‹ ŒuvresChapitre 32 sur 55 · PARALLÈLE · texte numérisé non relu

PARALLÈLE

DE LA BIENFAISAIiCB ET DE LA BECONNOISSANCE;

ÉPITRE

Présentée par la sœur de madame Delille à madame la comtesse Potocka ^ dont elle avoit reçu une paire de bracelets^

JL/EUic déités 9 qui de leur main féconde Versent la paix et le bonheur au monde , Servant dans ses desseins le dieu de roniverg. Joignent d*un double nœud tous les êtres divers ;

Cest toi , divine Bienfaisance !

C'est toi sa digne sœur, tendre Reconnoissance !

Grâce à ces deux divinités.

Des services rendus, bienfaits acquittés »

L'esprit social se compose :

Tout se tient daûs le monde entier* Voyez cet arbrisseau , dont le suc nourricier Court abreuver la fleur nouvellement éclose ;

Le rosier de sa sève alimente la rose.

Et la rose à sofi tour embaume le rosier :

Ainsi Taimable Bienfaisance

Répand ses dons consdbteurs ; Ainsi le doux encens de la Recomiûssance

Rend hommage à ses lùenf aitenrs.

Le cœur se ^att à comparer eortr'dies Ces deux sœurs, qui devraient, compagnes étemelles.

Pour consoler le genre humain.

Marcher toujours ensemble en se donnant la main , Et qui souvent, hélas ! Tune à l'autre infidèle ,

Brisent leiu* chaîne mutuelle >

Et se séparent en cbcfmin.

Toutes deux ont leur camctère ,

Et leur penchant , et lecur pouvoir ;

L'une de Tautre est tributaire ; L^une aspire à donner, et l'autre ahne à devoir ; L'ane offre avec bonté, l'autre accepte sans Jboate.

Par un instinct doux et pmssant

La Reconnaissance remcoale >

Et la Bienfaisance descend;

L'une appartient à la faiblesse ,

L^autre au pouvoir; Tune delà richesse ' Yerse le superflu sur Tindigeoce en pleurs ;

L*autre, à sa sœur pour recompense»

Portant les hommages des cœurs

Sur la douce correspondance

Des obligés , des bienfaiteurs ,

Des besoins et de Tabondance p

Fonde Futile dépendance

Des protégés j des prolecteurs 9

Du savoir et de Tignorance , Des grands et des petits, et du'peuple et du roî^ L*une suit le bienfait, et Tautre le devance ; Et, pour mieux peindre encor leur différence^

L'une c'est vous , l'autre c'est m(« Mais quelques traits encor manquent au parallèle^

De toutes deux la grâce naturelle

Sait nous plaire et nous attacher ; Mais l'une aime à paraître , et Tautre à se cachera

L*oubli sied à la Bienfaisance,

Créancière sans défiance^

Jamais envers son débiteur

Sa généreuse insouciance»

D'un impitoyable exacteur Ne se permit Tavide impatience }

Au lieu d'arracher à nos coeurs

Le prix forcé de ses faveurs 9 De son noble abandon roublieuse indulgence

Laisse à d'orgueilleux protecteurs.

De leur tyrannie obligeante

Les officieuses hauteurs.

Et de leur mémoire exigeante

Ses souvenirs persécuteurs.

Mais si l'oubli sied à la Bienfaisance 9 Le souvenir convient à la Reconnoissance »

Il exerce sur elle un pouvoir souverain ; . Elle retient des dons l'image impérissable ; Par elle les bienfaits sont gravés sur l'airain ,

' Et les injures sur le sable ; Par elle , notre cœur s'acquitte à peu de frais. Ces liens qu'à mon bras votre main entrelace 9

A vous m'enchaînent à jamais :

Reconnaître les doùs et donner avec grâce,

Yoilà le code des bienfaits

Qui depuis long*temps est le nôtre.

A tous les cœurs bien nés Tun et Tautre est commun :

Votre 4me vient d^ëprouTer Tun^

La mienne jouira de Tautre ; Ainsi des noeuds bien chers se forment entre nous : Bien faire c*est jouir» et bien sentir c^est rendre; L'un marque une âme noble et l'autre une âme tendre Votre rôle est plus beau, mais le mien est plus doux. Voyez combien de délices rassemble

Ma juste sensibilité :

Vous chérir» c'est aimer ensemble

L'esprit^ la grâce et la bonté*

A M«". DE VANNOZ.

Jadis Orphée aux rives sombres , Faisait » dit-on » pleurer les ombres ; Vous faites mieux » et vos touchants accords Enchantent les vivants et consolent les morts»

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