CHAPITRE IL
Que la première ijavention de la parole ne vient pas des besoins , mais des passions.
Il est donc à croire que les besoips dictèrent les premiers gestes , et qve les passions arrachèrent les premières voix. En suivamjt ^vec ces distinctions la trace des faits , peut-être faudroit-il raisonner çur lorigine des langjues tout autrement qu'on a fait jusqu'ici. Le génie des langues orientales , les plus anciennes qui nous soient connues, clément absolument la ^larche didactique qu'on imagine dans leur composition. Ces langues n ont rien de mé,thodique et de raisonné ; elles sont vives et figurées. On nous fait du langage despremiers hommes des langues de géomètres , et nous voyons que ce furent des langues de poètes.
Cela dut être. On ne commença pas par raisonner, mais par sentir. On prétend que les • hommes inventèrent la parole pour exprimer leurs besoins ; cette opinion me paroit insoutenable. L'effet naturel des premiers besoins fut d'écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le falloit ainsi pour que l'espèce vînt à s'étendre , et que la terre se peuplât promptement ;