LA ROSE ET L'ÉTOURNEAU
Fable allégorique à madame la P. ^H. « sur ce que P auteur était le seul qui lui fut resté attaché après sa petite vérole.
JL^A I M A B LE fille du printemps 9
La Rose » à qui tout rend hommage 9
Yit au nombre de ses amante ^
Un Ëtourneau du voisinage ;
Sans regret il avait quitté
De ses frères la troupe errante.
Pour ranger son âme inconstant^
Sous Tenipire de la beauté.
Perché sur un buisson d^épine »
Où la Rose tenait sa cour^
Il ne cessait à sa voisine
De jurer un fidèle amour.
« Mille autres amants, lui dit-elle»
» Chaque jour m'en jurent autant ;
i8o POÉSIES
» Mais si je cessais d^étre belle 9
» Aucun d'eux ne serait constant.
» — Ah ! dit Toiseau i tous verriez naître
» En moi des feux: toujours nouveaux ;
» J'ose en prendre à témoin le maître
» Des Roses et des Etourneaux. yk
Le petit Dieu 9 dans sa volée, .
Entendit faire ce serment ;
Il retint son souffle un moment,.
Et la nature fut glacée.
La Rose en perdit ses appas ;
Son éclat, sa fraîcheur passèrent.
Zéphyrs, papillons délogèrent;
L'Étourneau ne délogea pas»
a Calmez , lui dit-il , vos alarmes ;
» Si mon cœur suffit à vos vœux,
» Il vous reste bien plus de charmes
M Qu'il n'en faut pour me rendre heureux^ >#
Sans faire une épreuve nouvelle,
L'Amour , étonné du succès,
A la (leur rendit ses attraits.
Et Toiseau seul fut aimé d'elle*
FUGITIVES. i8r
De la Rose facilement On devine la ressemblance ; C^est moi qui suis Toiseau constant.
Mais je n*ai pas sa récompense !
VERS