ACTE II, SCENE III
Qu'iiD long éloignement n'a que trop effacée ?
A peine en sa mémoire ai-je encor quelque rang:
11 n'aime , il ne se platt qu'a répandre du sang.
Ne cherches plus en lui ce prince magnanime ,
Ce prince qui montrait tant d'horreur pour le crime y
Dont rime généreuse avait tant de douceur ,
Qui respectait sa mëre et chérissait sa soeur :
La nature pour hii n'est plus qu'une chimère ;
U méc<Mmait sa sœur , et méprise sa mère ;
Et l'ingrat , en Tét^t où son orgueil l'a mis ,
Noos croit des étrangers , ou bien des ennemis.
POLTiriGE.
N*icBpates point ce crime k mon âme affligée.
Dites phitôt , ma soeur , que tous êtes changée ^
Dites que de mon rang l'injuste usurpateur
M'a su ravir encor l'amitié de ma sœur.
Je TOUS connais toujours , et suis toujours le même.
An TliiOIf E.
Est-ce m'aimer , cruel , autant que je tous aime , Que d*/ître inexorable a mes tristes soupirs , & m'expoaer encore a tant de déplaisirs ?
POLTNICE.
Mais ▼oos-méme , ma sœur , est-ce aimer votre frère Que de lui faire ainsi cette injuste prière , £1 me vouloir raTir le sceptre de la main ?
Dieux ! qii'est-ce qu'Étéocle a de plus inhumaiD ? C'est trop favoriser un tyran qui m'outrage.
Alf TIGONE.
Non , non , vos intérêts me touchent davantage :
Ne croyez pas mes pleurs perfides a ce point ;
Avec vos ennemis ils ne conspirent point.
Cette paix que je veux me serait un supplice
S'il en devait coûter le sceptre k Polynice ;
Et l'unique faveur , mon frère , où je prétends ,
C'est qu'il me soit permis de vouç voir plus long-tems.
Seulement quelques jours souffrez que l'on voua voie ,
Et donnez-nous le teras de chercher quelque voie
Qui puisse vous remettre au rang de vos aïeux ,
Sans que vous répandiez un sang si précieux.
Pouvez-vous refuser cette grâce légère
Aux larmes d'une sœur , aux soupirs d'une mère }
JO CASTE
Mais quelle crainte encor vous peut inquiéter ? Pourquoi si promptement voulez-vous nous quitter ? Quoi ! ce jour tout entier n'estril pas de la trêve ? Dès qu'elle a commencé faut-il qu'elle s'achève ? Vous voyez qu'Étéocle a mis les armes bas :
Il veut que je vous voie ; et vous ne voulez pas.
AlfTIGONE.
Oui , mon frère , il n'est pas comme vous inflexible ;