‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 64 sur 169 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

NÉROIf.

Eicité d'un désir curieux , Cette nuit je l'ai rue arriver en ces lieux, Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes , Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes ; BeQe sans ornement, dans le simple appareil D'une beauté qu'on vienvd'ariacber au sommeil. Que veux-tu ! Je ne sais si cette, négligence , Les ombres, les flambeaux, les cris, et le silence, Et le faroucbe aspect de ses fiers ravisseurs, Relevaient de ses yeux les timides douceurs : Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue.

J'ai voulu lui parler , et ma voix s'est perdue : Immobile, saisi d'un long étonnement.

Je l'ai laissé passer dans son appartement.

J'ai passé dans le mien. C'est la que , solitaire, De son image en-vain j'ai voulu me distraire. Trop présente a mes jeux \% croyais lui parler : J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler. Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce : J'employais les soupirs , et même la menace.

Voilà comme , occupé de mon nouvel amour , /

Mes yeux sans se fermer ont attendu le jour.

Mais je m'en fais peut-être une trop belle image ; Elle m'est apparue avec trop d'avantage :

Narcisse , qu'en dis-tu ?

iio BRITANNICUS.

HARCISSE.

Quoi, seigneur ! croira-t-on Qu elle ait pu si long-tems se cacher a Néron *

N NÉRON

Tu le sais bieu, Narcisse. Et soit que sa colère M'imputâf le malheiu- qui lui ravit son frère , Soit que son cœur , jaloux d'une austère fierté, Enviât a nos yeux sa naissante beauté ; Fidèle a sa douleur, et dans l'ombre enfermée, Elle se dérobait même a sa renommée.

Et c'est cette vertu, si nouvelle a la cour, Dont la persévérance irrite mon amour.

Quoi , Narcisse ! tandis qu'il n'est point de Komaioc Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine, Qui, dès qu'a ses regards elle ose se fier, Sur le cœur dcGésar ne les vienne essayer, Seule , dans son palais, la modeste Junie Regarde leurs honneurs comme une ignominie, Fuit, et ne daigne pas peut-être s'informer Si César est aimable, ou bien s'il sait aimer 1 Dis-moi , Britanucùs l'aime-t-il ?

Quoi! s'il l'aime, Seigueur }

NÉRON

Si jeune encor se connait-il liû-même f

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