L'IMMORTALITÉ DE L'AME
D'où Me .n«ù de«« c«ar l-.,d«n» i-^oiéude ?
En vain je pixmiène mes )ùarB ; ' '
Du loisir au travail , éa r^K)8 à rëta^^'; .
Rien, n'en^sausajit fixer la vague «uiertitude, £t les tristes dégo&to me poursuivent txmjoiirs«
Des voluptés essayM» le dâire ; Couronnez-moi de fleurs, apportez-imqi ma lyré;- Grâces 9 plaisirs^ amours, jeux , ris, accourez tous. Que le vin coule ^ '
Que mon pied foule Les parfums les plus doux^ lifais quoi ! déjà la rosé pâlissante
Perd son éckt^lçs parfums l^od^mr^
â6o DITHYRAMBE
Ma ]yre échappe à ma main languissante 9 Et les tristes et muis sont rentrés .clans mon cœur»
Volons aux plaines de Bellone } Peut-être son brillant laurier A mon cœur va faire oublier Le noir cliagriu qui l'environne.
•Marcbons : déjà la charge sonne 9 Le fer brille , la foudre tonne ; J'entends^behnir lefiercoorsiw^ L*acier reteâOlH sur Facier ;. ; L*0]}^pe .épouvanté résphne Des oris du vaincu » du vainqueur; Autour.de moi le sang.boûiilonne : . ' .
A ces tableaux mon coeur frissonne , Et Ja Pitié plaintive a crié dans mon coeur.
D*un air moins turbulent TAmbition m'^appellc « Sublime quelquefois, et ti^p sôuj^ent cruelle :
Pour commander, j*obéis à sa loi.
Puissant dominateur de la terre et dé Tonde , : Je dispose à mou gré du-monde ^ .
DITHYRrAMiBE. ^6*
£t ne puis) disposer de moL
Ainsi 9 d^espérances noureUe^ < Toujours avide et toujours idégoùléy
Yers une autre félieité
Mou l^me ardente étend ses ailé»; £t rien n^ peut calmer, dans les choses mortelles , Cette îndpmtable soif d^rimmortalitë*
Lprsqu'en mourant le sage cède Au décret étemel dont tout subit la loi , Un dieu lui dît : « J'ai réservé pour moi
>> L'éternité qui te précède î » L'éternité qui s'avance est à toi. >v
Ah ! que dîs-je? écartons ce profane langage.^ L'éternité n admet pomt de partage :
Tout entière en toi seul Dieu sut la réunir;
Bans lui ton existence à jamais fut tracée ^ Et déjà ton être à venir Était présent à sa vaste pensée.
Sois donc digne de toni auteup ^ Ne ravale jpoint la hauteur^
De cette origine immortelle !
Eh ! qui peut mieux t'easeigoer qu^elIe A braver des faux biens Tëclat ambitieux?
Que la terre est petite à qui la voit des cieux ! Que semble à ses regards Fambition superbe ?
G^est de ces vers rampants» dans leur htfmble cite, y ils tyrans des gazons» conquérants d'un brin d'herbe t
L'invisible rival ité.
Tous ces objets qu'agrandit l'ignorance »
Que colore la vanité ,
Que sont-ils » aperçus dans un lointain immense »
Des célestes hauteurs de l'Immortalité?
C'est cette perspective , en grands pensers féconde;
C'est ce noble avenir qui , bien mieux que ces lois
Qu'inventa de l'orgueil l'ignorance profonde »
Kétablit en secret l'équilibre du monde;
Aux yeux de TEternel égale tous les droits ^
Nos rires passagers , nos passag^es larmes ;
Ote aux maux leur tristesse, aux voluptés leurs charmes
De l'homme vers le ciel élance tous les vœux.
Absent de cet atome, et présent dans les cieux ^
TToit-i), daîgne-t-il voir sMl eiûste une terre».
S'il y brille un soleil 9 sll j gronde un tonnerre».
S'il est là des héros» des grands » des^ potentats ». i Ton y fait la paix» si 1 on y fait la guerre» i le sort y ravît ou donne des états ?
Eh l qui » du sommet d*un coteau ».
Toyant le Nil au loin couler ^s eaux pompeuses ». Détournerait les yeux de ce riche tableau*
Et de ces eaux majestueuses ».
IV>ur attendre à ses pieds murmurer ua ruisseau ?
Silence» êtres mortels i vaines graùdeurs, silence ^ L'obscurité ». l'éclat » le savoir » l'ignorance » La force » la fragilité »
Tout» excepté le crime et l'innoeence »
Et le respect d'une juste puissance »
Près du vaste avenir courte et frêle existence », Aux yeux désenchanteurs de la réalité »
Descend de sa haute importance Dans l'étemdle Égalité.
Tel le vaste Apennin » de sa cime hautaine»
i64 DITHYRAMBE.
Confondant à nos yeux et montagne et vaUoB^
D'un monde entier ne forme qu'une plaine ,
Et rassemblç en \\a point un immense horizon.
Ah ! si ce noble instinct , par qui du grand Homère ^ Par qui des Scipions Tesprit fut enfanté ,
!N*était qu^une vaine chimère , Qu^'un \ain rQman par Forgueil inventé i^
Aux limites de sa carrière j
D*où vient que Fhomme épouvanté , A l^spect du néant se recette en arrière ?
l^ourqupi , dans Tinstabilité
De cette demeure inconstante^
IN^oumt-iî cette longue attente
Pe rimmuable Eternité ?
Non , ce n'est point un vain système i> C'est un instinct profond vainement combattu ^^ Et, $ans doute ^ TÉtrc suprême Dans nos cœurs le grava lui-même^ Pour combattre le vice et servir la vertu.
Dans, sa demeure inébranlable ,
Asfflsesurrétenûtéà .
La tranquille Immortalité t Propice au bon» et terrible au coupable.
Du temps 9 qui sous ses yeux marcbe à pas de géant , Défend Tami de la justice t Et ra^it è l'espoir du vice .
Uasile t^omble du néant.
Oui : vous » qui de TOly mpe usurpant le tonnerre , Des étemelles lois renversez les autels ;
L&ches oppresseurs de la terre ,
Tremblez , vous êtes immortels !
Et vous^ vous , du malheur victimes passagères , Sur qui veillent d^un Dieu les regards paternels , Voyageurs d'un moment aux terres étrangères ! Consolez-vous , vous êtes immortels !
£h ! quel cœur ne se livre à ce besoin suprême,
L'homme , agite d'espérance et d'effroi , Apporte ce besoin d'exister après soi^
.Dans l'asile du trépas même , Un sépulcrç à ses pieds, et le front dans Jes cieux^
La pyramide qui s^ëlance »
Jusqu^au trône étemel va porter Tespéràiice
De ce cadavre ambitieux.
Sur Tairain périssable il grave sa mémoire»
Hélas ! et sa fragilité ; Et sur ces monuments» témoins de sa victoire >
Trop frêles garants de sa gloire, * Fait un essai mortel de Tlromorl^té.
> Vous seuls» qu'on admire et qu*on aime.
Tous seuls» ô mes rivaux! par un pouvoir suprême»
Dressez des monuments qui ne sont point mortels »
Doublement investis des honneurs éternels »
Du talent vertueux vous tresser la couroime ;
Yolre front la reçoit» et votre main la donne :
Homère de ses dieux partagea les autels.
Si quelquefois la flatterie
A déshonoré vos chansons»
Plus souvent vos sublimes sons Font respecter les lois » font chérir la patrie. Le Barde belliqueux courait de rangs en rangs
Échauffer la jeunesse aux combats élancée ; Tyrtée embrasait Mars de feux plus dévorants.
Et les vers foudroyants d'Alcée
Menacent encôr les tyrarits*
Que je haïs les tyrans! Combien, dès mon enfance. Mes imprécations ont poursuivi leur char !
Ma faiblesse superbe insulte à leur puissance : J*aurais chanté Caton à Taspect de César.
Et pourquoi craindre la furie
D*un injuste dominateur ?
N'est- il pas une autre patrîe
Dans Tavenir consolateur?
Ainsi , quand tout fléchit dans Tempire du monde,
Hors la grande âme de Caton , Immobile, il entend la tempête qui gronde.
Et tient , en méditant Téterdité profonde , Un poignard d'une main , et de l'autre Platon.
« Par eux , bravant les fers, les tyrans et Tenvie , U resté seul arbitre de son sort :
A ses vœux Tun promet la iport , Et Vautre une éterneUe vie.
Que tout tombeaux genoux de Toppresseur du Tibre Sa grande âme affranchie a son refuge au ciel.
Il dit au tyran : je 8uis libre ;
Au trépas , je suis immortel.
Allez , portez dans Turne sépulcrale »
Ou Tattendaieut ses immortels aïeux 9
Portez ce reste glorieux , Vainqueur , tout nK>rtqu*il est,i du vaîaqueiw de Pharsali
En vain César victorieux
Poursuit sa marche triomphale :
Autour de la tombe fatale ^ Libre encore un moment^ le peuple est accouru; Du plus grand des Romains il pleure la mémoire; Le cercueil rend jaloux le char de la victoire : Caton triomphe seul , César a disparu^
Que dis-je? enfants bannis d'une terre chérie^ Français, que vos vertus triomphent mieux da 8Wt!: Sans biens , sans foyers, sans patrie,
DttHVRÀMBE. 269
VoWè inalheiîr n'appelle poiht la mort: ■- Plus courageux , vous supportez la vie.
Qui peut donc soutenir votre cœur généreux ?
Ah ! la foi vousf proniet le prix de tant de peines ; Ail sein derinfcirtune elle Vous rend heureux^ Riches dam rindigence, et libres dans les chaîi^^Sy Et du fond des cachots vous habitez les cieux.
Loin dénie y âe l^homme impie exécrable maxime»
Qui sur ses deux appuis ébranlés le devoir :
' Ilfàiib un prix au juste , îtfaut un frein au crirne! L^homtne sans crainte est aussi sans espoir.
Ainsi ;^ par un accord sublime^ La céleste Immortalité S*élance d'un vol unanime , Avec sa sœur » la sage Libersté. ..
■ ' ^ » m •t * Lé m \ \ l *
Et vous^ yous.que mon cœur adore , .
Faudra-t-il donc vous perdi'e sans retour ?
Non, si d'un jour plus beau cette vie est Taurorct Nous nous retrouverons dans un autre séjour :
O mes arais> nous nous verrons encore !
Qu*en nous reconnaissant, nous serons Attendris! Du haut des célestes lambris »
Sur ce séjour de douleur et d^alarmes
Ifous jetterons un regard de pitié»
Et nos yeux n*auront plus à répandre ;de larmes » Que les pleurs de la joie et ceux de ramîti^*
Cependant , exilés dans ce séjour profane ,
Cultivez les arts enchanteurs ; Ils calmeront les maux où le ciel vous condamne ; Us mêleront quelque charme à vos pleurs*
Mais ne profanez point le feu qui tous anin^; lotissez là des plaisirs les chants voluptueux
£t leur lyre pusillanime. ^
Célébrez l'homme magnanime ,
Célébrez Thommé vertueux ;
Et que vos sons majestueux Soient, sur la terre un prélude sublime
Des hymnes chantés dans les cieux.
PASSAGE DU SVGOTHARD;