TRADUITE DE L'ANGLAIS
JLIans maînt écrit, dans maint tableau
A Tenvî Ton me défigm'c.
Depuis que je suis né vainement je murmure
Contre la plume et le pinceau ; ^
Tmi me peint Fair flétri , ridé , courbé par Fâge ; Mais 9 de par tous les dieux , c'est trop me faire outrage.
Je m'emporte ; mais , sur ma foi , Par la malignité de cette humaine engeance.
Aucun ne fut maltraité comme moi ; Je pourrais l'en punir ; mais, pour toute veng^nce.
Je prétends ici trait pour trait,
En bien , en mal , dessiner mon portrait.
D'abord , du beau côté s'il faut que je me pe^ne; Celui qui sert , celui qui règne , Également sont soumis à ma loi ; Mais tout mortel est fatisjué de moi :
Passé, chacun me pleure, et, présent m^ dédaigne. Le souvenir, la curiosité.
Tout s'intéresse à ma famille entière ,
HZ POÉSIES
L'un rejetant ses regards en arrière S'en va de mes aïeux chercher Tantiquité ; L'autre , de l'avenir franchissant la barrière»
Yole au-devant de ma postérité.
En cercle sur mes pas le destin me ramène , Long au gré de l'ennui , mais court pour le plaisir <
Tantôt je vole 9 et tantôt je me traîne ;• Et le dégoût et le désir.
Par d'insipides jeux » par un babil frivole ^ Chacun impunément l'un et l'autre me vole»
C'est un commerce de larcins.
Victime à tout instant des caprices humains 9 En public, en secret 9 au théâtre 9 aux festins 9
A m'immoler tout homme s'évertue.
Au fond d'un cabinet un lourd savant me tue 9 Un fat au Ranelagh ; mais plaignez mes destins , 11 n'est point de Tyburn contre mes assassins. Tout ressent mon pouvoir 9 le voyageur l'admire; Sur les débris d'Athène9 aux sables de Palmyre, Je fais, mieux que Johnson , justice des auteurs. Scandale du bon goût et fléau des lecteurs.
Tout empire me doit sa grandeur et sa chute.
FUGITIVES. »z3
Bien ou mal traité dans mon coars, Ij^on me chérît et l'autre me rebute ; , Uun est prodigue de mes jom^s , L'autre avare d'une minute.
L'homme de loi vend cher au plaideur malheureux Chaque point de mon existence »
Et le marchand pèse dans sa balance Jusqu'au moindre de mes cheveux* De moi le riche à grands frais se délivre ; Le criminel qui va cesser de vivre Me prie en vain de ralentir mes pas ; Tandis qu'en un jom* de naissance » Excédé d'étiquette et de magnificence , Le beau monde se plaint que je ne finis pas » Les malheureux m'appellent à leur aide ; Et quel autre que nioi sait guérir tous leurs maux^ Et sans salaire et sans remède ?
Lorsque son imprudent regard , D^un miroir trop fidèle interroge la glacé 9 La beauté sur son teint voit à regret ma trace ; Mais moi-même 9' en secret > réparant sa disgrâce 9 Je mûris lentement ce fard ^
Pont les mains forment avec art La blanèheur de ses lis » Tmcamat de ses roses ^ Sous des pinceauxilatteurs chaque matin écloses< Ah ! calmez donc un injuste déf»t ; Belles, cesses d^aconser mon ravage; Bielles , je rends à voire esprit Ce que j'ote à votre visage* Mais c est trop babiller, lecteur repose-toi^ Car tu me p6rds en t'occnpant de moi«
A MPk. Joséphine SAUVAGE,
[Qui açoiù dessiné le portrait de la sœur de
M"*. Delille.
i5enis soient tes crayons , ô toi , jeune beauté I Qui de nos Rosalba suivant déjà les traces^
A mes yeux consolés retraces Avec tant d'élégance et de fidélité , Celle qui mVdoucit ma triste cécité ;
C'est le portrait de la Bonté,
Dessiné par la main des Grâces*