‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 65 sur 169 · ACTE II, SCENE IL , i.ii D'un regard eDchauteur connait-U le poison l · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL , i.ii D'un regard eDchauteur connait-U le poison l

NARCISSE

Seigneur, l'amonr toujours n'attend pas la raison. N'en doutes point, il l'aime. Instruits par tant de charmes Ses yeux sont déjà faits à l'usage des larmes ; A ses moindres-désirs il sait s'accommoder ; Et peut-être déj*a sait-il persuader.

N É R o Jf .

Que dis-tu ? Sur son cœur il aurait quelque empire ?

\ NARCISSE

Je* ne sais. Mais, seigneur, ce que je puis vous dire, Je l'ai vu quelquefois s'arracher de ces lient , Le coeur plein d'un courroux qu'il cachait a vos yeu^, D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude , Las de votre grandeur et de sa servitude , ^

Entre l'impatience et la crainte ilottant -, I! allait voir Junie , et revenait conteùt.

NÉRON

D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire ,. Narcisse , il doit plutôt souhaiter sa colère : Néron impunément ne sera pas jaloux.

N AB CISSE.

Vous ? Et de quoi, seigneur, vous inquiétex^vous ? Juuie a pu le plaindre et partager ses peines ; EUe n'a vu couler de larmes que les siennes i

lia BRITANNICUS.

Mais aujourd'hui , seigneur , que ses yeux dessillés , Regardant de plus près l'éclat dont vous briHec , Verront autour de vous les rois sans diadème , Inconnus dans la fouie, et son amant Ini-mèooe , Attachés sur vos yeux , s'honorer d'un regard Que vous auret sur eux fait tomber an hasard ; Quand elle vous verra , de ce degr^ de gloire y Tenir en soupirant avouer sa victoire ; Maître, n'en doutée point, d'un cœur déjà charmé, Commandes qu'on vous aime , et vous serex aimé.

NÉRON

A combien de chagrins il faut que je m'apprête ! Que d'importunités !

NARCISSE

Quoi donc ! qui vous arrête , Seigneur ?

NÉRON

Tout : Octavie , Agrippine , Burrhus , Sénëque, Rome entière, et trois ans de vertus. Non que pour Octavie un reste de tendresse M'attache a son hymen et plaigne sa jeunesse : Mes yeux , depuis long-tems fatigués de ses soins , Rarement de ses pleurs daignent être témoins. Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force 1

Page 1