AVIS
Quel jargon ! poursuit Fontenelle, Cependant y 3 jBtùt rendre justice k Baïf : ce jargon^ ces mots forges, ce galî* mathias, tout cela, selon l'idée des anciens, est fort âithy'ramJnque.
. Le génie timide de notre langue , qui permet a peine a la poésie de s'élever au-dessus de la simplicité de la prose , dut long-temps s'opposer k l'introduction parmi nous de la poésie dithyi*ambi^e.. Le siècle de Louis XlV , qui nous a laisse des chef-d'œuvres dans tous les genres, ne nous offre aucun dithyrambe k citer. Les écrivains de ce siècle a jamais illusti*e étaient admirateurs trop ^Superstitieux de tout ce qui venait des anciens ^ pour entreprendre de changer quel*» que chose a la forme des dithyrambes grecs; mais, d'un autre côté , ils connoissaient trop bien l'esprit de leur propre langue et le caractère de leur nation , pour imiter les Grecs k la manière de Baïf. Cependant la langue française s'éleva , peu de temps après , a toute la i^ublimité des images pindariques, sous la plume de J.-B. Rousseau. Par un contraste assez étonnant , la poésie lyrique fit entendre ses accents brillants dans un moment où la langue française semblait devoir être asservie au compas des sciences exactes; et la France vit renaître la muse de Pindftre , dans le siècle même des géomètres. Le dithyrambe reparut , non point avec le délire impétueux des Grecs , mais avec le ton plus mesuré de l'ode.
Tel est le caractère du Ditf^àfnbè sur T Immortalité de tAme. On n'y trouvera point le ton emporté des invoca*
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lions à Bacchas; làm on j verra partout l*esprit et les mu^es de nos odfes safcrées. L'auteur y pr^éâente saâs cessid deé id^s grandes et inattendues , des Inétajphores brilkhtc^ et élevées; et le iecteur y Verra qùè le poète ^i, le premier^ a su ttoàver dans nôtre langue des expressions poulr ennoblir tous les détails de ia Vie dhampétre^ pouvait eh trouver aussi pour peindre les choses les plus slibliméâ»
Nous ne nous étendrons |)às davantage sur be dithy-» téstûlbe y dont le public sentira les beautés; mais il n'est pas inutile peut-être de rà^ppeler la circonstance dans laquelle il a été composé* On sait que Robespierre , après avoii* où-* tragé tout ce qu'il y avait de sacré , s'avisa de faire décré^ ter par la Convention l'existence de Dieu et l'imniortalité de l'âme; il voulut donner quelque ^lennité a ce décret^ en engageant les écrivains k célébrer sa nouvelle profession de foi; M. Delille était alor$ au collège de France , menacé chaque jour d'être arrêté. Le présidé&t du comité révolutionnaire de sa section viiit le prier de fiûre quelques vers sur l'immortalité de l'âme, et ne lui donna <]ue vingt-quatre heures ; lorsqu'il revint , Ifi poète lui montra le dithyrambe que nous publions ici. a C'est très bien y dit le président » après l'avoir entendu , c'est peut-être ce que vous avez D fait de mieux jusqu'ici ; mais attendons : le moment n'est >i pas venu de publier ces vers-là ; quand il en sera temps s> je viendrai vous àvertin » En effet , M. Delille , incapable de se prêter aux idées des novateurs y avait eu le courage de traiter son sujet de manière a les efTrayer, en présentant
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t'immortalité comme un supplice pour les méchants , et une consolation pour les victimes de la révolution. Cette doctrine devait beaucoup déplaire aux chefs des factieux. Les féritables amis de la poésie doivent se féliciter que Robes« f>ierre n*ait pas régné assez long-temps pour se venger du ^mx^tfi (ju'avait montré M. Delille.
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