‹ ŒuvresChapitre 1 sur 160 · DE RACINE · texte numérisé non relu

DE RACINE

itXTi Racine naquit à la Ferté-Milon le ai âéconLre i639 : il apprit le latin au collège cle Beau- ^ , et le grec sous Claude Lancelot , sacristain de Ptft-Royal. Ce savant homme , auteur de plusieurs omrrages utiles , le mît , dit-on , en moins d'un an , a état d'entendre Euripide et Sophocle. L'expérience prouve qu'il n'y a aucune langue , ni même aucune ideoce , dans laquelle , avec de l'application , de Tiptitude , et , ce qui est plus rare encore , de bons ■aitres , on ne puisse faire des progrès asses rapides : ■ais la langne grecque est si étendue , si abondante ; tes formes sont si variées , si hardies ; et la plupart ^ mots qui la composent ont des nuances si déliâtes, si fugitives, et cependant si distinctes pour ^ sait les saisir , qu'on persuadera difficilement k ctBz qm ont fait une étude approfondie de cette Ingue , que neuf on dix mois , un an même , si l'on Tent, aient suffi k Racine pour bien entendre Eurifiâe y et sur tout Sophocle , dont les chœurs ne sont pis sans obscurités, même pour les meilleurs critiques. 1. 1

% NOTICE SUR LA ViE

Racine montra dès ses premiëres années on goâft très-vif pour la poésie. Son plus grand plaisir était d'aller s'enfoncer dans les bois , dont le vaste silence est si favorable a la méditation, et semble mâme y inviter. C'est là que, solitaire, il lisait sans-cesse les tifagiques grecs, qu'U savait presque par coeur, et dont il a osé , le premier transporter dans sa langue les tours , les expressions et les images.

Ayant trouvé le roman grec des amours de Tbéagène et de Chariclée , il le lisait avidement, lors^e Cbude Lancelot , son maître , animé de ce sèle indiscret et peu réfléchi qui fait passer le but lorsqu'il ne faudrait que Tatteindi-e , lui arracba ce livre et le jeta au feu. Un second exemplaire ayant eu le même sort, le jeune homme en acheta un troisième ; et après l'avoir appris piu- cœur , il le porta à Lancelot y en lui disant : u Vous pouves brûler encore celui-ci comme les autres* »

Ses premiers essais de poésie la^ne et française ne furent pas heureux ; mais il est si difl&cile d*écrire , même médiocrement, dans une langue morte, ipi'on pardonne sans peine a Rac^e d'avoir fait de mauvais vers latins. Horace et Virgile peuvent nous conso. 1er du peu de succès des modernes dans ce genre d'écrire , et devraient même les dispenser de s'y exercer. Un homme de génie se plaît un moment a consacrer dans un beau vers latin la mémoire de deux

ET LES OTTVRACE8 DE ftÀCINE. 5

frénement ffû font époqoe , run dans l'histoire des •dences y fkntre dans cefle des empires^ mais il n'en- % e pieu«LA pas^ de faire une ode , tme ëpître , un fsême , dans une langue (juron lie parle plus : il aura ihr-toot le b<m esprit de^i^éférer le mérite si néce^ Mire et à. rare décrire dans sa langue avec pureté , êêpace et précision , au Vain ptàiiir de faire de Wihai e * et d'innpides eentons dans une laugue que les misaus y je âbnis presse les porte-fàix de Rorae , *lindsii!nr , écfiTaièlA , et ^>ar1aient mieux que nous. A peine Racine eut-il acheiré sa pbflosophte, qitll le ft oonnaitre asset avanlageusemeut par sou ode iMitaiée, LA Ntsi^HÏ t>e Là Ssiifi:. Cette pièce, f«'ilpal>IU en 1660 â l'occasion du mariage du roi , fut figée la meiBeure de toutes telles qui parurent sur lie même sujet. Cba^lain , alorf arbxb-e souverain db y ai ' uasae y et que le feune Racine avait consulté sur «m ede y parla ai favorablement k Gbibert et de l'ode 4t dn poète , que ce nmintre lui envoya cent loulis de la part dn roi , et le mil peu de tems après suk* fllaft ponr une pension de 60a livres. Si les vers âe Cbapelfltki ne font pas beaucoup d'honneur ^ sofv e^t y ce procédé en fait beancotq» a son discernement et k son caraelère; et le philosophe célèbre qui » sootena , par des. raisons aussi solides qu'éloquentes^ fa'nne beOe pa|^ était plus difficile a &ire qu'iule Me action , pouvait citer cette exemple comme ua^^ i preu!V« de la vente de son opinion..

Ct; premier succès , dans on âge oà il n'y en a point d'indifférent , ne fit qu'accroître la passion de Racine pour la poésie, et le détermina a s'y livrer entièrement. L'étude épineuse de la jurisprudence, celle de la théologie , ces deux sciences dans les» quelles il 'est si difficile, même avec de grands ta' lens , de fixer sur soi les regards du public , et de se faire une réputation durable , contrariaient trop son goût dominant , pour qu'il pût se résoudre à suivre l'une ou l'antre carrière , comme ses amis et ses parens le desiraient. Cependant , par déférence pour un oncle qui voulait lui résigner son bénéfice , Racine s'appliqua à la tbédlogie , mais sans négliger ses occupations cbéries : « Je passe mon tems , écrivait-il à la Fontaine , avec mon oncle , saint Thomas , Virgile , etl'Arioste ». Il faisait des extraits des poètes grecs, lisait Plntarque et Platon , étudiait sur-tout sa langue , qu'U a pa^lé depuis si purement , et a laquelle il a sa donner , par un choix , une propriété d'expresstooa qui étonne y et par des associations de mots aussi heureuses que neuves et hardies , une richesse , une énergie, un mouvement. qu'elle n'avait point eus)u*qu'al<Mv.

De retour à Paris en 1664, il y fit connaissance avec Molière , ce poète si philosophe qui a eu tant de successeurs et pas im rival, et que Boileau regardait comme le génie le plus rare du siècle de Louis XIV.

Page 1