‹ ŒuvresChapitre 20 sur 41 · SUR L^ORIGINE DES LANGUES · texte numérisé non relu

SUR L^ORIGINE DES LANGUES

vient que le peuple trouve toujours ridicule qu on exprime en chant les passions fortes et sérieuses; car il sait que dans nos langues ce9 passions n ont point dlnflexions musicales, et que les hommes du nord , non plus que les cygnes , ne meurent pas en chantant.

La seule harmonie est même insuffisante pour les expressions qui semblent dépendre uniquement d'elle. Le tonnerre, le murmure des eaux^ les vents , les orages, sont mal rendus par de simples accords. Quoi quon fasse, le seul bruit ne dit rien à lesprit ; il £aiut que les objets parlent pour se faire entendre; il &ut toujours, dans toute imitation , qu une espèce de discours supplée à la voix de la nature. Le musicien qui veut rendre du bruit par du bruit se trompe ; il ne connoît ni le foible ni le fort de son art ; il en juge sans goût , sans lumières. Apprenez-lui qu'il doit rendre du bruit par du chant; que, s'il faisoit coasser des grenouilles , il faudroit qu il les fit chanter : car il ne suffit pas qu il imite , il £siut qu'il touche et qu'il plaise ; sans quoi sa maussade imitation n'est rien ; et ne donnant d'intérêt à personne , elle ne fait nulle impression.

Page 1