ACTE II, SCENE III. isi
J'aime Britannicus. Je lui fos destinée Quand l'empire devait suivre son hyménëe :
Mais ces mêmes malheurs (jui l'en ont écarté , Ses honneurs abolis , son palais déserté, La fuite d'une corn- que sa chute a bannie , Sont autant de liens qui retiennent Junie.
Tout ce que vous voyes conspire à vos désirs ; Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous l'inépuisable source : Ou, si quelque chagrin en interrompt la course , Tout l'univers, soigneux de les entretenir, S'empresse à l'eifacer de votre souvenii;.
Britannicus est seul : quelcpie ennui qui le presse Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse , Et n'a pour tous plaisirs , seigneur , que quelques pleurs Qui loi font quelquefois oublier ses malheurs.
HÈKOV.
Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie , Que tout autre que lui me paierait de sa vie. Mais je garde a ce prince uu traitement plus doux : Madame, il va bientôt paraître devant vous.
JUNIE
Ah seigneur ! vos vertus m'ont toujours rassurée.
NÉRON
Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée ; Alab, madame , je veux prévenir le danger Où son ressentiment le pourrait engager.
las BRITANNICUS.
Je ne veux point le perdre ; il vaut mieux que liii-m$mi Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.
Si ses jours vous sont chers, éloignes-le de vottf Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux. De son bannissement prenez sur vous Toffense ; Et , soit par vos discours, soit par votre silence, Du moins par vos froideurs, faites-lui concevoir Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.