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CHAPITRE XV

Que nos pins vives sensations agissent souvent par des impressions morales.

1 ANT quon ne voudra considérer les sons que par lebranlement qu ils e:sicitent dans nos nerfs ^ on n'aura point de vrais principes de la musique et de son pouvoir snr les cœurs. I^es sons , dans la mélodie , n agissent pas seulement sur nous comme sons, mais comfme signes de nos affec* tions , de nos sentiments ; c est ainsi qu'ik excitent en nous les mourements quils expriment, et dont nous y reconnoiseons Fimage. Oô aperçoit quelque chose de cet effet moral jusque dans les animaux. Laboiement d'un chien en attire un autre. Si mon ehat m entend imiter un miaulement , à Imstant je le vois attentif, inquiet, agité. Saperçoit-il que c'est moi qui contrefais la voix de son semblable , il se rassied et reste en repos. Pounjuoi cette différence d'impression, puisqu'il n'y en a point dans l'ébranlement des fibres , et que lui-même y a d'abord été trompé?

Si le plus grand empire qu'ont sur nous nos sensations n'est pas dû à des causes morales y pourquoi donc sommes-nous si sensibles à des impressions qui sont nulles pour des barbares ? Pourquoi nos plus touchantes musiques ne sont-

SUR l'origine des langues. 223

elles qtfun vain bruit à l'oreille d'un Caraïbe? Ses nerfs sont-ils d'une autre nature que les nôtres? pourquoi ne sont-ils pas ébranlés de même ? ou pourquoi ces mêmes ébranlements affectentils tant les uns et si peu tes autres ?

On cite en preuve du pouvoir physique des sons la guérison des piqûres des tarentules. Cet exemple prouve tout Je contraire. Il ne faut ni des sons absolus ni les mêmes airs pour guérir tous ceux qui sont piqués de cet insecte ; il faut à chacun d'eux des airs d'une mélodie qui lui soit connue et des phrases qu'il comprenne. Il fout à l'Italien des airs italiens ; au Turc , il faudroit des airs turcs. Chacun n'est affecté que des accents qui lui sont familiers ; ses nerfs ne s'y prêtent qu'autant que son esprit les y dispose : il faut qu'il entende la langue qu'on lui parle , pour que ce qu'on lui dit puisse le mettre en roouvem^t. Les cantates de Bernier ont, diton , guéri de la fièvre un musicien françois ; elles î'auroient donnée à un musicien de toute autre nation.

Dans les autres sens , et jusqu'au plus grossier de tous , on peut observer les mêmes différences. Qu'un homme , ayant la main posée et l'œil fixé sur le même objet , le croie successivement animé et inanimé , quoique les sens soient frappés de même, quel changement dans l'impression ! La rondeur , la blancheur , la fermeté , la douce chaleur, la résistance élastique, le renflement successif, ne lui donnent plus qu'un toucher

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