‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 56 sur 169 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Mais puisque , sans Youloir qne je le justifie , Tous me rendez garant du reste de sa vie , Je répondrai, madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal farder la yérité.

Vous m'aves de César confié la jeunesse ; Je l'avoue, et je dois m'en souvenir sans-cesse. Mais vous avaîsrje fait sermeni de le trahir , D'en faire un empereur qui ne sût qu'obéir ?

Non. Ce n'est plus a vous qu'il faut que j'en réponde ; Ce n'est plus votre fils , c'est le maître du monde. J'en dois compte , madame , k l'empire romain ^ Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main. Ah ! si dans l'ignorance il le fallait instruire , N'avait-on que Sénëque et moi pour le séduire ? Pourquoi de sa conduite éloigner les flatteurs ? FalIait-il dans l'exil chercher des corrupteurs ? La cour de Clandius , en esclaves fertile , Pour deux que l'on cherchait en eût présenté mille y Qui tous auraient brigué l 'honneur de l'avilir : Dans une longue enfance ils l'auraient fait vieillir. De quoi vous plaignes-vous, madame ? On vous révère : Ainsi que par César , on jure par sa mère.

L'empereur , il est vrai , ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l'empire , et grossir votre cour : Mais le doit-il, madame ? et sa reconnaissance Ne peut-elle éclater que dans sa dépendance ? Tott joins humble , toujours le timide Néron N 'ose-t-il être Auguste et César que de nom ?

loo BRitANNICUS.

Vous le dirai-je enfin ? Rome Te jnstifîe* Rome , a trois affrancKis si long-tems asservie , A peine respirant du joug qu'elle a porté , Du règne de Néron compte sa liberté.

Que dis-je ? la vertu semble même renaître.

Tout Tempire n*est plus la dépouille d'un maître : Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats r César nomme les cbefs sur la foi des soldats ;: Tbraséas au sénat , Corbulon dans l'armée, Sont encore innocens , malgré leur renommée r Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs, Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue k ndus croire, Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire r Pourvu que dans le cours d'un règne florissant' Rome soit toujours libre, et César tt>nt-puissant ^' Mais , madame, Néron suffit pour se conduire. J'obéis, sans prétendre à Thonnenr de l'instruire. Sur ses aïeux, sans- doute, il n'a qu'k se régler ; Pour bien faire, Néron n'a qu'k se ressembler. Heureux si ses vertus l'une k l'autre enchaînée» Ramènent tons les ans ses premières anaéesi'

AORIPPIlfE.^ Ainsi, snr ravenûrn'osaut vous assurer, Tous croyes que sans vous Néron va s'égarer.. Mais vous, qui jusqu'ici content de votre ouvrage Ven£x de ses vertus nous rendre témoignage^

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