‹ ŒuvresChapitre 45 sur 55 · L'IMMORTALITÉ DE L'AME · texte numérisé non relu

L'IMMORTALITÉ DE L'AME

D'où Me .n«ù de«« c«ar l-.,d«n» i-^oiéude ?

En vain je pixmiène mes )ùarB ; ' '

Du loisir au travail , éa r^K)8 à rëta^^'; .

Rien, n'en^sausajit fixer la vague «uiertitude, £t les tristes dégo&to me poursuivent txmjoiirs«

Des voluptés essayM» le dâire ; Couronnez-moi de fleurs, apportez-imqi ma lyré;- Grâces 9 plaisirs^ amours, jeux , ris, accourez tous. Que le vin coule ^ '

Que mon pied foule Les parfums les plus doux^ lifais quoi ! déjà la rosé pâlissante

Perd son éckt^lçs parfums l^od^mr^

â6o DITHYRAMBE

Ma ]yre échappe à ma main languissante 9 Et les tristes et muis sont rentrés .clans mon cœur»

Volons aux plaines de Bellone } Peut-être son brillant laurier A mon cœur va faire oublier Le noir cliagriu qui l'environne.

•Marcbons : déjà la charge sonne 9 Le fer brille , la foudre tonne ; J'entends^behnir lefiercoorsiw^ L*acier reteâOlH sur Facier ;. ; L*0]}^pe .épouvanté résphne Des oris du vaincu » du vainqueur; Autour.de moi le sang.boûiilonne : . ' .

A ces tableaux mon coeur frissonne , Et Ja Pitié plaintive a crié dans mon coeur.

D*un air moins turbulent TAmbition m'^appellc « Sublime quelquefois, et ti^p sôuj^ent cruelle :

Pour commander, j*obéis à sa loi.

Puissant dominateur de la terre et dé Tonde , : Je dispose à mou gré du-monde ^ .

DITHYRrAMiBE. ^6*

£t ne puis) disposer de moL

Ainsi 9 d^espérances noureUe^ < Toujours avide et toujours idégoùléy

Yers une autre félieité

Mou l^me ardente étend ses ailé»; £t rien n^ peut calmer, dans les choses mortelles , Cette îndpmtable soif d^rimmortalitë*

Lprsqu'en mourant le sage cède Au décret étemel dont tout subit la loi , Un dieu lui dît : « J'ai réservé pour moi

>> L'éternité qui te précède î » L'éternité qui s'avance est à toi. >v

Ah ! que dîs-je? écartons ce profane langage.^ L'éternité n admet pomt de partage :

Tout entière en toi seul Dieu sut la réunir;

Bans lui ton existence à jamais fut tracée ^ Et déjà ton être à venir Était présent à sa vaste pensée.

Sois donc digne de toni auteup ^ Ne ravale jpoint la hauteur^

De cette origine immortelle !

Eh ! qui peut mieux t'easeigoer qu^elIe A braver des faux biens Tëclat ambitieux?

Que la terre est petite à qui la voit des cieux ! Que semble à ses regards Fambition superbe ?

G^est de ces vers rampants» dans leur htfmble cite, y ils tyrans des gazons» conquérants d'un brin d'herbe t

L'invisible rival ité.

Tous ces objets qu'agrandit l'ignorance »

Que colore la vanité ,

Que sont-ils » aperçus dans un lointain immense »

Des célestes hauteurs de l'Immortalité?

C'est cette perspective , en grands pensers féconde;

C'est ce noble avenir qui , bien mieux que ces lois

Qu'inventa de l'orgueil l'ignorance profonde »

Kétablit en secret l'équilibre du monde;

Aux yeux de TEternel égale tous les droits ^

Nos rires passagers , nos passag^es larmes ;

Ote aux maux leur tristesse, aux voluptés leurs charmes

De l'homme vers le ciel élance tous les vœux.

Absent de cet atome, et présent dans les cieux ^

TToit-i), daîgne-t-il voir sMl eiûste une terre».

S'il y brille un soleil 9 sll j gronde un tonnerre».

S'il est là des héros» des grands » des^ potentats ». i Ton y fait la paix» si 1 on y fait la guerre» i le sort y ravît ou donne des états ?

Eh l qui » du sommet d*un coteau ».

Toyant le Nil au loin couler ^s eaux pompeuses ». Détournerait les yeux de ce riche tableau*

Et de ces eaux majestueuses ».

IV>ur attendre à ses pieds murmurer ua ruisseau ?

Silence» êtres mortels i vaines graùdeurs, silence ^ L'obscurité ». l'éclat » le savoir » l'ignorance » La force » la fragilité »

Tout» excepté le crime et l'innoeence »

Et le respect d'une juste puissance »

Près du vaste avenir courte et frêle existence », Aux yeux désenchanteurs de la réalité »

Descend de sa haute importance Dans l'étemdle Égalité.

Tel le vaste Apennin » de sa cime hautaine»

i64 DITHYRAMBE.

Confondant à nos yeux et montagne et vaUoB^

D'un monde entier ne forme qu'une plaine ,

Et rassemblç en \\a point un immense horizon.

Ah ! si ce noble instinct , par qui du grand Homère ^ Par qui des Scipions Tesprit fut enfanté ,

!N*était qu^une vaine chimère , Qu^'un \ain rQman par Forgueil inventé i^

Aux limites de sa carrière j

D*où vient que Fhomme épouvanté , A l^spect du néant se recette en arrière ?

l^ourqupi , dans Tinstabilité

De cette demeure inconstante^

IN^oumt-iî cette longue attente

Pe rimmuable Eternité ?

Non , ce n'est point un vain système i> C'est un instinct profond vainement combattu ^^ Et, $ans doute ^ TÉtrc suprême Dans nos cœurs le grava lui-même^ Pour combattre le vice et servir la vertu.

Dans, sa demeure inébranlable ,

Asfflsesurrétenûtéà .

La tranquille Immortalité t Propice au bon» et terrible au coupable.

Du temps 9 qui sous ses yeux marcbe à pas de géant , Défend Tami de la justice t Et ra^it è l'espoir du vice .

Uasile t^omble du néant.

Oui : vous » qui de TOly mpe usurpant le tonnerre , Des étemelles lois renversez les autels ;

L&ches oppresseurs de la terre ,

Tremblez , vous êtes immortels !

Et vous^ vous , du malheur victimes passagères , Sur qui veillent d^un Dieu les regards paternels , Voyageurs d'un moment aux terres étrangères ! Consolez-vous , vous êtes immortels !

£h ! quel cœur ne se livre à ce besoin suprême,

L'homme , agite d'espérance et d'effroi , Apporte ce besoin d'exister après soi^

.Dans l'asile du trépas même , Un sépulcrç à ses pieds, et le front dans Jes cieux^

La pyramide qui s^ëlance »

Jusqu^au trône étemel va porter Tespéràiice

De ce cadavre ambitieux.

Sur Tairain périssable il grave sa mémoire»

Hélas ! et sa fragilité ; Et sur ces monuments» témoins de sa victoire >

Trop frêles garants de sa gloire, * Fait un essai mortel de Tlromorl^té.

> Vous seuls» qu'on admire et qu*on aime.

Tous seuls» ô mes rivaux! par un pouvoir suprême»

Dressez des monuments qui ne sont point mortels »

Doublement investis des honneurs éternels »

Du talent vertueux vous tresser la couroime ;

Yolre front la reçoit» et votre main la donne :

Homère de ses dieux partagea les autels.

Si quelquefois la flatterie

A déshonoré vos chansons»

Plus souvent vos sublimes sons Font respecter les lois » font chérir la patrie. Le Barde belliqueux courait de rangs en rangs

Échauffer la jeunesse aux combats élancée ; Tyrtée embrasait Mars de feux plus dévorants.

Et les vers foudroyants d'Alcée

Menacent encôr les tyrarits*

Que je haïs les tyrans! Combien, dès mon enfance. Mes imprécations ont poursuivi leur char !

Ma faiblesse superbe insulte à leur puissance : J*aurais chanté Caton à Taspect de César.

Et pourquoi craindre la furie

D*un injuste dominateur ?

N'est- il pas une autre patrîe

Dans Tavenir consolateur?

Ainsi , quand tout fléchit dans Tempire du monde,

Hors la grande âme de Caton , Immobile, il entend la tempête qui gronde.

Et tient , en méditant Téterdité profonde , Un poignard d'une main , et de l'autre Platon.

« Par eux , bravant les fers, les tyrans et Tenvie , U resté seul arbitre de son sort :

A ses vœux Tun promet la iport , Et Vautre une éterneUe vie.

Que tout tombeaux genoux de Toppresseur du Tibre Sa grande âme affranchie a son refuge au ciel.

Il dit au tyran : je 8uis libre ;

Au trépas , je suis immortel.

Allez , portez dans Turne sépulcrale »

Ou Tattendaieut ses immortels aïeux 9

Portez ce reste glorieux , Vainqueur , tout nK>rtqu*il est,i du vaîaqueiw de Pharsali

En vain César victorieux

Poursuit sa marche triomphale :

Autour de la tombe fatale ^ Libre encore un moment^ le peuple est accouru; Du plus grand des Romains il pleure la mémoire; Le cercueil rend jaloux le char de la victoire : Caton triomphe seul , César a disparu^

Que dis-je? enfants bannis d'une terre chérie^ Français, que vos vertus triomphent mieux da 8Wt!: Sans biens , sans foyers, sans patrie,

DttHVRÀMBE. 269

VoWè inalheiîr n'appelle poiht la mort: ■- Plus courageux , vous supportez la vie.

Qui peut donc soutenir votre cœur généreux ?

Ah ! la foi vousf proniet le prix de tant de peines ; Ail sein derinfcirtune elle Vous rend heureux^ Riches dam rindigence, et libres dans les chaîi^^Sy Et du fond des cachots vous habitez les cieux.

Loin dénie y âe l^homme impie exécrable maxime»

Qui sur ses deux appuis ébranlés le devoir :

' Ilfàiib un prix au juste , îtfaut un frein au crirne! L^homtne sans crainte est aussi sans espoir.

Ainsi ;^ par un accord sublime^ La céleste Immortalité S*élance d'un vol unanime , Avec sa sœur » la sage Libersté. ..

■ ' ^ » m •t * Lé m \ \ l *

Et vous^ yous.que mon cœur adore , .

Faudra-t-il donc vous perdi'e sans retour ?

Non, si d'un jour plus beau cette vie est Taurorct Nous nous retrouverons dans un autre séjour :

O mes arais> nous nous verrons encore !

Qu*en nous reconnaissant, nous serons Attendris! Du haut des célestes lambris »

Sur ce séjour de douleur et d^alarmes

Ifous jetterons un regard de pitié»

Et nos yeux n*auront plus à répandre ;de larmes » Que les pleurs de la joie et ceux de ramîti^*

Cependant , exilés dans ce séjour profane ,

Cultivez les arts enchanteurs ; Ils calmeront les maux où le ciel vous condamne ; Us mêleront quelque charme à vos pleurs*

Mais ne profanez point le feu qui tous anin^; lotissez là des plaisirs les chants voluptueux

£t leur lyre pusillanime. ^

Célébrez l'homme magnanime ,

Célébrez Thommé vertueux ;

Et que vos sons majestueux Soient, sur la terre un prélude sublime

Des hymnes chantés dans les cieux.

PASSAGE DU SVGOTHARD;

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