AU DOCTEUR ARBUTHNOT
Fer/Me la porte , Jean, et qu'on me barricade ; Qu'on mette les verroux ; dis que je suis malade , Dis que je suis mourant, dis que je ne suis plus. Dieux ! quels flots de rimeurs , près d^ici répandus ! Mon œil épouvanté croît voir sur cette place Tout rhôpital des fous » ou bien tout le Parnasse.
(i) Cette ëpitre, qui sert de prologue aux satyres de Pope, et qui devrait plutôt se trouver à la tête de sa Dundade , est elle-même une excellente satyre. Pope avait confia au docteur Arbuthnot sou projet de ridiculiser dans un poëme tous ces ëcrivailleurs qui le poursuivaient dans leurs écrits. Arbuthnot redoutant, comme mé* decin y le mauvais effet de ces querelles, et, comme ami, la yen-' geance de la cabale puissante que Pope allait susciter contre lui, cliercha à le détourner de son dessein. Il persista, par les motifs rapportés dans cette épitre. Elle fut composée à difSérentes époques, par morceaux, la plupart dictés par l'occasion, et qui ne furent réunb que lors de la publication des satyres.
Les voîs-tu, récitant 9 courant en furieux , lin papier dans les mains 9 et le feu dans les yeux? Contre ce vil essaim qui fourmille sans cesse , Quel rempart assez sûr 9 quelle ombre assez épaisse? Il m*attaque par terre 9 il m^assiège par eau 9 Se glisse dans ma grotte 9 investit mon berceau 9 . Inonde mes bosquets 9 borde mon avenue 9 Me poursuit dans Féglise 9 et m^atteint dans la rue \ Ou, chassé par la faim de son noir galetas 9 M*aborde«....justement à Fheure du repas.
Est-il un vil rimeur, dont la verve grossière Exhalé en plats écrits les vapeurs de la bière ; Est-il un grand seigneur 9 auteur de petits vers; Un poète en jupon ^ qui rime de travers; Un clerc encor poudreux, qui, déserteur du code 9 Sache 9 au lieu d^un contrat , me griffonner une ode ; Un fou qui 9 renfermé sans encre et sans papier 9 Ait charbouné de vers les murs de son grenier ? Tous viennent m^assaillir, dans leurs fureurs étranges 9 Outrés de ma critique 9 ou fiers de mes louanges. Arthur voit-il ses fils négliger le barreau ? Ce sont mes maudits vers qui troublent leur Cerveau.
£t le pauvre Cornus , trahi par ce qu'il aime^ • S'en prend aux beaux esprits, à ma muse, à moi-même?
Toi qui sauvas mes jours, toi sans qui Tupi vers Et poui^et contre moi n'eût point vu tant de vers » Quel re^iède confr'eux? Comment fuir cette peste? Parle, lequel pour moi crois-tu le plus funestç» De la haine des sots ou de leur amitié ?.
D'un et d'autre côté que mon sort fa^t pitié! Ami , je crains leurs vers ; ennemi, leurs libelleSiP D'une part de l'ennui , dç l'autre des querelles. On frappe , c'est Codrus ! Je suis mort. Le bourreau j^ Pour me lire ses vers ^ me tient sous le couteau» Forcé de les juger > conçois- tu ma misère?
Moi , qui n'o9e mentir, et qui ne puis me taire ! Rire auiç yeuiç de Tauteur serait trop inhumain : Écouter de sang-froid, je l'essairais en vain. Quel tourmçnt? Je m'assieds, co^iposant mon visage j Poliment je m'ennuie ; en silence j'enrage.
Et lâche enfin ces mots très-peu satisfaisants : ii M'en croirez-vous? Gardez votre pièce neuf ans. >% Neuf ans ! crie un auteur forcé de faire un livre , . Et par besoin d'écrire , et par besom de yiy vç ^
Qui dès le point du jour rime entre deux rideaux Dont le tendre zéphyr caressé les lanibeaux.
ii — Vous blâmez donc mes vers ! Je vais vous les remettre : » Ajoutez, retranchez ; vous m'y verrez soumettre. » — Deux grâces seulement, dit l'autre , et rien de plus. » Votre amitié d'abord. — 'Et puis quoi? — Cent écus. » — Monsieur , lisez ces mots que Damon vous adresse : » Vous connaissez le duc , parler à son altesse. » -^Mais ce Damon , monsieur, m'a cent fois outragé. » — Ah ! par son repentir vous êtes bien vengé ; ' » Ne le refusez pas : sa haine est redoutable. » Il écrit un journal, Curl (i) l'invite a|sa table. >y Bon! d'où vient ce paquet! J'ouvre et je lis ces mots : a C'est un drame, monsieur, nouvellement éclos. » L'auteur veut se cacher; attendant qu'il prospère, » A ce pauvre orphelin daignez servir de père. » Si je dis qu'il est mal. Dieu sait quelles fureurs! Si je dis qu'il est bien. — « Parlez^n aux actejirs. » Je respire à ces mots. G race à certaines rimes , Les histrions et moi;; ne sommes pas intimes ;
{%) Libraire de liOn^^St
La pièce est refusée. Outré de désespoir,
a Morbleu « dit-il, je veux Fimprimer dès ce soir.
» — Parlez-en à Lintot* •— Lui! ce fat de libraire ^
» En rimprimant gratis, croira déjà trop faire.
» — Eh bien, retouchez-la. — Je suis bien importun ;
» Mais, me dit-il tout bas, le gain sera commun. »
A ces mots je le chasse ; et, lui rouvrant la porte 9
» Vous et vos vers, monsieur, de grâce que Ton sorte. >i
Quand du plus opulent et du plus sot des rois LWeille s'allongea pour la première fois , Son ministre indiscret ( d'autres disent sa femme ) , Plutôt que de se taire, eût cent fois rendu Tàme. Le secret fut trahi : le garderai-je mieuic , Moi qui vois tant de sots en porter à mes yeux ! « Modérez*vous, craignez des accidents sinistres ; » Et ne nommez ni rois, ni reines, ni ministres. » •— Je méprise les sots, et n'en parle jamais. » Laissons l'âne montrer ses oreilles en paix. » -— Quel mal peut-il vous faire, et quel si grand désorcbi » — Quel mal il peut me faire! il peut ruer et mordre. » Ces sots sont des méchants ; lâchons>le, je le \eux, » Ce secret qui n'est plus un secret que pour eux. »
La reine » pour dormir , sema cette nouvelle ; Pour sommeiller en paix 9 publions-la comme elle. Je vous parais cruel ; retenez bien ce mot:
« De tous les animaux le plus dur est un sot. >f Intrépide Codrus, les loges, le parterre»
Par d'afi&eux sifflements te déclarent la guerre : Quel tumulte ! quel cris ! inutile revers ; Codrus verrait en paix s*écrouler Funivers.
Vois filer dans un coin cet animal infâme :
Que Ton brise sa toile » il renoûra sa trame. Confondez les discours de ce vil rimailleur 9 U revient à TouvràgCy avide écrivailleur ; Et , fier d'un vain tissu , qui d'un souffle s'envole. L'insecte admire en paix son ouvrage frivole*
Mais quels sont donc mes torts? qu'ont perdu lôus ces fous ? Ce poète a-t-il moins son sourire jaloux ?
Milord , ce fier sourcil où son orgueil éclate ? Cibber , sa courtisane et ce seigneur qu'il flatte? Henley de sa canaille est-il moins l'orateur? Moor de ses francs-macons le zélé sectateur?
Bavius n'ç$t*il plus admis à cette table?
Ce prélat trouve-t-il Phylis moins admirable?
Sapho.... — BonDieUy paix donc! de pareils ennemis.
— Ah! je crains plus encor de semblables amis.
Alors qu^il tous outrage un sot n'est pas à craindre ;
G*est lorsqu'il se repent qu'on est le plus à plaindre.
L'un me dédie un tome 9 et son ton empesé^
Plus que cent ennemis ^ m'a ridiculisé;
L'autre » la plume en main 9 cbevalier de ma^loire,
Pour moi , contre un journal dispute la yictoire.
L'autre vend mes écrits lâchement enlevés?
L'autre crie après moi : « souscrivez , souscrivez. »
Plusieurs de mon corps même admirent la disgrâce.
« Ovide eut votre nez , vous toussez comme Horace ;
» Alexandre portait l'épaule comme vous ;
» Yos yeux...» —Bon : mes amis , cet éloge est bien doui
Ainsi de ces mortels, fameux par leur mérite 9
Ce sont précisément les défauts que j'hérite.
Quand je languis au lit, dites-moi poliment :
y irgile reposait comme vous justement ;
Et quand j'expirerai , contez-moi » pour me plaire y
Qu'autrefois 9 comme moi 9 mourut le grand Homère.
Ciel ! quel fâcheux démon m'a mis la plume en main Que de papier perdu dans un métier si vain !
Dès le berceau ( combien la nature est puissante! ) Je bégayais des vers d'une voix innocente.
Age heureux, où Ton sent des plaisirs sans douleurs» Où 9 sans craindre d'épine , on recueille des fleurs ! Mais , du moins , en rimant j'ai suivi mon génie; Je n'ai point de mon père empoisonné la vie : Ma muse ne m'apprit qu'à chanter la vertu»
Qu'à surmonter les maux dont je suis combattu ; Qu'à bénir tes bienfaits , tendre ami que j'honore » Qu'à supporter ces jours que tu soutiens encore. Mais ^ pourquoi^ dira-t-on, vous imprimer? Pourquoi ! Eh ! qui n'aurait été séduit ainsi que moi ?
Walsh , ce fin connaisseur^ le délicat Gretiville, M'ont dit : a Vous charmerez et la cour et la ville. » Garth » le généreux Garth ^ daignait guider mes pas y Congrève me louait , Swift ne me blâmait pas ; Sheffield , Talbot , Somers^ consentaient à me lire; Le grave Atterbury m'accordait un sourire ; Et BolinbroLe , ami de Dryden vieillissant »
Embrassait avec joie un poète naissant.
Heureux mes vers, de plaire à leur esprit sublime; Mais plus heureux l'auteur de gagner leiu: estime!
Par exA on jugera mon cœur et mon esprit ;
Et que m*importe après ce qu'un Bumet écrit?
Rappelle-toi Tessor de ma muse noyice.
Elle n'osait èncor lii^rer la guerre au vice; Elle peignait des fleurs , des vergers, des ruisseaux. Qui pouvait s'offenser de ces riants tableaux? Gildon pourtant dès-lors outragea ma personne : a II veut dîner ^ me dis-je, hélas! je lui pardonne. »
Qu'un censeur moins fougueux critique mes écrits; S'il dit vrai , j'en profite ; et s'il a tort, j'en ris. Mais je connais trop bien nos graves Aristarques Stériles en génie et féconds en remarques; Le zèle, le travail^ la mémoire, ils ont tout. Excepté du bon sens, de l'esprit et du goût.
Ils savent avec art placer une virgule ; Pas un accent n'échappe à leur docte scrupule;
Un mot, une syllabe épuisent leurs efforts;
Ils jugent les vivants , ils commentent les morts ; Etpar J'éclat d'autrui, dissipant leurs ténèbres', Joignent leurs noms obscurs aux noms les plus célèbres. Tel le chêne soutient l'arbuste dans les airs ; Tel l'ambre offre à nos yeux de la paille et des vers.
Mais que d'auteurs choqués ! J'approuve leur murmure : Je les appréciai , c'est sans doute une injure. Damon que j'ai loué n'est pas content de moi. Hélas ! c'est que Damon est trop content de soi. Pour louer un auteur, il nous faudrait connaître Non pas tout ce qu'il est , mais tout ce qu'il croit être ; Les beaux esprits, ainsi que les yieillfes beautés. Trouvent leurs portraits faux s'ils ne sont pas flattés. L'un en un faux sublime égare sa pensée , Et nomme poésie une prose iqsensée; .L'autre, faux bel esprit, tient mon esprit tendu ^ Veut être deviné , mais jamais entendu.
L'autre, des vers d'autrui s'est enrichi sans honte. Traduit pour un écu quelque insipide conte , De son étyoît cerveau tire dix vers par an, N'écrit que pour prouver qu'il était sans talent , Revêt de cent lambeaux une muse postiche , Pille , dépeiise peu 9 mais n'en est pas plus riche. Cependant si ma muse, à ces minces auteurs.
Veut bien donner le nom d'heureux compilateurs. Quels cris! Oui, disent-ils dans leur fureur extrême. Il lancera ses traits contre Adisson lui-même.
Eii bien I qu^ils meurent donc dans leur obsctinté.
Mais 9 représentez-vous un écrivain vanté , t^lein de grâce et d'esprit, sachant penser et vivre; Charmant dans ses discours , sublime dans un livre ; Partisan du bon goût , amoureux de Thonneur , Fait pour un nom célèbre , et né pour le bonheur ; Mais qui , comme ces rois que TOrient révère^ Pense ne bien régner qu'en étranglant son frère i Concurrent dédaigneux et cependant jaloux^ Qui , devant tout ailx arts » les persécute en vous ; Blâmant d'un air poli , loUant d'uii tbn perfide; Cherchant à vous blesser , mais d'une main timide; Flatté par mille sots 9 et redoutant leurs traits ; Tellement obligeant qu'il n'oblige jamais; Dont la haine caresse^ et le souris menace) Bel esprit à la cour , et ministre au Pamdsse ; Faisant d'une critique une affaire d*état; Ainsi que son héros (0, dans son petit sénat 9 Réglant le peuple auteur, tandis qu'en son extase Tout le cercle ébahi se pâme à chaque phrase...^.
d^MMakM*MftmiHH«MMIM«Hlk
(i)Catofti
Parle, qui ne rirait de ce portrait sans nom? Mais qui ne pleurerait , si c'était Adisson ? * Et qui n'aurait pitié du contraste bizarre D'une àme si commune et dVn talent si rare?
Mes écrits, je Tayoue, affichés en cent lieux ^ Étalent sur nos murs leurs titres orgueilleux; Et deux cents colporteurs > au lecteur qui s'empresse t Les vendent tout mouillés au sortir de la presse : Mais me voit^on , bouffi d'une folle hauteur , Vouloir en souverain régir le peuple auteur ? A ce peuple imposteur, encor plus que risible ^ Tel qu'un sultan altier je me rends invisiblcà Après les vers nouveaux je ne vais point courir; Sans savoir^ s'ils sont nés , je les laisse mourir* Je ne vais point ^ trottant au travers de la ville , Colporter des couplets , répandre un vaudeville 9, Remettre à l'imprimeur un écrit clandestin.
Des drames nouveaux-nés décider le destin.
Une orange à la main soulever le parterre , Dans l'ombre d'un café réformer l'Angleterre. Las de prose , de vers , des muses , d'Apollon , 1
J'abandonne à Bardus tout le sacré vallon.
Tel qu* Apollon assis sur la' double colline» L'épais Bardus s'étale avec sa lourde mine; Trente rimeurs gagés le parfument d'encens :
Mécène et lui déjà vont de pair dans leurs chants. Son cabinet, orné d'un Pindare sans tête.
S'ouvre indifféremment à. tout mauvais poète* Chaque auteur , de son goût vient recevoir la loi , Demande ses avis » et surtout un emploi :
Admire ses tableaux et sa magnificence »
£t, pour dîner un jour, pendant un mois l'encense. Mais , hélas! il commence à devenir frugal :
Les uns d'un froid éloge ont le maigre régal; D'autres un rendez-vous pour réciter leurs pièces; Quelques-uns sont payés en simples politesses. A ses yeux que toujour$ le vrai talent frappa , Dry den , qui le croirait ! Dry den seul échappa. Mais un grand éclairé tôt ou tard se détrompe : Si Dryden meurt de faiija , on l'enterre avec pompe.
Oh ! puissent désormais tous ces vils protecteurs Grossir leur triste cour de tous ces vils auteurs ! Que tout rimeur vénal trouve un grand qui l'achète! Que tout patron stupîde ait un client plus béte !
Ainsi 9 tandis qu'un sot pour un fat rimera , Tandis que la bassesse à Torgueil se vendi^a , Tous ces fous , loin de moi , fuiront Tun après Tautre* O grands ! mon intérêt s'accorde avec le vôtre : Je hais la flatterie, et vous la bonne foi; Cibber rampe chez vous , et Gay vécut pour moi. Ciel ! fais -moi , conune Gay, vivre et mourir sans maître! Savoir vivre et mourir , c'est le seul art peut-être. Puissé-je , indépendant de l'univers entier , Paraître noblement dans un noble métier !
Vivant pour mes amis^ existant pour moi-même. Lisant ce qui me plaît, et voyant ceux que j'aime , Du faquin qui protège implacable ennemi , Mais aux grands quelquefois donnant le nom d'ami. Non, je n'étais point né pour les grandes affaires: Je crains Dieu, ne dois rien , récite mes prières ; Je dors, grâces au ciel , sans rimer en rêvant, Et ne sais si Denis est ou mort ou vivant.
Qu'allez-vous imprimer ? vient-on souvent me dire. Ciel ! n'étais^je donc fait que pour toujours écrire ! Insensé ! n'ai-je donc rien de mieux à songer ,
Point d'amis à servir , de pauvre à soulager !
— J'ai trouvé Vope et Swift enfermés ^e à lete» Dit rindiscret Balbtis; qnelqae chose s^appréte. J*ai beaa lui protester.— — Eh ! non je tous connais; Votre verve 9 dit-il , ne s^épuise jamais.
— Et 9 la première horreur qu*un méchant distribue » Ce connaisseur profond d^abord îne rattribae* Hélas ! malheur au vers le plus harmonieux
Qui blesse Finnocent d^im trait calomnieux , Dont la pudeiu" rougit , dont la.vertu s^aîarme f Qui peut de deu% beaux yeux arracher ime larme ! Me confonde le ciel , si Ton voit mes discours /
Des jours d'un honnête homme empoîsoimer le cour^ Mais ce méchant, fléau des vertus lés plus belles, Qui compose dans Tombre, bu répand des libelles. Qui déchire avec art , mais avec cruauté ^ |
Le talent malheureux , Tindigente beauté ; Ce grand qui , près des rois, adulateur servile ^ Sous un ruban d'azur me cache une àme Vile ; Ce fat qui me protège avec un air si vain , Qui , vantant mes écrits , néglige l'écrivain ; 1
Qui n'ose me défendre alors que l'on mè blesse | Me voit par vanité, me trahit par faiblesse;
Qui f s'il n'est pas méchant, est du moins indiscret;
Qui donne un ridicule ou révèle un secret;
Qui 9 prêtant à mes vers des tournures malignes ,
Va dire aux ^ands : Cest Tou^que Ton peint dans ces lignes:
Voilà ceux qu'à mes pieds je veux, voir abattus ;
Je suis Teffroi du vice et Taj^ui des vertus.
Que^Sporus tren^Me ! — Qui? cette qhétive espèce^
Automaté de soie , extrait de laitid'ânesse 9
Chenille que colore un brillant vermillon?
Quoi ! faut-il' dans la mer noyer un papillon?
'^ Du moins ^ écrasez donc cet orgueilleux insecte »
Ce ver aux ailes dW^ qui me pique et m'infecte 9
Qui , formé dans la fange 9 et fier de ses couleurs ,
De la société flétrit toutes lès fleurs,
Parcourt , en bourdonnant^ lePinde et les ruelles ,
Mais sans goûter les arts, mais sans jouir des belles*
Ainsi, dans le gibier qu?il mordille en grondani,
L'épagneul bien dressé n'ose imprimer 1» dent.
Son sourire étemel annonce une âme aride ;
D'un ruisseau peu profond ainsi l'onde se ride«
Voyez cette poupée au teint pétri de fard ,
S'exprimer par ressort , gesticuler par art :
Il siffle ou calomnie, il chansonne ou blasphème , Il lance une épigramme ou discute un système. Être indéfinissable, équivoque animal^ Avantageux et bas , doucereux et brutal.
Tour à tour grand seigneur ou petite maîtresse, Mignard comme une fille , ou fier comme une altesse Frivole par Tesprit , infâme par le cœur.
Fat auprès d*une femme, auprès des rois flatteur. Belle Ëve^ ainsi Ton peint ton séducteur funeste, Ange par la figure et serpent par le reste; Cest un être choquant, même par sa beauté.
Affable par orgueil , rampant par vanité. "" Libre d'ambition , insensible aux richesses , Courageux sans hauteur , complaisant sans bassesses Voilà le vrai poète; il plaît, mais noblement : De Torgueil d^un ministre il n'est pas Tinstrument. Flatter, même les rois, à ses yeux est coupable, De mentir, même en vers sa bouche est incapable. , Chez lui la poésie est plus que de vains sons : I
La sublime morale embellit ses chansons. I
Il fait briller le vrai dans la fiction même : Ce n'est point un vain nom ^ c'est la vertu qu'il aînifl
lOI
II respecte les grands et ne les trompe pas : Il domte ses rivaux^ sans livrer de combats»
Il yoit avec mépris le louangeur stupide, Uagresseur furieux, le défenseur timide , Le critique implacable et qui mord sans pitié , Le bel esprit jaloux , et qui loue à moitié.
Tant de coups sans effet , tant de traits sans blessure , Et la baine impuissante, et Tamitié peu sûre. Qu'on réchauffe cent fois des contes pleins d'ennui , Que Ton charge son nom des sottises d'autr ui , Qu'un méchant affamé défigure, pour vivre.
Ses traits dans une estampe^ et ses moeurs dans un livre , Qu'on Toutrage dans ceux qui lui sont les plus chers, Qu'on blâme sa morale au défaut de ses vers , Que l'on poursuive encor , par une lâche envie. Ses amis dans l'exil , et son père sans vie , Qu'enfin jusqu'à son roi les vils échos des cours Fassent de ces méchants retentir les discours : Adorable vertu , c'est à vous qu'il s'immole ; C'est pour vous qu'il souffrit, par vous il se console ! — Mais j'insulte le pauvre , et je brave les grands. — Oui*, pour moi l'homme vil est vil dans tous les rangs,
Je le hais sous le froc, ainsi que sous la mitre :
Chevalier d^ndusti^ie ou chevalier en titre ,
Écrivain mercenaire ou courtisan vénal»
Assis sur la sellette ou sur le tribunal.
Triomphant dans un char ou rampant dans la boue.
Admis auprès du trône ou conduit à la roue.
Cependant cet auteur si terrible et si craint, Sapho sait qu'il n^est pas aussi noir qu'on le peint. Denis même avoûra , s'il veut être sincère^ Qu'en méprisant ses vers il aida sa misère.
On l'accusa d'orgueil : il était si peu fier. Qu'il visita Tibald et but avec Cibber.
Un iprétre contre lui vomit un gros volume :
L'a-t-on vu pour répondre user en vain sa plume? Pour plaire à sa maîtresse un fat l'ose outrager : Ah! qu'elle soit sa femme, et c'est trop le venger. Que Pope soit l'objet dune satire amère; Mais pourquoi dénigrer et son père et sa mère? Sa mère a-t-elle , hélas! médit de son prochain? Yit-on jamais son père outrager son voisin ?
Lâches, écoutez-moi, respectez sa famille.
Et ne ternissez plus l'éclat dont elle brille :
FUGITIVES. io3
Son nom $era sacr^ , tant que cet univers Chérira les yçrtus et lira les beaux vers.
Ceux dont il tient le jour , et Tépoux et la femme^
Etaient nobles de nom, comme ils Tétaient par Fàme*
Leurs aïeux pour rbonneur combattirent cent fois.
Quand de Thonneur encor nous connaissions les lois.
— Mais qu^étaient leur fortune et leurs biens ? ^- Légi ti tnes^
Us laissèrent Crassus s'engraisser par des crimes.
Ce bon père, aujourd'hui l'objet de ses regrets ,
Gentilhomme sans morgue, héritier sans procès.
Citoyen sans cabale, époux sans jalousie.
Traversa doucement l'espace de la vie.
Jamais il ne parut au tribunal des lois ,
Jamais d'un faux serment n'appuya de vains droits
Il n'était point enflé d'une vaine science :
Le langage du cœur fut sa seule éloquence.
Éclairé par l'usage, et poli par bonté.
Sain par la vie active et la sobriété ,
Ses vénérables jours furent longs sans souffrance ;
Son paisible trépas fut court sans violence.
Ciel! accorde à son fils et sa vie et sa mort.
Et les enfants des rois vont envier mon sort !
Ami 9 jouis toujours de ta douce folie :
Pour moi » mon cœur se plaît dans sa mélancolie. Puisse- je encor loog-temps , par de pieux secours»
Conserver une mère et prolonger ses jours.
Sur le bord du cercueil soutenir sa faiblesse. Égayer ses langueurs et bercer sa vieillesse , Prévenir ses besoins , les lire dans ses yeux , Et retarder encor son dépail pour les cieux !
FUGITIVES. io5