A LA BIENFAISANCE
IJ i E 8 8 E , idole du vulgaire 9 Toi qui, reine de Tunivers , Toujours redoutable et légère.
Donnes des sceptres ou des fers»
Le peuple , ébloui des richesses.
Envie à ceux que tu caresses Des biens trop souvent dangereux.
A tous ces grands le cœur du sage Envie un plus noble avantage :
Us peuvent faire des heureux.
Bienfaisance , ô vertu sacrée!
IN^oble attribut des immortels , Pour toi rhomme aux beaux jours d^Aslrée Eleva les premiers autels* Dans ce soleil , dont Tinfluence De nos fruits mûrit la semence »
FUGITITES. 143
Cest toi que rhommé révérait:
Dans tous ces globes de lumière Qui suivent pour nous leur carrière , C'est toi seule qu'il adorait.
De ce dieu , dont la main puissante Soutient notre fragilité , La voix ineffable et touchante M'annonce la divinité.
S'il ne se montrait à la terre Qu au bruit af&eux de son tonnerre 9 Armé de ses flèches de feu, A ces traits je pourrais connaître L'arbitre du monde et mon maître :
Je chercherais encore un Dieu.
La nature prudente et sage^ Unit tous les hommes entr'eux ; Ta main confirmant son ouvrage > Resserre ces utiles noeuds :
C'est toi dont le charme nous lie A nos maîtres » à la patrie »
Aux auteurs même de nos jours;
C^est toi dont la vertu f écoade
Réunit run et Tautre monde
Par un commerce de secours.
. Des fortunes » à ta présence ,
Disparaît l'inégalité!
Par toi les biens de Topulence
Sont les biens de la pauvreté ;
Sans toi la puissance suprême f
Et la pompe et le diadème
Brillent dVn éclat odieux ;
Sans toi^ sur ce globe où nous sommes»
Les rois sont les tyrans des hommes :
Us sont par toi rivaux des dieux.
A ce monarque» ton image»
Qui nous diète tes sages lois »
Sur DOS respects et nos hommages Tu donnes d'invincibles droits} C*est toi » divine bienfaisance »
Qui règles la juste puissance Que le ciel remit dans ses mains | Il sait qu'ao poavoir légitime Est le privilège sublime D'être bienfaiteur des humains.
Que pour des âmes généreuses Un droit si noble est précieuse !
O vous ! familles malheureuses ^ Que la honte cache à nos yeux , Mortels 9 mes semblables, mes frères 5^ Dans quels asiles solitaires Allez-vous cacher vos douleurs?
Heureux qui finit vos alarmes f La gloire d*essuy er vo$ larmes Vaut tous les lauriers des vainqueurs.
Ah ! malgré vous mon cœur avide Va trouver votre affreux réduit ; J*y vole ; la pitié me guide ^ Son flambeau sacré me conduit* Je perce ces tristes ténèbres 9 Je découvre ces lieux funèbres. •• • O grands ! brillez dans vos |)alais »
Asservissez la terre entière :
Sûr le pauvre, dans sa chaumière^ Je vais régner par mes bienfaits.
Viens , je tWfre un bras secourable; Viens p malgré tes destins jaloui^ »
la
i4fi POÉSIES
liens f CEinuUe déplarable«**# Quoi! tu tombes à mes genoax !
Tes yeux ^ éteints par la tristesse , Versent des larmes de tendresse Sur la main qui finit tes maux :
Tu crois voir un dieu tutélaire y r^on^ je suis homme : à leur misère Je viens arracher mes égaux*
ITe crains pas que mon Ame altière^ S*armant d*un faste impérieux , Offense ta pauvreté fière , Et souUle mes dons à tes yeux* Malheur au bienfaiteur sauvage Qui veut forcer le libre hommage Des cœurs que ses dons ont soumis.
Dont les bienfaits sont des entraves f Qui veut acheter des esclaves »
Et non s'attacher des amis !
Oui I je hais la pitié farouche D'un grand superbe et dédaigneux ; Oui, le blasphème est dans sa bouche , Lorsque l'orgueil est dans ses yeux.
Enflé d^une yaine arrogance > Même en exerçant sa clémence Il aime à me faire trembler ; Et, lorsqu'il soutient ma faiblesse , Son orgueil veut que je connaijise Que son bras pouvoit m'accabler.
Ainsi nous voyons sur nos têtes Ces nuages noirs et brûlants.
Qui portent les feux , les tempêtes Et les orages dans leurs flancs; Tandis que sur nos champs arides Ils versent ces torrents rapides Qui vont au loin les arroser ^ Armés des éclairs , du tcmnerre.
Même en fertilisant la terre Us mehacenj; de Tembraser»
ÉPITRE