‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 169 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Qu'Octavie à vos yenx ne fasse point d'ombrage ; Rome, aussi-bien que moi, vous donne son suffrage, Répadie Octavie , et me fait dénouer Un hymen que le ciel ne veut point avouer.

Songex-y donc , madame , et pesés en vous-même Ce choix digne des soins d'un prince qui tous aime, Digne de vos beaux yeux trop long-tems captivés, Digne de l'univers, à qui vous vous devez.

JU N lE.

Seigneur, avec raison je demeure étonnée.

Je me vois , dans le cours d'une même journée , Comme une criminelle amenée en ces lieux ; Et lorsqu'avec frayeur je parais à vos yeux , «

Que sur mon innocence a peine je me fie , Vouâ m'offrez tout d'un coup la place d'Octavie. J'ose dire pourtant que je n'ai mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

V Et pouves-vons, seigneur, souhaiter qu'une filie Qui vit presque en naissant éteindre sa famille , Qui , dans l'obscurité nourrissant sa douleur , S'c^t fait une vertu conforme k son malheur , Passe subitement de cette nuit profonde Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde, Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté , Et dont une autre enfin remphtla majesté ?

ir^R ON.

Je TOUS ai déjà dit que je la répudie :

lao BRITANIVICUS.

Ayez moins de frayear, ou moins de modestie.

N'accusez point ici mon choix d'aveuglement : Je vous réponds de vous ; consentez seulement. Du sang dont tous sortez rappelez la mémoire ; Et ne préférez point k la solide gloire Des honneurs dont César prétend vous revêtir La gloire d'un refus sujet au repentir.

juiriE.

Le ciel connaît, seigneur, le fond de ma pensée. Je ne me flatte point d'une gloire insensée : Je sais de vos présens mesurer la grandeur ; Mais plus ce rang sur moi répandrait de splendeur , Plus il me ferait honte, et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière.

irÉRoir.

C'est de ses intérêts prendre beaucoup de soin , Madame ; et l'amidé nç peut aller plus loin.

Mais ne nous flattons point, et laissons le mystère. La sœur vous touche ici beaucoup moins ^e le frère ; £t pour Britannicus....

juiriE.

n a su me toucher , Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité sans-doute est peu discrète ; Mais toujours de mon cœur ma bouche est l'interprète : Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Seigneur, <ju'en l'art de feindre U fallût m'exerça:.

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