‹ ŒuvresChapitre 9 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

S'il est probable qu'Homère ait su écrire.

C^uoi qu on nous dise de Tinvention de Falphabet greCj je la crois beaucoup plus moderne qu'on ne la fait , et je fonde principalement cette

• (i) Le meilleur de ces moyens , et qui n^auroit pas ce défaut , seroit la ponctuation , si on l'eût laissée moins imparfaite. Pourquoi , par exemple , n'avons-nous pas de point vocatif? Le point interrogant , que nous avons , étoit beaucoup moins nécessaire ; car , par la seule construction , on voit si l'on interroge ou si l'on n'interroge f^9 , au moins dans notre langue. P^enez^vous et vous ve- 'tfa ne sont pas la même chose. Mais comment distinguer par écrit un homme qu'on nomme d'un . homme qu'on appelle? C'est là vraiment une équivoque qu'eût levée le point vocatif. La même équivoque se trouve dans l'ironie,

^ c(ùand l'accent ne la &it pas sentir.

opinion sur le caractère de la langue. Il m est venu bien souvent dans lesprib de douter, non seulement qu'Homère sût écrire , mais même qu on écrivit de son temps. J ai grand regret que ce doute soit si £3rmellement démenti par l'bisfoire de Belléropbon dans llliade; comme j ai le * malheur, aussi bien que le P. Hardouin, detre un peu obstiné dans mas paradoxes , si j etois moins ignorant , je serois bien tenté d'éteDcbre mes doutes sur cette histoire même , et de i'ao cuser d avoir été , sans beaucoup d examen , interpolée par les compilateurs d'Homère. Non seulement, dans le reste de Tlliade , on voit peu de traces de cet art , mais j ose avancerque toute rOdyssée n est qu un tissu de bêtises et d'inepties qu'une lettre ou deux eussent réduit en fumée, au lieu qu'on rend ce poëme raisonnable et même assez bien conduit , en supposant que ses héros aient ignoré l'écriture. Si l'Uiade eût été écdte, elle eût été beaucoup moins ehaoatée , les rapsodes eussent été moins recherchés et se seroient moins naultipliés. Aucun autre poëten'a été ainsi chanté, si ce n'est le Tasse à Venise; encore n'est-ce que par les gondoliers , qui ne sont pas grands lecteurs. La diversité des dialectes employés par Homère forme encore un préjuge très fort. Les dialectes distingués par la parote se rapprochent ^t se confondent par l'écriture , tout se rapporte insensiblement à un modèle commun. Plus une nation lit et s'instruit , plus ses dialectes s'effacent j etenfmilsjiexe;site|]|tjpl^

SUR l'origine des langues. 177

quen forme de jargon chez le peuple^ qui lit peu et qui nécrit point.

Or , ces deux poëmes étant postérieurs au sièfje de Troie , il n est guère apparent que les Grec» qui firent ce siège connussent lecriture , et que le poëte qui le chanta ne la connût pas. Ces poëmes restèrent long-temps écrits seulement dans la mémoire des hommes ; ils furent rassem* blés par écrit assez tard et avec beaucoup de peine. Ce fut quand la Grèce commença d abonder en livres et en poésie écrite, que tout le charme de celle d'Homère se fit sentir par comparaison. Les autres poètes écrivoient, Homère seul avoit chanté; et ces chants divins nont cessé d être écoutés avec ravissement , que quand TBurope s'est couverte de barbares qui se sont mêlés de juger ce qu'ils ne pouvoient sentir.

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