait aborder l'autre , et ce que j'avais à lui dire était une autre paire de manches. Je ne sais plus trop comment je lui tournai mon excuse : Monsieur, voîi^ceibu.... — H y a trop Icwg-temps qu'il me

ùit souffrir; je ne yeux pins en entendre perler. — U est facile. — Oui , je suis iSche'. — Cek ne

lui arrivera plus. — Qu'au premier faquin

Je ne sais s'il était dans ses jours d'humeur oh mademoiselle craint d'en approcher, et n'ose te toucher qu'avec ses mitaines de velours, ou s'il entendit qial ce que je disais, ou si je dis mal, ce fut pis qu'auparavant. Que diable ! est-ce qu'il ne me connaît pas ? est-ce qu'il ne sait pas que je suis comme les enfants , et qu'il y a des circonstauces oii je ? Et puis je crois. Dieu me

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pardonne, que je n'aurais pas tm momentcle r»- Uche. On u£erait un pantin d'acier à tenir la Ûcelle du matin au soir et du soir au matin. H &ut que je les désennuie, c'est la condition, mais il Ëiut que je m'amuse quelquefois. Au milieu de ces imbroglio il me passa par la tête une pensée fimeste, une [>ensée qui me donna de la morgue, une pensée qui m'inspira de la fierté et de l'insolence, c'est qu'on de pouvait se passer de moi, que j'étais tm homme essentiel.

MOI

Oui, je crois que vous leur êtes très-utile, mais qu'ils vous le sont encore davantage. Vous ne retrouverez pas, quand vous voudrez, une aussi bonne maison ;. mais eux, pour un fou qui leur manque , ils en trouveront cent.

lUI.

Cent fous comme moi I mmsieur le philosophe; ils ne sont pas si communs. Oui, des plats fonx. On est plus difficile en sottise qu'en talent on en vertu. Je suis rare dans mon espèce, oui, trèsrare. A présent qu'ils ne m'ont plus, que font-ils? ils s'ennuient comme des chiens. Je suis un sac inépuisable d'impertinences. J'avais à chaque instant une boutade qui les faisait rire aux larmes : j'e'tais pour eux les Petites-Maisons entières.

MOI

Aussi TOUS aviez la table, le lit, l'habit, veste et culotte, les souliers et la pistole par mois.

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LDI.

Voilà le beau côté, voilà le bénéSce; mais des charges j tous n'en dites mot. D'abord, s'il était bruit d'une pièce nourellc, quelque temps qu'il fît, il làllait fureter dans tous les greniers de Paris, jusqu'à ce que j'en eusse trouvé l'auteur; que je me procurasse la lecture de l'ouvrage, et que j'insinuasse adroitement qu'il y avait na rôle qui serait supérieurement rendu par quelqu'un de ma connaissance. — Et par qui s'il tous plaît?

— Par qui ? belle question ! ce sont les grâces , la gentillesse, la finesse. — Vous voulez dire mademoiselle Dangeville? Par hasard la connaîtriezvous ? — Oui , un peu , mais ce n'est pas elle.

— Et qui donc? — Je nommais tout bas

— Elle! — Oui, elle, répetais-je, uu peu honteux, car j'ai quelquefois de la pudeur, et à ce nom il &Uait voir comme la physionomie du poète s'allongeait, et d'autres fois comme on m'éclalj^iit an nez. Cependant, bon gré mal gré qu'il en eût, il fallait que j'emmenasse mon homme à dîner ; et lui qui craignait de s'engager, rechignait, remerciait. Il fallait voir comitte j'étais traité quand je ne réussissais pas dans ma négociation : j'étais un butor, un sot, un balourd, je n'étais bon à rien ; je ne Talais pas le verre d'eau qu'on me donnait à boire. C'était bien pis lorsqu'on jouait, et qu'il fallait aller intrépidement au milieu des huées d'un public qui juge bien, /]u6i qu'on en

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9» LE SEVED

dise, &ire entendre mes claquements de mains isol^, attacher les regards sni: moi, quelquefois dérober les sifflets i l'actrîee, et onïr chuchoter à cdté de soi : c'est un des ralets déguisés de celui

qui Ce maraud-là se taira-t-îl? On

ignore ce qui peut déterminer i cela ; oa croit que c'est ineptie, tandis que c'est un motif qui excuse tout.

HOI

Jusqu'à l'infraçtiMi des lois ciriles.

LDI.

A la fin cependant j'étais connu, et r<m disait: Oh I c'est Ma ressource était de jeter quelques mots inmiques qui sauTassNit du ridicule mon applaudissement solitaire qu'tm interprétait à contre-sens. GinTenez qu'il faut un puissant intérêt pour braver* ainsi le public asseuablé, et que chacune de ces corvées valait mieux qu'un petit^u?

HOI

Que ne TOUS feisiez-vous prêter main-Jbrte?

LDI.

Cela m'arrivait aussi, et je glanais un peu làdessus. Avant que de se rendre au lieu du supplice, il fallait se charger la mémoire des endroits brillants oîi il importait de donner le ton. S'il m' arrivait de les oublier ou de me méprendre, j'en avais le tremblement à m<m retour; c'était un vacarme dont vous n'avez pas d'idée.

D,gn,-.rihyGOOglC

Et puis à la maison une meute de chiens à soigner; il est vrai que je m'étais sottemeot imposé cette tâche ; des chats dont J'avais la surînten» dance. J'étais trop heureux si Micou me &TOrisait d'un coup de grifFe qui déchirait ma manchette on ma main. Criquette est sujette à la colique; c'est moi qui lui &otte le ventre. Antreibis mademoiselle avait des vapeurs , ce sont aujourd'hui des nerfs. Je ne parle pas d'une indisposition légère dont on ness gêne point devant moi. Four ceci^ passe, je n'ai jamais prétendu contraindre; j'ai la..... Ou en use à son aise avec %es familiers, et j'en éta^ ces jours-là plus que personne. Je suis l'apâtre de' la familiarité et de l'aisance; je les préchais là d'exemple, sans qu'on s'en formalisât; il n'y avait qu'à me laisser aller. Je vous ai ébauché le patron. Mademoiselle commence à devenir pesante, il j&ut entendre les bons contes qu'ils en font.

HOI

Vous n'êtes pas de ces gens-là?

toi.

Pourquoi non ?

MOI

C'est qu'il est au moins indécent de donner du ridicule à ses bien&iteurs.

LTII.

Mais n'est-ce pas pis encore de s'autoriser de ses bien&its pour avilir son protégé ?

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HOI

Mais si le prot^ n'était pas TÎl par loiméme, rien ne donnerait aa protecteur cette aatorité,

LUI

Mais si les peirsonnages n'étaient pas ridicnles par euz-mémes; on n'en ferait pas de bons contes. Et puis est-ce ma faute s'ib s'encanailleat? Esl>ce ma faute, lorsqu'ils sont encanaillés, si on les trahit, si on les bafoue? Quand on se résout à vivre avec des gens comme nous et qu'on a le sens commun , il y a je ne sais combien de noirceurs auxquelles il faut s'attendre. Quand on noas prend, ne nous connaît-on pas pour ce que nous sommes , pour des âmes intéressées , viles et perfides? Si l'on nous connaît, tout est bien. Il y a un pacte tacite qu'on nous fera du bien et que tdt ou tard nous rendrons le mal pour le bien qu'on nous aura fait. Ce pacte ne subsiste-t-il pas entre l'homme et son singe et son perroquet ? Le Brun jette les hauts cris que Falissot, son convive et son ami, ait fait des couplets contre lui. Palissot a dû faire les couplets, et c'est he Brun qui a tort. Poinsinet jette les hauts cris que Palissot ait mis sur son compte les couplets qu'il avait faits contre Le Brun. Palissota dû mettre sur le compte de Poinsinet les couplets qu'il avait faits contre Le Brun, et c'est Poinsinet qui a tort. Le petit abbé Rey jette les haats cris de ce que son

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DE BAHEAU. qS

ami Falissot lui a soufflé sa maîtresse auprès de laquelle il l'avait introduit : c'est tpi'it ne fallait point introduii-e un Falissot chez sa maîtresse, ou se résoudre à la perdre ; Falissot a fiiit son devoir,

et c'est l'abbé Rey quia tort. Le libraire D"*

jette les hauts cris de ce que son associé B*** a pu laisser croire ce qui n'était pas ; quoi qu'il en soit, B*** a fait son rôle , et c'est D*** et sa femme qui onttort. Qu'Helvétius jetteles hauts cris , que Falissot le traduise sur la scène comme un malhonnête homme, lui à qui il doit encore l'argent qu'il lui prête poai se feire traiter de . sa mauvaise santé , se nourrir et se vêtir ; a-t-il dû se promettre un autre procédé de la part d'un homme souillé de toutes sortes d'infamies , qui par passe-temps fait abjurer la religion à son ami ; qui s'empare . du bien de ses associés; qui n'a ni foi, ni loi, ni sentiment; qui court khi fortane perfaa et nefas, qui compte ses jours par ses scélératesses, et qui s'est traduit lui-même sur la scène comme un des plus dangereux coquins, impudence dont je ne crois pas qu'il y eût dans le passé un premier exemple, ni qu'il y en ait un second dans l'avenir? Non. Ce n'est donc pas Falissot, mais c'est Helvétius qui a tort. Si l'on mène un jeune provincial à là ménagerie de Versailles, et qu'il s'avise par sottise de passer la main à travers' les barreaux de la loge du tigre ou de la panthère; si le jeune homme laisse son bras dans la gueule de

ertbyGOOgIC

94 LE NETEU

l'animal fëroce , qui est-ce qui a tort? Tout cela est écrit dans le pacte tacite^ tant pis pour celai qui l'ignoi-e ou l'oublie. Combien je justifierais par ce pacte universel et sacré de gens qu'on accuse de méchanceté^ tandis que c'est soi qu'on devrait accuser de sottise ! Oui , grosse comteêse, c'est TOUS qui avez tort, lorsque vous rassemblez autour de vous ce qu'où appelle parmi les gens de votre sorte des espèces , et que ces espèces tous £>ut des vilenies , vous eu font faire, et vous exposent au ressentiment des honnêtes gens. Les honnêtes gens font ce qu'ils doivent, les espèces aussi , et c'est tous qui avez tort de les accueillir. Si Sertin vivait doucement, paisiblement avec sa maîtresse , si par l'honuéteté de leurs- caractères ils s'étaient fait des connaissances honnêtes, s'ils avaient appelé, autour d'eux des ihommes i talents, des gens c<amus dans la société par leur vertu ; s'ils avaient réservé pour une petite société éclairée et choisie les heures de distraction qu'ils auraient dérobées à la douceur d'étne ensemble, de s'aima, de se le dire dans le silence de U retraite , croyez-vous qu'on en eût fitit ni bonsjii mauvais contes? Que leur est-il donc arrivé? ce qu'ils méritaient; ils ont été punis de leur imprudence, et c'est nous que la providence avait destinés de toute éternité à fiiire justice des Bertin du jour, et ce sont nos pareils d'entre nos neveux qu'elle a destinés à faire jostîœ des M*** «t àm

D,gn,-.rihyGOO^IC

DE RAMEAU. gS

B*** à Tenir. Mais tandis que nous exécutons ses jiutes décrets sur la sottise» TOUS qui D(His peignez tels qne nous sommes, vous exécutez ses justes décrets sur nous. Que penseriez-vous de nous, si ^ nous prétendions, avec des mœurs honteuses, jouir de la considération publique? Que nous sommes des insensés. Et ceux qui s'attendent à des procédés hennéteB de la part des gens mé» vicieux, des caractères vib et bas, sont-ils sages? Tout a son vrai logrer dans ce moade. Il y a denz procureurs-généraux , l'un à votre pcarte , qui cbàtie les délits contre la société ; la nature est l'avtre. CelleKïi >omaiaît tous les vices qui échappent aux lois. Vous vous livrez à la débauche des femmes, vous serez hydroipique j vous êtes crapolemx, TOUS serez pulmonique; vous «uvrez T«tre porte k des marauds «t v«ns vivez avec eux, T<«ts serez tralù, persifflé, méprisé; le plus coort est de se trésigner à l'>équité de ces jugements, et de se dire à soMnême» c'est bien fait.; de secouer ses oreilles et de s'amender , ou de rester ce qu'on est;, mais aoK-conditMos susdites. '

Vous avez raison.

LOI

Au^emeui%B±, de ces maruvaisooateB, moi, je n'en invente aucun, je m'en tiens eu rôle de coiporteur. Ils disent qu'il y a quelques jours, sur les cinq heures dti<iBaAiB>, on...->'

96 LE HETEU

MOI

Vons êtes uu polisson. FarloDS d'antre chose. Depuis que nous causons , j'ai une question sur ' la lèvre.

LDI.

Pourquoi l'aToir arrêtée là si long-temps? -

MOI. '

C'est que j'ai craint qu'elle ne soit indiscrète.

LUI

Après ce que je viens de tous révéler, j'i^iore quel secret je puis avoir pour vous.

Vous ne doutez pas du jugement que je porte de votre caractère?

Lni.

Nullement; je suis à vos yeux un être trèsabject, très-méprisable, et je le suis quelque&is aux miens, mais rarement; je me félicite plus souvent de mes vices que je ne m'en blâme : tous êtes plus constant dans votre mépris?

Il est Vrai; mais pourquoi me montrer toute votre turpitude ?

D'abord , c'est que vous en connaissez une bonne partie , et que je voyais plus à gagner qu'à perdre à vous avouer le reste.

Comment cela s'il vous plait?

,,-erihyGo'o^le

DE RAHEA.D. 97

LDI.

S'il importe d'être sublime en quelques genres/ c'est surtout en mal. On crache sur un petit filou , mais on ne peut refuser une sorte de considération bi un grand criminel ; son coUrage TOUS étonne, son atrocité vous fait frémir. On prise en tout l'unité de caractère.

HOI

Mais cette estimable unité de caractère tous ne l'avez pas encore; je tous trouve de temps en temps TacUlant dans vos principes ; il est incertain si TOUS tenez votre méchanceté de la nature ou de l'étude , et si l'étude tous a porté aussi bin qu'il est possible.

LUI

J'en conviens; mais j'y ai fait de mon mienx. I^ai-je pas eu la modestie de reconnaître des êtres plus parfaits que moi? ne tous ai-je pas parlé de Bouret avec l'admiration la plus profonde? 5o«reï est le premier homme du monde dans mon esprit.

Mais immédiatement après Bouret c'est vous?

LUI

Nim.

MOI

Cest doncFalissot?

LDI.

C'est Palissot, mais ce n'est pas Falissot seul.

(XnriBS IHÎDITU. 7

,,-erihyGOOglC

9» LE IfBVED

MOI

Et f[tti p«ut être digne de partager te secood rani; arec lui?

LUI

Le renégat d'Avigoon.

Je n'ai jamaia entendu parler de ce ren^t d'Avignon , mais ce doit être un homme biea étonnant.

LUI

Aussi Test-il.

L'histoire des grands personnages m'a toujours intéressé.

LDI.

Je le crois bien. Celui-ci vivait chez un bon et honnête de ces descendants d'Abraham y promis au père des croyants en nombre égal à celui des étoiles.

MOI

Chez un Juif?

LDI.

Chez un Juif. Il avait d'abord surpris la commisération , ensuite la bienveillance , enfin la confiance là plus entière; car voilà comme il arrive toujours : nous comptons tellement sur nos bienfaits, qu'il est rare que nous cachions notre secret à celui que nous avons comblé de nos bontés) le moyen qu'il n'y ait pas des ingratt,. quand

,,-erihyGOOglC

DE RAMEAD. 99

nous exposons l'homme à la tentatîoD de l'être impmiémeilt? Cest tine réflexion juste gne notre Juif ne fit cas. Il confia donc au renégat qu'il ne pouvait en conscience manger de cochon. Vous allez voir tout le parti qu'on esprit fëcofid sait tirer de cet aveu. Quelques mois se passèrent pendant lesquels notre renégat redoubla d'attention; quand il crnt son juif bien touché, bien captivé, bien Convaincu par ses soins qu'il n'avait pas un meilleur ami dans toutes les tribus

dlsraël Admirez la circonspection de cet

homme ! il ne se hâte pas ; il laisse mdrir la poire avant que de secouer la branche : trop d'anleur pouvait feire échouer ce projet. C'est qu'ordinairement la grandeur de caractère résulte de la balance naturelle de plusieurs qualités opposées.

MOI

Et laissez là vos réflexions, et continuez-moi votre histoire.

lut.

Cela ne se peut , il y a des jours oiï i! fout que je réfléchisse; c'est une maladie qu'il ùint abandonner à son cours. Où en étais-je?

HOI

A l'intimité bien établie entre le Juif et le renégat.

Alors la poire était mûre Mais vous ne

m'écoutez pas , à quoi rêvez-vous ?

,,-erihyGOOglC

lOO LE HEVED

MOI

Je rêve à finëgalite de votre ton tentât haut, tantôt bas.

LDI.

E8t«e que le ton de l'homme vicieux peut être

un ? Il arrive un soir chez son bon ami ,

l'air effare', la voix entrecoupa, le visage pâle comme la mort, tremblant de tousses membres.

— Qu'avez-vous? — Nous sommesiperdus. ■ — Perdus t et comment? — Perdus! vous dis-je sans ressource. — Expliquez-vous ? — Un moment , que je me remette de mon effroi. — Allons , remettons-nous, lui dit le Juif, au lieu de lui dire : tu es un fieffë fripon, je ne sais ce que tu as à m'apprendre , mais ta es un fieffé fripon , tu joues la terreur.

MOI

Et pourquoi devait-il lui parler ainsi ?

LOI

C'est qu'il était faux et qu'il avait passe la mesure; cela est clair pour moi , et ne m'interrompez pas davantage. Nous sommes perdus,.... perdus!... sans ressource! Est-ce que vous ne

sentez pas l'affectation de ces perduâ répétés?... Un traître nous a déférés à la Sainte Inquisition, vous comme Juif, moi comme un renégat, comme

un infâme renégat Voyez comme le traître ne

rougit pas de se servir des expressions les plus odieuses. Il faut plus de courage qu'on ne pense

,,-erihyGOOglC

DE RAMEAU. lOr

ponr s'appeler de son nom; tous ne savez pas ce cpî'il en coûte pour en venir là.

Non, certes. Mais cet infôme renégat

un.

Est faux, mais c'est une feussetë bien adroite. Le Juif s'effraie, il s'arrache la barbe, il se roule à terre, il voit les sbires k sa porte, il se voit a& fiiblé daâ^ Benito , il voit son auto-da-fè préparé. Mon ami , mon tendre ami , mon unique ami , quel parti prendre ? Quel parti ? De se mon-trer, d'atfecter la plus grande sécurité, de se conduire comme à l'ordinaire. La procédure de ce tribunal est secrète, mais lente; il faut user de ces délais pour tout vendre. J'irai louer ou je ferai louer un bâtiment par un tiers, oui , par un tiers , ce sera le mieux; nous y déposerons votre fortune ; car c'est à votre &rtune principalement qu'ils en veulent, et nous irons, vous et moi, chercher sous nn autre ciel la liberté de servir notre Dieu et de suivre en sûreté la loi d'Abraham et de notre conscience. Le point important dans la circonstance périlleuse où nous nous trouvons est de ne point faire d'imprudence

Fait et dit. Le bâtiment est loué et pourvu de vivres et de matelots , la fortune du Juif est à bord; demain à la pointe du jour, ils mettent à la voile , ils peuvent souper gaîment et dormir en sûreté ; demain ils échappent à leurs persécu-

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I03 LE NBVEU

teurs. Pendant la nuit le renégat se lève, dépouille le Juif de son porte-feuille, de sa bourse et de ses bijoux , se rend à bord et le voilà parti. £t TOUS croyez que c'est là tout ! bon ! tous n'y êtes pas. Lorsqu'on me raconta cette histoire, moi je devinai ce que je tous ai tû pour essayer votre sagacité. Vous avez bien fait d'être unhfn)' néte homme, tous n'auriez e'té qu'un fripounean. Jusqu'ici le renégpt n'est que cela, c'est oc coquin méprisable k qui personne ne Toudrait ressembler. Le sublime de sa méchanceté , c'est d'avoir été lui-même le délateur de sou bon ami l'israélite dont la Sainte Inquisition s'empara k son réTeil, et dont , quelques jours après , on ût un beau feu de joie. Et ce fut ainsi que le renégat devint tranquille possesseur de la fortune de ce descendant maudit de ceux cpii ont crucifié notre Seigneur.

MOI

Je ne sais lequel des deux me fait le plus d'horreur, ou de la scélératesse de votre renégat, on du ton dont tous en parlez.

LUI

Et voilà ce que je tous disais : l'atrocité de ., l'action vous porte au delà du mépris et c'est la raison de ma sincérité. J'ai voulu que vous connussiez jusqn'oii j'excellais dans mon art, vous Hrracher l'areu que j'étais au moins original dans mon avilissement , me placer dans Totre tête sur

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DE RA.HEAU. lOS

la ligne des grands Taiiriens et m'^crier ensuite : yivatMaaGoriUuatfimrbum imperatorl Allons, gai, monsieur le philosophe, chpra4ï vivfUMaf carillus , fourbum imperator!

( Et là-dessus il se mit à faire un chaut en fîigue toat4-&it singulier ; tantôt la mélodie dtait grave et pleine de majesté, tantôt légère et foUtre ; dans un instant il imitait la basse, dans on autre une des parties du dessus ; il m'indiquait de ses bras et de son cou allongé leS' endroits des ténues , et s'exécutait , se composait à 4ui-même un chant de triomphe où l'on Toyait qu'il s'entendait mieux en bonne musique qu'en bonnes moeurs.

Je ne savais, moi , si je devais rester ou îtîir , rire ou m'indi^er ; je restai dans le dessein de tourner la conversation sur Quelque sujet qui chassiit de mon ame l'horreur Iront elle était remplie. Je commençais à supporter avec peine la présence d'un homme qui discutait une action horrible, un exécrable l&rfait, cobime un connaisseur en peinture ou en poésie examine les beautés d'un ouvrage de goût , ou comme un moraliste ou nnhistorienrelèveetfait éclater les circonstances d'une potion hércùùjue. Je devina s<mibre malgré moi ; il s'en aperçut et me dit : )

Qu'avez-vous? Est-ee que vous vous trouvez mal?

MOI

Un peu ; mais cela se passera.

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io4 LE HETEtl

LUI

Vous avez l'air soucieux, d'un homme tracassé de quelque idée soucieuse.

MOI

Cestcela

( Après un moment de silence de sa part et de la mienae, pendant lequel il se promenait en sifflant et en chantant, pour le ramener à son talent, je lui dis : Que &ite8-T0us à présent ? )

LUI

Rien.

MOI

Gela est très-fetigant.

J'étais déjà suffisamment béte, j'ai été entendre cette musique dc^nnielde nos autres jeunes fei' seurs, qui m'a achevé.

Vous approuvez donc ce genre?

LDI.

Sans doute?

Et TOUS trouvez de la beauté dans ces nouveaux chanta?

Lni.

Si j'y en trouve! pardieu, je vous en réponds. Comme cela est déclamé i quelle vérité ! quelle expression I

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DE RAHEAC. io5

Tout art d'imitatîoti a son modèle dans la nature. Quel est le modèle du musicien quand il fait un chant?

LUI

Pourquoi nepas {««ndre la chose de plus haut? Qu'est-ce qu'un chant?

MOI

Je TOUS avouerai que cette question est an dessus de mes forces. Voilà comme nous stnnmes tous , nous n'avons dans la mémoire que des mots que nous croyons entendre par l'usage fréquent et l'application même juste que nous en feisons ; dans l'esprit que de notions vagues ! Quand je prononce le mot chant, je n'ai pas des notions plus nettes que tous', et la plupart de toe seml>Iables quand ils disent : Réputation, bUme, honneur, vice, vertu, pudeur, décence, honte» ridicule.

LUI

Le chant est une imitation par les sons, d'une échelle inventée par l'art ou iuspirée par la nature, comme il tous plaira, ou par la voix oïl par l'instrument, des bruits physiques on des accents de la passion , et vous Toyez qu'en changeant là dedans les choses à changer, la définition conviendrait exactement à la peinture , à l'éloquence, à la sculpture et à la poésie. Maintenant , pour en Tenu* à votre question , quel est le modèle du musicien ou du chant? C'est la déclamation, si le

,,-erihyGOOglC

I06 tE HETEU

modèle eatTÎTaot et pniwant ; c'est le bruit, si le modèle «st inanimé. U faut considérer la déclamRtîoo comme une ligne , et le chant comme une autre ligne gui serpenterait sur la première. Fhis cette déclamation , type du chant , sera fiirte et Traie y plus le chant qui s'y con&rme la coupera en un plus grand nombre de points ; plus le chant sera vrai et plus il sera beau; et c'est ce qu'ont très-bien senti nos jeunet musiciens. QaaQdcn eiUaul : Je auis m pauvre diable , on croit T6cmnaltre la plainte d'un avare; s'il se chantait pasj, c'est sur les mêmes tons qu'il parlerait i h terre, quand il lui confie son or et qu'B Ini dit: O terre, reçoiâ mon trêaor. Et cette petite fiUe qni sant palpiter mm cœur; qui rougit , qni se trouble et qui supplie monseigneur de la laisser partir, &'9xprimerait-<lle autrement? Il y a dans ces oavrâges toutes sortes de caractères, une Tari^té infinie de de'clamation: cela est sublime, c'est moi qui TOUS le dis. Allez, ailes entendre le morceau où le jeune hoitime qui se sent mourir s'écrie : Mm cœur «Vn va l Écoutez le chant , écoutez la sympbcoiîe , et rous me direz après quelle difierence il y a eutrtç les vraies voix d'un moribond , et le tour de ce chant; vous verrez si la ligne de la mélodie ne coïncide pas toute entière avec la ligne de la déclamation. Je ne vous parle pas de la mesure qi^i est encore une des conditions du chant, je m'en tiens à rex[wession , et il n'y a rien de

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DE RAHEAD 107

plus évident que le passage suivant que j'ai lu quelque part : Muaices seminariutn accentua, l'accent est la pépinière de la mélodie. Jugez de U de quelle difficulté et de quelle importance il ' est de savoir bien £tire le récitatif. Il n'y a point de bel air dont on ne puisse faire un beau récitatif, et point de beau récitatif d(Hit un habile bonune œ .puisse làire,un bel air. Je ne voudrais pas a»" surer que celui qui récite bien cbaotera bien ; mais je serais surpris que celui qui chante bien , ne sût pas bien réciter. Et croyez tout ce que je vous dis là ', car c'est le vrai.

MOI

Je ne demanderais pas mieux que de vous en croire, si je n'étais arrêté par tm petit inconvénient.

LDI.

Et cet inc(»ivénieDt?

Cest que si cette musique est sublime , il &nt que celle du divin Lnlli , de Campra , de Deatouches, de Mouret , et même, soit dit entre nous > celle du cher maître , soit un peu plate.

LUI

( S'approchant de mon oreille , me répondit : ) Je ne voudrais pas être entendu , car il y a ici beaucoup degcusqui méconnaissent ; c'estqu'elle l'est aussi. Ce n'est pas que je mes<wcie du cher maître, puisque cker il y a; c'est une pierre, il

D,gn,-.rihyGOO^Ie

lOO LE NEVEU

me verrait tirer la langne d'un pied qu'il ne me dtmDerait pas un verre d'eau; mais il a beau feire^ k l'octave, à la septième: Hon^fionj hin, hin; tu,tUj tojturlututu avec un charivari de diable ; ceux qui commencent à s'y connaître et qui ne prennent plus du tintamarre pour de la musique, ne s'accommoderont jamais de cela.

On devrait défendre par une ordonnance de police k toute personne , de quelque qualité on condition qu'elle fût , de faire chaater le Stabat de Per^ golèse. Ce Stabat il fallait le làire brûler par la main du bourreau. Ma foi , ces maudits Bouffons avec leur Servante Mattresse , leur Tracàllo nous

en ont donné rudement Autrefois un Tan-

crèdey une Isaéj une Europe Galante t les Indes, Castor j les Talents Irrigues, allaient à quatre, cinq, six mois, on ne voyait pas la fin des représentations d'une Armide , à présent tout cela vous tombe les uns sur les autres comme des capucins de cartes. Aussi Rebel et Francœur en jettent-ils feu et flamme. Ils disent que tout est perdu , qu'ils sont ruinés , et que si l'on tolère plus long-temps cette canaille chantante de la foire , la musique nationale est au diable , et que l'académie royale du cul-de-sac n'a qu'à fermer boutique. Il y a bien quelque chose de vrai là dedans. Les vieilles perruques qui viennent là depuis trente à quarante ans , tous les vendredi , au lieu de s'amuser comme ils ont fait par le

n,gn,-.rihyGOO^IC

DE RAHEAD. log

passé , s'ennuient et bâillent sans trop savoir pourquoi j ils se le demandent et ne sauraient se r^ pondre : que ne s'adressent-ils à moi ! la prédiction de I}uni s'accomplira, et du train que cela prend , je veux mourir si dans quatre ou cinq ans, à dater du Peintre Amoureux de aon Modèle, il y a un chat à ferrer dans le célèbre impasse. lies bonnes gens 1 ils ont renoncé à leurs symphonies pour jouer des symphonies italiennes. Il sont cru qu'ils feraient leurs oreilles i celles-ci , sans conséquence pour leur musique vocale , comme si la symphonie n'était pas au chant, k un peu de libertinage près inspiré par l'étendue de l'instrument et la mobilité des doigts , ce que le chant est à la . déclamation réelle ; comme si le violon n'était pas le singe du chanteur , qui deviendra un jour, lorsque le difficile preudra la place du beau , le singe du violon. Le premier qui joua JjOCatelU fut l'apôtre de la nouvelle musique. A d'autres , à d'autres ; on nous accoututnera à l'imitation des accents de la passion ou des phénomènes de la nature , par le chant et la voix , par l'instrument, car voilà toute l'étendue de l'objet de la musique , et nous conserverons notre goût pour les vols , les lauces , les gloires, les triomphes, les victoires? Va-t'en voir s'ils viennent, Jean. Ils ont imaginé qu'ils pleureraient ou riraient à des scènes de tragédie ou de comédie mosiqnées, qu'on porterait à leurs oreilles les

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IIO LE IfBVED

accents de la fureur, de la haine, de la jalousie, les Traies plaintes de Tamour , les ironies, les plaisanteries du théâti<e italien on français, et qu'ils resteraient admirateurs de Ragondê ou de Platée. Je t'en réponds, Tarare poupon. Qu'ils éprouveraient sans cesse, aTCC quelle fecilité, quelle flexibilité, quelle mollesse, l'harmonie, la prosodie , les ellipses, les inversions de la langue italienne se prêtaient à l'art , au mouvement, à l'expression, aux tours et & la valeur mesurée du chant, et qu'ils continueraient d'Ignorer combien la leur est raide, sourde, lourde, pesante, pédantesque et monotone. Eh, oui, oui; ils se sont persuadé qu'après avoir mêlé leurs larmes aux pleurs d'une mère qui se désole sur la mort de son fils , après avoir frémi de l'ordre d'un tyran qui ordonne un meurtre , ils ne s'ennuieraient pas de leur féerie, de leur insipide mythologie , de leurs petits madrigaux doucereux qui ne marquent pas moins le mauvais goût du poète que la misère de l'art qui s'en accommode' Les bonnes gens ! cela n'est pas et ne peut être ; le vrai, le bon et le beau ont leurs droits , on les conteste, mais on finit par admirer ; ce qui n'est pas marqué à ce coin , on l'admire un temps ; mais on finit par bâiller. Bâillez donc , Messieurs, bâillez à votre aise , ne vous gênez pas. L'empire de la nature et 'de ma trinité ^ contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais ; le

hyGoogIc

DE BAH&AU. m

rrai qui est le père et qui engendre le bon qui est le fils « d'où procède Itf beau qui est le saintesprit , s'établit doucement. Le dieu étranger se place humblement sur Tautel à côté de l'idole du payi, peu à peu il s'y afTermit; uo beau jour il pousse du coude son camarade, et patatras. Voilà l'idole en bas. C'est comme cela qu'on dit gne les jésuites ont planté 1« christianisme & la Chine et aux Indes ; et ces jésuites ont beau dire : cette méthode politique qui marche à sou bat sans bruits sans efFusionde sang, sans martyrs, sans un toupet de cheveux arrachés, me semble la meilleure.

HOl.

Il y a de la raistm à peu près dans tout Ce que TOUS venea de dire.

LUI

Delà raison t tant mieux. Je veUx que le diable m'emporte si j'y tâche. Cela Ta comme je te pousse. Je suis comme les musiciens de l'impasse quand mon maître parut. Si j'adresse, à la bonne heure. C'est qu'un garçon charbonnier parlera toujours mieux de soa métier que toute une académie, que tous les Duhamel du inonde

Et puis le Toilà qui se met à se promener , en murmurant dans son gpsier quelques '-uns des airs de l'Ile des Foust du Peintre Amoareux de son Modèle f du Maréchal Ferrant t de la Plaideuee j et de temps en temps il s'écriait, ea

D,gn,-.rihyGOOglC

lia LE HEVEU ierant les mains et les yeox au ciel : Si cela est beau, mordieu I si cela est beau I commeDt penton porter à sa tête une paire d'oreilles et faire ane pareille qaestioD ? Il commençait k entrer en passion et à chanter tout bas, il élevait le ton & mesure qu'il se passiofanait davantage; vinrent ensuite les gestes , les grimaces du visage et les contorsions du corps ; et je dis : Bon I voilà la tête qui 'se perd et quelque scène nouvelle qui se prépare Kn effet, il part d'un éclat de voix; je

suis un pauvre misérable Monseigneurf mon-

aeigneur, kÛ38es-moi partir..... O terre ^ reçois mon or, conserve mon trésor j mon OTue, mon

ame, rna vie/ O terre! le voilà le petit omit

le voilà le petit ami! ji^ttar si non vemre

j4 Zerbina penserete sempre in contrasti con

te si sta Il entassait et brouillait ensemble

trente airs italiens , français , tragiques , comiques j de toutes sortes de caractères. Tantôt avec une voix de basse taille il descendait jusqu'aux enfers, tantôt s'égosillant et contrefaisant le iàusset, il déchirait le haut des airs ; imitant de la démarche, du maintien, du geste, les différents personnages chantants; succesùvement furieux, radouci, impérieux, ricaneur. Ici c'est une jeune fille qui pleure, et il en rend toute la minauderie; là, il est prêtre, il est roi, il est tyran ; il menace, il commande, il s'emporte; il est esclave, il obéit, il s'apaise; il se désole, il se plaint.

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DE RAMEAU. ll5

il rit; jamais hors de ton , de mesure , du sens des paroles et du caractère ^e l'air. Tous les poussebois avaient quitté leurs échiquiers et s'étaient rassemblés autour de lui; les fenêtres du café étaient occupées en dehors par les passants qui s'étaient arrêtés au bruit. On faisait des éclats de rire à entr'ouvrir le plafond. Lui n'apercevait rieo, il continuait, saisi d'une aliénation d'esprit, d'un enthousiasme si voisin de la folie qu'il est incertain qu'il en revienne, s'il ne faudra pas le jeter dans un fiacre et. le mener droit aux Petites-Maisons > en chantant uo lambeau des /améntations de Jomelli. Ilrépétaït avec une précision, une vérité et ime chaleur incoyable les plus beaux endroits de chaque morceau j ce beau récitatif obligé où le prophète peint la désolation de Jérusalem , il Tarrosâ d'un torrent de larmes qui en anrachèrent de tous les yeux. Tout y était, et la délicatesse du chant , et la îoece de fexpre^ sion, et la douleur. Il insistait sur les endroits oh le musicien s'était particulièrement moob^ un grand m^tre. S'il quittait la partie du chant, c'était pour prendre celle des instnunents qu'il laissait subitement pour revenir à la voix , entrelaçant l'une à l'autre de manière à conserver lés liaisons et l'unité du tout, s'emparant de nos âmes , et les tenant suspendues dans la situation la plus singulière que j'aie jamais éprouvée. Admirais-je? oui, j'admirais. Étais-je touché de (KtrrKES iirÉDiTES. 8

,,-erihyGoogle

Ii4 LE NEVEU

fà.ûé ? j'ëtais touché de pitié ; mais une teinte de

rtdicnle était Ë>n4ne dans ces sentiments et les

dénaturait.

Mais vous vous seriez échappé en éclats de rire à la manière dont il contrefaisait les difTérenta instruments ; avec des joues renflées et bouffies, et un son ranque et sombre, il rendait les cors et les ba»sems : il prenait un son éclatant et nasillard pour les hantbois; précipitant sa voix ayec une raptidité ' incroyable pour les instrumeats à corde dont il cherchait les sons les plus approchés ; il sifflait tes petites flûtes, il roucoulait les truversières^ criaut, chantant, se démenant comme un forcené, fiiisant lui seul les danseurs, les danseuses, les chaBtenrs, les chanteuses, tout un orchestre, tout un théâtre lyrique, et se divisant en vingt râles divers; courant, s'arrêtant avec Tair d'un énergum^e, étiocelant des yeux, écumant de la bouche, il faisait une chaleur à périr , et la sueur qui suivait les plis de son front et la IcHiguenr de ses joues, se mêlait à la poudre de ses cheveux, ruisselait et sillonnait le haut de son habit. Que ne lui vis-je pas faire? Il plenrait, il riait, -il soupirait, il regardait on attendri, ou tranquille, ou furieux ; c'était une femme qui se pâme de douleur, c'était un malheureux livré à tout son désespoir; un temple qui s'élève; des oiseaux qui se taisent au soleil couchant; des eaux on qui murmurent dans un lieu solitaire et frais, on qiâ

DE RAMEAU. It5

deaceadeat en torrent du haut des montagnes ; un oragre, une tempête, la plainte de ceux qui vont p^rir, mêlée au sifflement des vents, au fracas du tonnerre. C'était la nuit avec ses tén'èbrea^ c'était l'ombre et le silence, car le silence même se peint par des sons. Sa tête était tout-à-^it pepdae. Épuisé de fiitigue, tel qu'un homme qui sort d'un profond sommeil ou d'une longue distraction , il resta immobile , stupide , étonné ; il tournait ses regards autour de lui comme un homme égaré qui cherche à reconnaître le Heu oii il se troure; il attendait le retour de ses forces et de ses esprits; il essuyait machinalement son visage. Semblable à celui qui verrait à son réveil son Ut environné d'un grand nombre de personnes dans on entier oubli ou dans une profonde ignorance de ce qu'il a feit, il s'écrie dans le premier moment:) Eh bien, messieurs, qu'est-ce qu'il y a?... lyoh viennent vos ris et votre surprise ? Qu'est-ce qu'il y a?.'.. Bnsuite il ajouta : Voilà ce qu'on doit appeler de la musique et un musicien 1 Cependant, messieurs, il ne faut pas mépriser certains airs de LuUi. Qu'on fasse mieux la scène de J'attendrai l'aurore. . . , sans changer les paroles, j'en déâe. Il ne feut pas mépriser quelques en- . droits deCampra, les airs de violon de mon maître, ses gavottes, ses entrées de soldats, de prêtres, de Sacrificateurs. Pdlea flambeaux , tfiiii pluê ^réuêê que les ténèbres.. -^ Dieu du Tarlare, S.

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ii6 LE/NEVED

Dieu de l*6ubli... (Là il enflait sa voix, il soutfr- DBtt ses sons ; les voisins se mettaient aux fenêtres^ nons mettions nos doigts dans nos oreilles. Il ajoutait:) Cest qu'ici il iàut des poamons> un grand organe, un volume d'air; mais avant peu, serviteur à Vjéêsomption, le Carême et les Rois sont passés. Ib ne savent pas enoore ce qu'il faut mettre en musique, ni par conséquent ce qui ccmvieot au musicien. lia poésie lyrique est encore à naître; mais ils y •viendront à force à'enteaàxePer^olèse, leSaxon, Terradeglias, Traetta et les autres; à force de lire Métastase, il faudra bien qu'ils y viennent.

HOI

Quoi doue, est-<:e que Quinault, Lamotte, Fontenelle n'y ont rien entendu?

LUI

Non, pour le nouveau style. Il n'y a pas six vers de suite dans tous leurs charmants poèmes qu'on puisse musiquer. Ce sont des sentences ingénieuses, des madrigaux légers, tendres et délicats. Mais pour savoir combien cela est vide de ressources pour notre art, le plus violent de tons, sans en excepter celui de Démosthène, faites-vons réciter ces morceaux , ils vous paraîtront froids, languissants, monotones. C'est qu'il n'y a rien là qui puisse servir de modèle au chant; j'aimerais autant avoir à musiquer les maximes de La Rochefoucauld ou les pensées de Pascal. Cest

,,-erihyGOOglC

au cri animal de'la passion k dicter la ligne qui Dons convient; il faut que ses expressions soient pressées les unes sar les autres; il faut que la phrase soit courte, que le sens en soit coupé, suspendu, que le musicien puisse disposer de tout et de chacune de ses parties , en omettre un mot ou le répéter, y en ajouter un qui lui manque, la tourner et retourner comme un polype, sans la détruire ; ce qui rend la poésie lyrique française beaucoup plus difficile que dans les langues -à inversions, qni présentent d'elles-mêmes tons ces avantages... Barbare, cruel ,' plojige ton poignard dans mon sein ,• me voilà prête d recevoir le coup fatal ; frappe , ose... jih! Je languis. Je meurs... Un feu secret a'allutne dans mes sens... Cruel amour, que veux-ta de moi ?. . . L/aisse-moi ia douce paix dont J'ai Joui... Rends-moi la raison... IlËtut que les passions soient fortes; la tendresse du musicien et du poète lyrique ' doit être extrême; l'air est presque toujours la péroraison de la scène. Il nous faut des exclamations, des interjections, des suspensions, des interruptions , des affirmations , des négations ; nous appelons, nous invoquons, nous crions, nous gémissons , nous pleurons , nous rions franchement. Point d'esprit, point d'épigrammes, point de ces ' jolies pensées; cela est trop loin de la simple nature. Et n'allez pas croire que le jeu des acteurs de théâtre et leur déclamation puissent nous ser-

,,-erihyGoogle

Ii6 LE NEVEU

TÎr de modèles. Fi donc I il nons le &ut pins ^nâr^que^ moins maniéré) plus vrai; les dis^ cours simples , les toîx coitununes de la passitm nous sont d'autant plus nécessaires i^e la langue sera plus monotone , n'aura point d'accents; le cri animal ou de l'homme passionné leuren donne. - (Tandis qu'il me parlait ainsi» la foule qni nous environnait , ou n'entendant rien, ou prenant peu d'intérêt à ce qu'il disait, parce qu'en général l'enfant comme l'homme, et Thranme comme l'enfant, aime mieui s'amuser que s'instruire, s'était retirée; chacim était i son jeu, et nous étions restés seuls dans notre coin. Assis sur une banquette, la tête appuyée contre le mur, les bras pendants, les yeux k demi fermés, il me dit : ) Je ne sais ce que j'ai ; quand je suis venu ici, j'étais frais et dispos, et me voilà roué, brisé, comme si j'avais &it dix lieues; cela m'a pris subitement.

MOI

Voulez-vous vous rafraîchir?

LUI

.Volontiers. Je me sens enroué, les forces me manquent, et je soulTre un peu de la poitrine. Cela m'arrive presque tous les jours comme cela, sans que je sache pourquoi.

HOl.

Que voulez-vous?

,,-erihyGOOglC

DE RAUEÀU. 119

Ltli.

Ce qui Tom plaira; je ne snifi pas difficile; riodigence m'a appris k m'accommoder de tout.

(On Doufi servit de la bierre, de la linMmade, il en remplit un grand verre qu'il vide deux ou trois fois ; puis , comme im homme ranimé, il tousse fortement, il se jiémène, il reprend :)

Mais k TOtre avis, seigneur philosophe, li'estce pas une bizarrerie bien étrange , qu'un e'tranger, UD Italien, un Duni, vienne nous apprendre à donner l'accent à notre musique , et assujétir notre chant à tous les mouvements , à toutes les mesures , à tous les intervalles , k toutes les déclamations, sans blesser la prosodie? Ce n'était pas pourtant la mer k boire. Quiconque avait écouté un gueux lui demander l'aumône dans la rue , un homme dans le transport de la colère , une femme. jalouse et furieuse, un amant désespéré, unflatteur, oui, un flatteur, radoucissant son ton, traînant ses syllabes d'une voix mielleuse , en un mot une passion, n'importe laquelle, pourvu que, par son énergie, elle méritât de servir de tnodèle an musicien , aurait dû s'apercevoir de tteux choses, l'une que les syllabes longues ou brèves n'ont aucune dorée fixe , pas même de rapport déterminé entre leurs durées , que la passion dispose de la prosodie presque comme il lui plait, qu'elle exécute les plus grands inter- ^«lUs, et que celai qui s'écrie dans le fert de sa

,,-erihyGOOglC

douleur : Ah ! malheureux que je suis I monte la syllabe d'exclamatioa au ton le plus ëlevë et le plus aigu, et descend les autres au ton le plus grare et le plps bas, faisant l'octaTe ou même un plus grand interralle, et donnant à chaque passion la quantité qui convient au tour de la mélodie, sans que Foreille soit oflensée, sans q^e ni la syllabe longue , ni la syllabe brève aient conservé la longueur ou la brièveté du discours tranquille. Quel chemin nous avons fait depuis le temps où nous citions la parenthèse d'Armide , le vainqueur de Kenaud , si quelqu*un j le peut-élre , Y obéissons sans balan- ' cer, les Indes galantes ^ comme des prodiges de ^ déclamation musicale. A présent ces prodiges-là me font hausser les épaules dc'pitié. Du train dmt Fart s'avance , je ne sais où il aboutira. En atten- . dant buvons un. coup,

(lien but deux, trois, sans savoir ce qu'il faisait. Il allait se noyer comme il s'était épuisé, sans s'en apercevoir , si je n'avais déplacé la bouteille qu'il cherchait de distraction. Alors je lui dis : )

Comment se fait-il qu'avec un tac aussi fin, une si grande sensibilité pour les beautés de l'art musical, vous soyez aussi aveugle en morale, aussi insensible aux charmes de la vertu ?

LDI. *

. C'est apparemment qu'il y a pour les unes nn sens que je n'ai pas , une fibre qui ne m'a point

,,-erihyGOOglC

été donnée , une fibre Ucke qu'on a beau pincer et qni ne vibie pas , ou peut-être que j'ai toujours vécu ayec de bons musiciens et de mécliaiites gens^ d'où il est arrivé que mon oreille est devenue trèafine et que mon cœur est devenu sourd. Et puis -

c'est qu'il y avait quelque choserde vrai Le

sang Mon sang est le même que celui de mon

. père ; la molëcnle paternelle était dure et obtuse, et cette maudite molécule première s'est assimilée tout le reste.

MOI

Aim»-vous votre enfent? "

■ tni.

Si je l'aime, le petit sauvage I j'en suis fou.

Est-ce que vous ne vous occuperez pas sérieusement d'arrêter en lui l'effet de la maudite molécule paternelle ?

LDI.

J'y travaillerais je crois bien inutilement. S'il est destiné i devenir un homme de bien, je n'y nuîrai^pas ; mais si la molécule voulait qu'il fôt un vaurien comme son père , les peines que j'aurais prises pour en faire nn homme honnête lui seraient très-nuisiblesi L'éducation croissant sans cesse la pente de la molécule, il serait tiré comme par deux forces contraires et marcherait de guingois dans le chemin de la vie, comme j'«n vois

„-.^h,.Goo^lc

t» bB ffETE0

nue infinité , également gauches dans le bien et

dans le mal.

Cest ce que noos appelcms des espèces, de toutes les. épithètes la plus redoutable , parce qu'elle marque la médiocrité et le dernier degré du mépris. Un grand yaurim est un grand vaurien, mais n'est point une espèce. Avant que la molécule paternelle n'eût repris le dessus , et ne Keût amené à la parfaite abjection oik j'en suis, il lui Êindrait un temps infini, il perdrait ses plus belles années; je n'y feis rien à présent, je le laisse venir. Je l'examine, il est déjà gourmand, patelin, fiHi*.-.-', paresseux, menteur; je crains bien qn'il ne chasse de race.

Et TOUS en ferez un musicien, afin qu'il ne manque rien à la ressemblance ?

LOI

Un musicien! un musicien ! quelquefois je le regarde en grinçant les dents et je dis: si tu devais jamais savoir une note, je crois que je te tordrus le cou. ^

MOI

£t pourquoi cela s^il vous plaît?

vai.

Gela ne mène à rien.

MOI

CeU mène k tout.

,,-erihyGOOglC

DE BAHEAD. 133

LDI.

Oui, cpiaDcl on excelle ; mais qu'est-ce qfui peut se promettre de son enfant qu'il excellera ? Il y a dix mille à parier contre un qu'il oe sera qu'un misérable ràcteurde cordes comme moi. Savezroosqu'il serait peat-«tre plus aisé de trouver un en&nt propre à gouverner un royaume, à &ire un grand roi, qu'un grand violon?

xoi.

Il me semble que les talents agréables ,-mënie médiocres , chez un peuple sans mœurs, perdu de débauche et de luxe, avancent rapidement on homme dans le chemin de la fortune.

Sans doute, de Tor, de l'or; l'or est tout, et le reste sans or n'est rien. Aussi an liej^ de lui farcir U tête de belles maximes, qu'il &udrait qu'il oubliât , sous peine de n'être qu'un gueux ; lorsque je possède un louis , ce qui ne m'arrive j»s souvent , je me plante devant lui. Je tire le louis de ma poche, je le lui montre avec admiration ^ je lève Les yeux au ciel , je baise le louis devant lui , et pour loi feire entendre mieux encore l'im*portanoe dé la pièce sacrée, je lui bégaye de la voix, je lui désigne dn doigt, tout ce qa'cm en peat ac- ^'lir, un beau Iburreau , un beau toquet, un boD biscuit ; ensuite je mets le louis dans nu poche, je meprunène avec fierté, je relève la basque de ma veste , je frappe de U nuin sur mon

,,-erihyGoogle

gousset; et c'est ainsi que je lui fois conceToir que c'est du louis qui est là que naît l'assurance qu'il me Toit.

MOI

On ne peut ri«i de mieux ; mais s'il arrivait que profondément pënëtré de La valeur du louis, un jour,

LOI

Je Tousentends.Ilfeat fermer les yeux là-dessus» il n'y a point de' principe de morale qui n'ait son inconvénient. Au pis aller, c'^t unmauvais quart d'heure et tout est fini.

Même d'après des vues si courageuses et si sages je persiste à croire qu'il serait bon d'en faire un musicien. Je ne connais pas de moyen d'approcher plus rapidement des grands , de mieux servir leurs vices et de mettre à profit les siens.

LDI.

* Il est vrai ; mais j'ai des projets d'an succès plus propapt et plus sûr. Àh ! si c'était aussi bieu une fille I mais comme on ne fait pas ce qu'on -veut, il faut prendre ce qui vient, en tirer le meilleur parti , et pour cela ne pas donner bêtement , comme ta plupart des pères qui ne feraient riende pis quand ils auraient médité le malhenr de leurs en&Dts, l'éducation deLacédémone à on eniànt destiné à vivi'eàFaris; sielleest mauvaise c'est la faute des mœurs de ma nation et imhi la

,,-erihyGOOglC

DE RAHEAD. laS

mienne. Kn répondra qui pourra; je veux que mon fils soit heureux, ou, ce qui revient au même, honoré, riche et puissant. Je connais. un peu les voies les plus faciles d'arriver à ce but, et je les lai enseignerai de bonne heure. Si tous me blâmez TOUS autres sages , la multitude et le succès m'absoudront. Il aura de l'or, c'est moi qui vous le dis. S'il en a beaucoup , rien ne lui manquera, pas même votre estime et votre respect.

Vous pourriez vous tromper.

LUI

Ou il s'en passera comme bien d'autres

(Ily avait danstout cela beaucoup de ces choses qu'on pense , d'après lesquelles on se conduit ; mais qu'on ne ditpas. Voilà, en vérité, la di0ërence la plus marquée entre mon homme et la plupart de nos entours. Il avouait les vices qu'il avait, que les autres ont; mais il n'était pas hypocrite. Il n'était ni plus ni moins abominable qu'eus. Il était seulement plus franc et plus conséquent , et quelquefois profond dans la dépravation. Je tremblais de ce que son enfant deviendrait sous un pareil maître, n est certain que d'après des idées d'institution aussi strictement calquées sur nos mœurs, il devait aller loin k moins qu'il ne £&t prématurément arrêté en chemin. )

LUI

Oh ! ne craignez rien : lé point important, le

,,-erihyGoogle

ia6 LE NEVED

point difficile anqtiel un bon père doit s'attacher, ce n'est pas de donner i. son eniànt des vices qui l'enrichissent, des ridicules tjui le rendent précieox aux grands , tout le monde le fait, sinon de système comme moi, an moins d'exemple et de leçon ; mais de lui marquer la juste mesure , l'art d'esquiver à la honte, an déshonneur et aux lois, ce sont des dissonances dans l'harmonie sociale qu'il feut savoir, placer, préparer et sauver. Rien de si plat qu'une suite d'accords parfaits; il £iat quelque chose qui pique, qui sépare le feisceau, et qui en éparpille les rayons.

MOI

Fort bien ; par cette comparaison vous me ramenez des mœurs à la musique, dont je m'étais écarté malgré moi, et je vous en remercie, car, à ne vous rien celer, je vous aime mieux musicien que moraliste.

LOI

Je suis pourtant bien subalterne en musique, et bien supérieur en morale.

MOI

J'en doute; mais quand cela serait, je suis un bon homme, et vos principes ne sont pas les miens.

LUI

Tant pis [>our vous. Ah 1 si j'avais vos talents. MOI. <

Laissong là mm talents, et revenons aoi vôtres.

,,-erihyGOOglC

Lni.

Si je savais u'énoncer comme tous; mais j'ai un diable de ramage saugrenu , moitié des gens du numde et de lettres, moitié de la halle.

s MOI.

Je parle mal; je ne sais que dire la vérité > et cela ne prend pas toujours, comme von» sares.

LDI.

Mais ce n'est pas pour dire la vérité; au contraire , c'est pour bien dire le mensonge que j'ambitionne votre talent. Si je savais écrire , Êigoter un 'livre» tourner une épître dédicatoire , bien enivrer un sot de son mérite, m'intinuer «après des femmes 1

MOI

£t tout cela voua le savez mille fois mieux que moi; je ne serais pas même di^e d'être votre écolier.

LOI

Combien de grandes <p>alitca perdues, et dont vous ignorez le |Hrix !

H or.

Je- recueille tout celui que j'y mets.

LDI.

Si cela était, vous n'auriez pas cet habit grossier, cette veste d'étamine, ces bas de laine, ces souliers épais et cette antique perruque.

MOI

D'accord; il &ut être bien maladroit quand

,,-erihyGoogle

laS LE IfEVEtI

f» n'est pas riche, et que l'on se permet tout pour le devenir; mais c'est qn'il y a des gens comme moi qui ne regardent pas la richesse comme la chose du monde la pins prëcieose : geas bizarres-

LDI.

Très-bizarres ; on ne naît point avec cette tournure d'esprit-li ; on se la donne , car elle n'est pas dans la nature.

De l'homme.

LDI.

De l'homme : tout ce qui TÎt, sans l'en excepter, cherche son bien-être aux dépens de qui il appartiendra, et je suis sdr que si je laissais venir le petit sauvage, sans lui parler de rien, il voudrait être richement vêtu , splendidement nourri, ch^rî des hommes, aimé des femmesj et rassembler sur lui tous lès bonheurs de la vie.

MOI

Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu'il conservât toute son imbécillité , et qu'il réunit au peu de raison de l'enfant au berceau la violence des passions de l'homme de trente ans , il torderait le cou à son père, et coucherait avec sa mère.

LDI.

Cela prouve la nécessité d'une bonne éducation ; et qui est-ce qui l'a contesté? et qu'est-ce qu'une bonne éducaUon, sinon celle qui conduit à tontes

,,-erihyGOOglC

DE RAMEAU. lag

sortes de jouissances sans péril et sans inconvéoient ?■

MOI

Peu s'en feut que je ne sois de Tolre aris; mais gardons^ious de nous explimier.

Pourquoi ?

HOI

C'est que je crains que nous ne soyons d'accoid qu'en apparence, et que si nous entrons une fois dans Ja discussion des périls et des inconTénients à éviter, nous ne nous entendions plus.

LUI

Et (pi'est-ce que cela feit ?

MOI

Laissons cela, toij^ dis-je; ce que je sais làdessus je ne vous l'apprendrais pas , et vous m'instruirez plus aisément de ce que j'ignore et de ce que vous savez en musique. Cher musicien , parlons musique , et dites-moi comment il est arrivé qu'avec la facilité, de sentir, de retenir et de rendre les plus beaux endroits des grands maîtres, avec l'enthousiasme qu'ils vous inspirent, et que vous transmettez aux autres, vous a'ayez rien fitit qui vaille

( Au lieu de me répondre, il se mit k hocher de la tète, et, levant le doigt au ciel, il s'écria:) Et l'astre ! l'astre ( Quand la nature fit Z^o, /^inci^ Fergolèee, Duni, elle sourit; elle prit un air

WnTIU IHÉDITBS. g

,,-erihyGoogle

iSo LE I1E\EU

imposant «t grave en formant le cher maître

qu'on aura appelé pendant une dixaine d'annëes

le grand maître , et dont bientôt on ne par-

lerft plus. Quand elle fagota son ^lève elle fit la grimace^ et puis la grimace^ et puis la grimace

encore , et(ea disant ces mots, il faisait

toutes sortes de grimaces du TÎsage : c'était le mépris, le dédain, rironie; et il semblait pétrir entre ses doigta un morceau de pâte, et sourire aux fonnes ridicules qu'il lai donnait; cela lait, il jeta la pagode hétéroclite loin de lui et il dit : ) c'est ainsi qu'elle me fit, et qu'elle me jeta à c6té d'autres pagodes, les unes à gros Tentres ratatinés, à cous courts , à gros yeux hors de la tête, apoplectiques; d'autres à cous obliques; il y en avait de sèches, à l'œil vif, ^u nez crochu. Toutes se mirent à creier de rire en me voyant, et mû de mettre mes deux poings sur mes côtés et à crever de rire en les voyant, car les sots et les fous s'amusent les uns des autres ; ib se cherchent, ib s'attirent. Si efi arrivant là je n'avau pas trouvé tout feit Le proverbe qui dit que l'argent de» sots est lepatrimmne des gens d'écrit, on me le devrait. Je sentis que nature avait mis ma légitime dans la bourse des pagodes, et j'inventai mille moyens de m'en rrasaisir.

■MOI

Je sais ces moyens, vous m'en avez parié, et je . les ai fort admirét; mais, entre tant de res-

,,-erihyGôogle

DE BAICEAU. tSi

sources» pourquoi n'avoir pu tenté celle d'nn l>el ouvrage ?

tui.

Ce propos est celui d'un homme du monde à l'abbé Le Blanc. L'abbé disait : « la marquise de Pompadour me prend sur la main, me porte jusque sur le seuil de l'Académie, là elle retire sa main, je tombe et je me casse les deux jambes.» L'homme du monde lui répondait : n Eh bien I l'abbé j il faut se relever , et enfoncer la porte d'un coup de tête, n L'abbé lui répliquait :

« C'est ce que j'ai tenté ; et savec-vons ce qui m'eb

est revenu? une bosse au front u (Après

cette historiette^ mon homme se mit à marcher la tête baissée , l'air pensif et abattu ; il soupii«it , il pleurait, se désolait, levait au ciel les mains et les yeuz> se frappait la tête du poing k se briser le front ou les doigts, et il Ajoutait :) Il me semble qu'il y a pourtant là quelque chose ; maiâ j'ai beau frapper, secouer, il n'en sort rien.... ; (puis il recommençait à secouer sa tête et à se frapper le front de plos belle, et il disait :) Ou il n'y a personne là , ou l'on ne vent pas répondre.

(Un instant après, il prenait un air fier, il relevait sa tête, il s'appliquait la main droite sur le cœur, il marchait et disait:) Je sens, oui, je

aeos.^ ;( il conti^&isait l'homme qui s'ir-^

rite, qui s'indigoe, qui s'attendrit, qui CMUmande., qui âupplle, et prononçait, sanâ prépa-

i3a LE NEVEU

ration, des discours de colèrej de commisération , de haine, d'amour; il esquissait les caractères des passions avec une finesse et une Térité sur^ prenantes ; puis il ajoutait :) C'est cela, je crois? Toilà que cela Tient; Toilà ce que c'est que de trouTcr un accoucheur qui sait irriter, précipiter les douleurs, et faire sortir l'enfant. Seul, je prends la plume, je Teux écrire; je me ronge les ongles, je m'use le front, serviteur, bon soir, le dieu est absent; je m'étais persuadé que j'avais du génie ; au bout de ma ligne, je lis que je suis un sot, un sot, un sot. Mais le moyen de sentir, de s'élever, de penser, de peindre fortement, en fréquentant avec des gens tels que ceux qu'il faut voir pour vivre ; au milieu des propos qu'on tient et de ceux qu'on entend , et de ce commérage : Aujourd'hui le boulevard était charmant, uivezvous entendu la petite Marmotte? elle joue à ravir, M. un tel a¥ait le plus bel attelage gri»-pommelé qu^il aoît possible d'imaginer. La belle madame celle-ci commence à paaaer^ est-ce qu'à l'âge de quarante-cinq ans on porte une coiffure comme celle-là? Lia jeune une telle est couverte de diamants qui ne lui coûtent guère. — Vous voulez dire

qui lui coûtent cher? — Mais non. — Où

' l'avez-vous vu? — A l'enfant d'Arlequin perdu et retrouvé. La scène du désespoir a été jouée comme elle ne l'avait pas encore été. Le Polichinelle de la Foire a du gosier, mais point de finesse.

,,-erihyGOOglC

DE BAMEAU. l55

point d'ame. Madame une telle est acconcliée de

deux enfants à la fois ; diaque père aura le sien

Et TOUS croyez que cela dit, redit et entendu tous les jours, échauffe et conduit aux grandes choses?

'HOt.

Non^ il vaudrait mieux se renfermer dans son grenier, boire de l'eau , manger du pain sec et se .chercher soi-même.

LDI.

Peut-être; mais je n'en ai pas le courage. Et puis sacrifier son bonheur à un succès incertain!

•Et le nom que je porte donc? s'appeler jS»-

TTieau, cela est gênant. IL n'en est pas des talents comme de la noblesse qui se transmet et dont l'illustration s'accroît en passant du grand-père au père et du père au fils , du fils à son petit-fils , sans que l'aïeul impose quelque mérite à son descendant; la vieille souche se ramifie en une énorme tige de sots, mais qu'importe? Il n'en est pas ainsi du talent. Four n'obtenir que la renommée de son père, il iàut être plus habile que

lui.; il Ëiut avoir hérité de sa fibre La fibre

m'a manqué , mais le poignet s'est dégourdi , l'archet marche , et le pot bout : si ce n'est pas de la gloire, c'est du bouillon.

MOI

A votre place, je ne me tiendrais pas pour dit, j'essaierais.

,,-erihyGoogle

ï54 LE MEVED

LUI

Et TOUS crpyez que je n*fti pas essayé? Je n'a- Tsis pas quinze ans, lorsque je me dis pour la p'remière fois ; Qu'a^-tu?.... tu rêves; et à qw» rêves-tu? Que tu voudrais bien avoir fait ou faire quelque chose qui excitât l'admiration de l'univers Eh oui, il n'y a qu'à çouffler et remuer

les doigts, il n'y a qu'à ouvrir le bec, et ce sera une canne. Dans un âge plus avancé, j'ai répété le propos de mon enfàoce; aujourd'hui je le répète encore, et je reste autour de la statue de Memnon.

MOI

Que voulez-vous dire avec votre statue de Memnon?

LDI. '

Cela s'entend, ce me semble; autour de la statue de Memnon , il y en avait une infinité d'autres, également frappées des rayons du soleil : mais la sienne était la seule qui résonnât. Un poète, c'est Voltaire, et puis qui encore? Voltaire; et le troisième? Volfatre; et le quatrième? Voltaire. Un musicien, c'est Rïnaldo de Capona; c'est Basse; c'est Pergolèse; c'est Alberti; c'est Tartini; c'est Locatelli^ c'est Terradeglias; c'est mon maître ; c'est ce petit Dnoi , qui n'a ni mine, ni figure, mais qui sonne, mordieu, qui a du chant et de l'expression. Le reste, au{»rès de ce petit nombre de Memnons, autant de paires

,,-erihyGOO^IC

DE RAHEAC. i55

d'oreilles fichées aa bout d'an bâton : aussi, sommes-noas gueux, si gaeux, que c'est une héoédîctîoQ. Âh ! monsieur le philosophe, la misère est une terrible chose. Je la toîs accroupie, la bouche béante pour recevoir quelques jattes d'eau glacée qui s'échappent du tonneau des Danaïdes. Je ne sais si elle aiguise l'esprit du philosophe, mais elle refroidit diablement la tête du poète^ on ne chante pas bien sous ce tonneau. Trop heureui encore celui qui peut s'y placer 1 J'y étais, et je n'ai pas su m'y tenir. J'avais déjà &it cette sottise une fois. J'ai voyagé en Bohême, en Allemagne , eu Suisse , en Hollande ^ en Flandre, au diable au vert.

MOI

Sous le tonneau percé ?

LUI

Sous le tonneau percé. C'était un Juif opulent et dissipateur, qui aimait la musique et mes fi>lies. Je mlisiquais comme il plaît à Dieu; je faisais le fou; je ne manquais de rien. Mon Juif était un homme qui saTait«a loi, et qui l'oi>ser- Tait raide comme une barre, quelquefois avec l'ami , toujours avec l'étranger. 11 se fît une mauvaise affaire qu'il feut que je vous raconte , car elle est plaisante.

Il y avait à Utrecht une courtisane charmante. Il fut tente de la chrétienne; il lui dépécha un grisera avec une lettre de change assez forte. La

,,-erihyGoogl.e

i56 LE nevEU

bizarre crëature rejette son offre. Le Juif en fut désespéré. Le grison loi dit : — • Pourquoi tous affliger aiosi? si tous voulez coucher aTec nue jolie femme, rien n'est plus aisé, et même de coucher avec une plus jolie que celle que tous poursuÎTez. C'est la mienne que je tous céderai au même prix. Fait et dit; le grison garde la lettre de change, et mon Juif couche arec la femme du grison. L'échéance de la lettre de change arrive; le Juif la laisse protester et s'inscrit en faux. Procès. Le Juif disait : jamais cet homme n'osera dire à quel prix il possède ma lettre, et je ne la paierai pas. A l'audience il interpelle le grison. — Cette lettre de change, de qui la tenez-vous? — De vous. — Est-ce pour de l'argent prêté? — Non. — Est-ce pour fourniture de marchandises? — Non. — Est-ce pour services rendus? — Non; mais il ne s'agit point de cela, j'en suis possesseur, vous l'avez signée, et TOUS l'acquitterez. — Je ne l'ai pas signée. — Je suis donc un faussaire? — Vous ou un autra dont tous êtes Ifagent. — Je suis un lâche, mais vous êtes un coquin ; croyez-moi , ne me poussez pas à bout, je dirai tout; je me déshono^

reraï , mais je vous perdrai — Le Juif ne

tint compte de la menace, et le grison révéla tonte l'affaire à la .séance qui suivit. Us lurent blâmés tous les deux, et le Juif condamné k payer la lettre de change, dont la valeur fiit ap|diqnée

D,gt,,-erihyG0pglC

DE RAMEAU. iS?

au soulagement des pauvres. Alors je me séparai de lui; je rerÏDS ici.

Quoi &ire? car il &llait périr de misère on &ire quelque chose. Il me passa tontes sortes de projets par la tète. Un jour, je partais le lendemain pour me jeter dans une troupe de proyince, également bon ou mauvais, pour le théâtre et pour l'orchestre. Le lendemain, je songeais & me feire peindre un de ces tableaux attachés à une perche qu'on plante dans un carrefour, et où j'aurais crié k tue tête : — Voilà la ville oit il est né; et le voilà qui prend congé de son père l'apothicaire, le voilà qui arrive dans la capitale,

cherchant la demeure de son maître Le voilà ,

aux genoux de son maître qui le chasse. Le

voilà avec un Juif, etc. , etc. Le jour suivant, je ^ me levais bien résolu de m'associer aux chanteurs des rues. Ce n'est pas ce que j'anraiâ &it de plus mal; nous serions allés concerter sons les fenêtres de mon cher maître, qui en serait crevé de rage. Je pris un autre parti

( Là , il s'arrêta , passant successivement de l'attitude d'un homme qui tient un violon , serrant des cordes à tonr de bras , à celle d'un pauvre dllble exténué de fatigue , à qui les forces manquent, à qui les jambes fléchissent, prêt à expirer, si ou ne lui jette un morceau de pain; il désignait son extrême besoin par le geste d'un doigt dirigé vers sa bouche entr'ouverte; et puis

,,-erihyGoogle

l58 LE NEVEU

il ajouta : ) —• Cela s'entend. On me jetait fe lopin ; nous nous le disputions à trois ou quatre

afiamés que nous étions Et puis pensex gnn-

dement, &ite6 de belles choses an milieu d'une pareille détresse.

MOI

Cela est difficile.

De cascade en cascade , j'étais tombe là ; j'y étais'comme un coq en pâte. J'en suis sorti. U Êiudra derechef scier le boyau et revenir as geste du doigt vers la bouche béante. Rien de stable dans ce monde , aujourd'hui au sommet, demain an bas de la roue. De maudites circonstances nous mènent et nom mènent fort mal

( Fuis buvant un coup qui restait au fimd de la bouteille ^ et s'adressent à son voisin : ) Monsieur, par charité, une petite prise. Vous avez U une belle boite. Vous n'êtes pas musicien 7 — Non. — Tant mieux pour vous, car ce sont de

pauvres diables bien à plaindre. Le sort a

Touluque jele fusse, moi, tandis qu'il y a à Mont^ martre peut-être dans un moulin -, un ■^aevua.ier , un valet de meunier, qui n'entendra jamais que le bruit de cliquet, et qui anrait trouvé les pins

beaux chanta Au moulin, an mouliq, c'est

là ta plaoe.

,,-erihyGOOglC

DB HAMEAU- / i39

«ol.

A quoi que ce soit que l'homme s'applique-, la nature l'y destinait.

LPI.

Elle fait d'étranges be'rues. Four mm , je ne Yois pas de cette haateai^ oh. tout se confond ; l'homme qui émonde un arbre avec des ciseaux , U chenille qui en ronge la feuille , et d'où l'on ne Tdit que deux insectes diffiérents , chacuo a son devoir. Ferchez-Toos sur l'ëpicycle de Mercure et de là distribuez, si cela tous convient, et k l'imitation de Re'anmur , lui , la classe des mouches en couturières, arpenteuses. , faucheuses; TOUS , l'espèce des hommes , en hommes me»

niiîsiers,charpentiers,c(mTreur8, danseurs, chan^ teurs, c'est votre affaire; je ne m'en mêle pas. Je suis dans ce m(»ide' et j'y reste. Mais s'il est dons la nature d'avoir appétit , car c'est toujours à l'appétit que j'en reviens , à la sensatiou qui m'est toujours présente , je trouve qu'il n'eet pas du bon ordre de n'avoir pas toujours de quoi manger. Quelle diable d^économie I des homme», qui regorgMit de tout, tandis que d'autres, qui Mit un estomac importun comme eux , une lâim re- Baissante comme eux , n'ont pas de quoi . mettre sons la dent. Le pis c'est la posture contrainte où DQOs tient le besoin. L'honune nécessiteux ne marche pas comme un antre , il saute, il rampe,

,,-erihyGoogle

i4o LE HEVED

il se tortille, il se tr&ine, il passe sa vie à prendre

et à exécuter des positions.

KOI.

Qu'estrce que des positions ?

LDI.

Allez le demander à Noverre. Le monde en offre bien plus que son art n'en peut imiter. .

Et TOUS Toilà aussi , pour me serrir de votre expression , ou de celte de Montaigne , perche sur répicycle de Mercure et considérant les différentes pantomimes de l'espèce humaine.

LUI

Non, non > tous dis-je, je suis trop lourd pour m'ëlcTer si haut. J'abandonne aux gmes le séjour des brouillards, je Tais terre à terre. Je regarde autour de moi , et je prends mes positions , ou je m'amuse des iiositions que je toïs prendre aux autres ; je suis excellent pantomime comme tods en allez juger.

(Puis il se mit à sourire, à contrefeire Thomme admirateur , l'homme suppliant , l'homme complaisant; il a le pied droit en avant, le gauche en arrière , le dos courbé , la tête relevée , le regard comme attaché sur d'autres yeux , la bouche béante , les bras portés TCrs quelque objet; il attend un ordre , il le reçoit ; il part comme on trait , il rCTient; il est exécuté, il en rend compte, il est attentif à tout ; il ramasse ce qui tombe, il

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DE RAUEATJ. i4>

place un oreiller ou un tabouret sous ses pieds; il tient une soucoupe ^ il approche une chaise; il ouvre une porte, il ferme une fenêtre, il tire des rideaux; il observe le maître et la. maltresse; il est immobile , les bras pendants , les jambes parallèles; il écoute, il cherche à lire sur les visages , et il ajoute : Yoilik roa pantomime , i peu près la même que celle des flatteurs , des courtisans , des valets et des gueux. )

Les folies de cet homme , les contes de l'abbé Galiani, les extrav&gances de Rabelais, m'ont quelquefois fait rêver pro£)ndément. Ce sont trois magasins oh je me suis pourvu de masques ridicules- que je place sur les visages des plus graves personnages, et je vois pantalon dans un prélat, un satire dans un président , un pourceau dans un cénobite, une autruche dans un miuistre, une oie dans son premier commis. Mais à votre compte, dis-je à mon homme , il y a bien des gueux dans ce monde-ci , et je ne connais personne qui ne sache quelques pas de votre danse.

LUI

Vous avez raison. Il n'y a dans totit un royaume qu'un homme qui marche , c'est le souverain ; tout le reste prend des positions.

lit souverain 7 Encore y a-t-il quelque chose k dire. Et croyez-vous qu'il ne se prouve pas de

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temps en temps à côte de lui un petit pied» un petit chignon, un petit nez qui lui iùsse £iire un peu de pantomime ? Quiconque a besoin d'un i autre est indigent et prend une position. Le roi prend une position devant'sa maîtresse , et devant , Dieu il fait son pas de pantomime. Le ministre ' &it le pas de courtisan » de flatteur, de valet et de gueux devant son roi. La foule des ambitieux danse nos positions , en cent manières plus TÎles I tes Unes que les autresj devant le ministre. L'abbé i de condition, en rabat et en manteau Icmg au moins une fois la semaine , devant le dépositaire de la feuille des bénéfices. Ma ibi, ce que vous appelez «la pantomime des gueux est le otsimI

branle de la terre; chacun a sa petite et sw

protecteur.

LUI

Cela me console.

(Mais tandis que je parlais, il contrefaisait à mourir de rire les positions des personnages que je nommais. Far exemple, pour le petit abbé, il tenaitson chapeau sous le bras et son bréviaire de la main gauche ; de la droite il relevait la queue de son manteau , il s'avançait la tête un peu penchée sur l'épaule, les yeux baissés, imitant si parfaitement l'hypocrite , que je crus voir l'auteur des Réfutations devant l'éTêque d'Orléans. Aux flatteurs, aux ambitieux, il était ventre à terre; <^é\xA'Bouret au contrôle général.)

,,-erihyGoo^le

HOl.

Cela est supérienrement exécute ; mais il y a pourtant un être dispensé de la pantomime. C'est le philosophe qui n'a rien et qui ne demande rien.

LUI

Et oh est cet animal-là ? S'il n'a rien ^ il souffre ;

s'il ne sollicite rien , il n'obtiendra rien et il

Souffrira toujours.

Non; Dit^ne se moquait des besràns.

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