‹ ŒuvresChapitre 106 sur 160 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

Fui, pnisqoe je retrouve un ami si fidèle, I fortune va pren<lre une face nouvelle ; 1 3éfa son courroux semble s'étre'adouci . l^epnis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici* "ifnï l'eût dit, qu'un rivage k mes vœux si funeste Il Présenterait d'abord Pylade aux yeux d'Oreste ; Qu'après plus de six mois que je t'avais perdu , A la cour de Pyrrbus tu me serais rendu ?

J'en rends grâces au ciel , qui, m'arrétant sans-cesse , Semblait m'avoir fermé le chemin de la Grèce ,

lie ANDROMAQUE.

Depuis le jour fatal que la fureur des eaux ,

Presque aux yeux de rÈpire, écarta nos vaisseaux.

Combien dans cet exil ai-je souffert d'alarmes ,

Combien a vos malbeurs ai- je donné de larmes ,

Crai|;nant toujours pour vous quelque nouveau danger

Que ma triste amitié ne pouvait partager !

Sur-tout je rédoutais cette mélancolie

Où j'ai vu si long-1»ms votre âme ensevelie r

Je craignais que le ciel , par un cruel secours ,

Ne vous offrît la mort que vous cbercbies toujours^

Mais je vous vois, seigneur, et, si j'ose le dire ,

Un destin plus heureux vous conduit en Épire :

Le pompeux appareil qui suit ici vos pas

N'est point d'un malheureux qui cherche le trépas.

O RESTE

Hélas ! qui peut savoir le destin qui m'amène ? L'amour me fait ici chercher une inhumaine :

Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort , Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ?

PTLÀDE.

Quoi ! votre âme a l'amour en esclave asservie Se repose sur lui du soin de votre vie ?

Par quel charme , oubliant tant de tourmens soufferts , Pouves-vous consentir a rentrer dans ses fers ? Tensec-vous qu'Hermione , a Sparte inexorable , Vous prépare en Epire un sort plus favorable ? Honteux d'avoir poussé tant de vœux superilus ,

ACTir I, SCENE I, i«7

Tous ràblioiriez : enfin , vous ne m'en parliez plus. Tous m« trompies y seigneur.

O-R ESTE

Je me trompais moi-même I Amr, n'aceabre point un raïAieureux qui t'aime : T'ai-je jamais^aché mon cœur et mes désirs ?

Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs : Enfin , «juMid Ménélas disposa de sa fille En faveur de Pyrrhus vengeur de sa famille , Tu vis mon désespoir ; et tu m'as vu depuis Traîner de mers eu mers ma cHaîne et mes ennuis.. Je te vis à regret, en cet état funeste, Prêt à suivre par-tout le déplorable Oreste y Toujours de ma fureur interrompre le cours , Et de moi-même enfin me sauver tous les jours. Mais cpiand je me souvins que , parmi tant d'alarme», Uermione à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes , Tu sais de que) courroux mon cœur alors épris Voulut en l'ouhliaut punir tous ses mépris»

Je fis croire et je crus ma victoire certaine ; Je pris tous mes transports pour des transports de haiiic : Détestant ses rigueurs , rabaissant ses attraits y Je défiais ses yeux de me troubler jamais» Voilà comme je crus étouffer ma tendresse..

En ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce ; Et je trouvai d'abord ses princes rassemblés , Qu'on péril assex grand semblait avoir troublés.

i88 ANDROMAQUE.

J'y conms. Je pensai qjÇLC la guerre et la gloire

De soins plus importans rempliraient ma mémoire :

Que , mes sens reprenant leur première vigueur ,

L'amour achèverait de sortir de mon cœur.

4tfais admire avec moi le sort, dont la poursuite

Me fait courir alors au piège que j'évite.

J'entends de tous côtés qu'on menace Pyrrhus :

Toute la Grèce éclate en murmures confus :

On se plaint qu'oubliant son rang bt sa proÉiesse

Il élève en sa cour l'ennemi* de la Grèce ,

Astyanax , d'Hector jeune et malheureux fils ,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

J'apprends que pour ravir son enfance an supplice

Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse ,

Tandis qu'un antre enfant arraché de ses Bras

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

On dit que , peu sensible aux charmes dllennione y

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne.

Ménélas , sans le croire , en parait affligé ,

Et se plaint d'un hymen si long-tems né^igé.

Parmi les déplaisirs où son âme se noie ,

II s'élève en la mienne une secrète joie :

Je triomphe ; et pourtant je me flatte d'abord

Que la seule vengeance excite ce transport.

Mais l'ingrate en mon cœur reprit bientôt sa {dace :

De mes feux mal éteints je reconnus la trace :

Je sentis que ma haine allait finir son cours ;

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