‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 137 sur 169 · PHÉNICE · texte numérisé non relu

PHÉNICE

Gomme tous je me perds d'autant plus que j'y pense. Mais ne s'offre-t-il rien k votre souvenir Qui contre vous, madame , ait pu le prévenir ? Voyex, examines.

BÉRÉir ICE.

Hélas ! tu peux m'en croire ; Plus je veux du passé rappeler la mémoire, Du jour que je le vis , jusqu'à ce triste jour , Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour. Mais tu nous entendais. Il ne faut rien me taire j Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire ? Que sais-je ? j'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses prcsens, ou blâmé sa douleur.

N'est>ce point que de Rome il redoute la haîne ; Il craint peut-être, il craint d'épouser une reine.

aSo BÉRÉNICE..

Hélas ! s'il était vrai.. .. Mais non , il a cent fois

Kassuré mon amour contre leurs dures lois ;

Cent fois... Ah ! qu'il m'explique un silence si rude :

Je ne respire pas dans cette incertitude.

Moi , je viTrais, Phénice, et je pourrais penser

Qu'il me néglige , ou bien que j'ai pu l'offenser ?

Retournons sur ses pas. Mais , quand je m'examine,

Je crois de ce désordre entrevoir l'origine.

Phénice , il anra su tout ce qui s'est passé :

L'amour d'Antioçhusl'a peutrétre offensé.

Il attend , m'a-t-on dit, le roi de Comagène.

Pfe cherchons point ailleurs le sujet de ma peine.

Sans-doute, ce chagrin qui vient de m'alarmer

N'est qu'un léger soupçon facile a désarmer.

Je ne te yante point cette faihle victoire ,

Titus : ah ! plût au ciel que , sans blesser ta gloire.

Un rival plus puissi^t voulût tenter ma foi,

Et pût mettre à mes pieds plus d'empires que loi ;

Que de sceptres sans nombre il pût payer ma flamme ;

Que ton amour n'eût rien à donner que ton fime !

C'est alors,' cher Titus, qu'aimé , victorieux,

Tu verrais de quel prix ton cœur est à mes yeux.

Allons, Phénice ; un mot pourra le satisfaire.

Rassurons-nous , mon cœur , je puis encor lui plaire ;

Je me comptais trop tdt au rang des malheureux :

Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.

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