‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 131 sur 169 · ACTE II, SCENE IL %if · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL %if

TITUS

Et je l'ai vue aussi cette cour peu sincère ,

A ses maîtres tonjoars trop soigneuse de plaxre|

Des crimes de Néron appronver les horreurs ;

Je Vai yue \t genoux consacrer ses fureurs.

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre ,

Paulin : je me propose uo plus ample théâtre;

Et, sans prêter roretUe à la voix des flatteurs,

Je veux par votre bouche entendre tous les cœurs ;

Vous me l'avez promis. Le respect et la crainte

Ferment autour de moi le passage a la plainte :

Pour mieux voir , cher Paulin , et pour entendre mieux.

Je vous ai demandé des oreilles , des yeux ;

J'ai mis même à ce prix mon amitié secrète :

J'ai voulu que des cœurs vous fussies l'interprète;

Qu'an travers des flatteurs votre sincérité

Fît toujours jusqu'à moi passer la vérité.

Parles donc. Que faut-il que Bérénice espère ?

Rome lui sera-t-elle indulgente ou sévère ?

Dois-je croire cp'assise au trône des Césars

Une si belle reine offensât ses regards ?

PAULIN

N'en dontez point, seigneur : soit raison, soit caprice^ Rome ne l'attend point pour son impératrice.

On sait qu'elle est charmante , et de si belles mains Semblent vous demander l'empire des humains ; Elle a marne , dit-on , le cœur d'une Romaine ,

•ig BÉRÉNICE.

Elle ft mille vertus : mais, seigneur ^ elle est reine. Rome, par une loi «pli ne se peut changer , N'admet avec son sang aucon sang étranger , Et ne reconnaît point les £niits illégitimes Qui naissent d'un hymen contraire à ses maximes. D'ailleurs, vous le saves, en bannissant ses rois, Rome k ce nom , si nable et si saint autrefois , Attacha pour jamais une hatne puissante ; Et qnoiqu'à ses CéBara fidèle, obéissante. Cette haSne, seigiieur, reste de sa fierté.

Survit dans tons les cœurs après la liberté.

Jules, qui le premier la soumit k nés armes , Qui fît taire les lois dans le bruit des alarmes, Brûla pour Cléopâtre ; et, sans se déclarer, Seule dans TOrient la laissa soupirer.

Antoine , cpii Taima )us({u'k ridcJâtrie , Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie , Sans oser toutefois se nommer son époux :

Rome Talla chercher jusques a ses genoux ; Et ne désaicma point sa fureur vengeresse Qu'elle n'eût accablé l'amant et la maîtresse. Depuis ce tems, seigneur , Caligpla , Néron , Monstres dont k regret je cite ici le nom , Et qui , ue conservant que la filgure d'homme, Foulèrent a leurs pieds toutes les lois de Rome, Ont craint cette loi seule , et n'ont point k nos jeux Allumé le flambeau d'un hymen odieux.

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