‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 114 sur 169 · DE LA Ï>R£MIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA Ï>R£MIÈRE ÉDITION

X/E tons lei oavrages qnc j'ai donii^ «a public , il B 7 en a point qni m'ait altiré plus d'a^^ilaadissemens ni pins de censeurs, que celui-ci» Quelque soin qne j'aie pris pour ti-availler cette tragédie y il semble qu'autant que je me suis efforce de la rendre bonne , autant de certaines gens se sont efforces de la décrier. D n'y a point de cabale qu'ils n'aient faite , point de critique dont ils ne 'se soient avisés. Il y en a qui ont pris même le parti de Néron contre moi : ils ont dit qne je le faisais trop crueL Pour moi {e croyais qne le nom seul de Néron faisait entendre ^elqne chose de plus que cruel. Mais peut-être qu'ils raffinent sur son histoire, et veuleut dire qu'il était bonnéte homme dans ses premières années. U ne faut qu'ayoir lu Tacite pour savoir qne , s'il a été ^elque tems un bon empereur , il a toujours été va très-méchant bomme. Il ne s'a^t point dans ma tragjédie des. afibôces du dehors ;;.. Néron est ici dans

iS4 PREMIERE PREFACE Bon particulier et dans sa famille : et ils me dispenseroDt de leur rapporter tous les passages qui pourraient aisément lenr proitver ^e je n'ai point de réparation k lui faire.

D'autres ont dit an contraire cpe je l'avais fait tr6p bon. J'avoue ^e je ne m'étais pas formé l'idée d'un bon homme en la personne de Néron : \e l'ai toujours regardé comme un monstre. Mais c'est ici un monstre naissant : il n'a pas encore mis le feu k Roue ; il n'a pas encore tué sa mkre, sa femme, ses gouvemenrs : k cela près, il me semble qa'tl lui échappe assea de cruautés pour empêcher que personne ne le méconnaisse.

Quelques-uns ont pris l'intérêt de Narcisse , et se •ont plains que j'en eusse fait un très -méchant homme et le confident de Néron. Il suffit d'un passage pour leur répondre. Néron, dit Tacite, porta impatiemment la mort de Narcisse ^HMMrceque cet aflranclû avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés : Cujus abditis adhuc vitib miré eongruelw, '^

Les autres se sont scandalisés que j'eusse choisi un homme aussi ^jeune que Britannicus pour le héros d'une tragédie. Je leur ai déclaré dans la préface d'Andromaque le sentiment d'Aristote sur le héros de la tragédie ; et que, bien loin d'être parfait, il faut toujours qu'il ait quelque im|>erfection% Mais je lenr

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dirai encore ici qu'un jeune prince de dix -sept ans, qui a beaucoup de cœur, beaucoup d'amour, beau* coup de Irancbise , et beaucoup de crédulité , qualités ordinaires d'un jeune bomme, m'a semblé très-capable d'exciter la compassion. Je n'en yeux pas da- ▼antage.

Mais, disent-Us, ce prince n'entrait que dans sa quintième année lorsqu'il mourut : ou le fait \ivre , lui et Narcisse , deux ans plus qu'ils n'ont vécu. Je n'aurais point parlé de cette objection , si elle n'avait été faite avec cbalenr par un bomme qui s'est donné la liberté de faire régner vingt ans un empereur qui n'en a régné que huit, quoique ce changement soit bien plus considérable dans la chronologie , où l'on suppute les tems par les années des empereurs.

Junie ne manque pas non plus de censeurs. Us disent que d'une vieille coquette , nommée Junia Silana , j'en ai fait une jeune fille très-sage. Qu'auraient-' ils a me répondre , si je leur disais que cette Junie est un personnage inventé, comme l'Emilie de Cmif A , comme la Sabine d'HoRACE ? Mais j'ai a leur dire qoe s'Us avaient bien lu l'histoire , iU y auraient trouvé une Jnnia Calvina, de la famille d'Augjiste , sœur de Sîlanns a qui Clandius avait promis Octavie. Cette Junie était jeune , belle , et comme dit Sénèque , fes- Uvistima. omiuum puelUtrum, Elle aimait tendrement son frère; et leurs ennemis, dit Tacite, les accusèrent

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tous dienx d'iaceste , quoiqu'ils ne fassent cOt^aBlles que d'un peu tl'indiscrction. Si je la présente pins retenue qu'elle n'était , je n'ai pas oui dire qu'à nous fût défendu- de rectifier les mœurs d'nn personnage y. sur-tout lorsqu'il n'est pas connu.

L'on trouve étrange qu'elle paraisse sur le tli^^tP» après k mort de Hritannîcus. Certainement fa délicatesse est grande de ne pas Toulolr qu'elle dise eo quatre vers asses touchans qu'elle passe cIms Octavie. Mais, disent-9s, cela ne valait pas la peine de la faire revenir ; un autre l'aurait pu raconter pour elle. Ils ne savent pas qu'une, des règles du tlicâtre esC de ne mettre en récit que les choses qui ne se penveist passer en action ; et que tous les andens font venir souvent sur la scëne des acteurs qui u'ont autre cKose a dire , sinon qu'Us viennent d'un endroit , et qu'iU s'en re* tournent en un antre.

Tout cela est inutile, £sent mes censeurs. Lat pièce est finie au récit de la mort de Britaniiicus , et l'on ne devrait point écouter le reste. On l'écoute pourtant , et même avec autant d'attention «ju'ancime fin de tragédie. Pour moi , j'ai toujours compris ^e la tragédie ^ant l'imitation d'une action complète , où plusieurs personnes concourent , cette action n'est point finie que l'on ne saclie en quelle situation eQe laisse ces mêmes personnes. C'est ainsi que Sophocle CD use presque por^tout : c'est ainsi que dans I'Ah-

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TTGOITE îî emploie autant de vers à représenter la luretur dlléiiion et la punition de Créon , après la mort de cette princesse, <pie j'en ai employé aux imprécations d'Agri{^iae , h la retraite de Junie , a la punition de Narcisse , et au désespoir de Néron , aprës la mort de Britannicus.

Que faudrait- il faire pour contenter des juges si difficiles ? la chose serait aisée, pour peu qu'on voulût trabir le bon sens. Il ne faudrait que s'écarter du naturel, poui' se jeter dans l'extraordinaire. Au lieu d'une action simple , chargée de peu de matière , telle que doit être une action qui se passe en un seul jour , et qui s'avançant par dégrés vers Sa ûu n'est soutenue que par les intérêts , les sentimens et les passions des personnages, il faudrait remplir cette même action de quantité d'incidens qui ne se pourraient passer qu'en un mois , d'un grand nombre de jeux de théâtre d'autant plus surprenans qu'ils seraient moins vraisemblables , d'une infinité de déclamations où l'on ferait dire aux acteurs tout le contraire de ce qu'ils devraient dire. Il faudrait, par exemple, représenter quelque héros ivre , qui se voudrait faire haïr de sa maîtresse de gaieté de cœur, un Lacédémonien grand parleur (i) , nu conquérant qui ne débiterait que des

(0 Lytander, daas l'Agésilas de CornetUe, et Ag««iUs lui-même.

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