ACTE V, SCENE III
Le roi , qui semblç mort, observe tous ses pas ; Il le voit , U l'attend, et son âme irritée Pour quelque grand dessein semble s'Ôtre arréicc. L'ardeur de se venger flatte encor ses désirs , Et retarde le cours de se» derniers soupirs.
Prêt a rendre la vie , il en cache le reste , Et sa mort an vainqueur est un piège funeste : Et dans l'instant fatal que ce frère inhumain Lui veut oter le fer qu'il tenait a la main , Il lui perce le cœur ; et son âme ravie , En achevant ce coup , abandonne la vie.
Polynice frappé pousse tin cri dans les airs , Et son âme en courroux s'enfuit dans les enfers. Tout mort qu'il est , madame , il garde sa colère ; Et l'on dirait qu'encore il menace son frère : Son visage , où la mort a répandu ses traits , 1>emeure plus terrible et plus fier que jamais.
▲ NTIGO NE.
Fatale ambition , aveuglement funeste !
D'un oracle cruel suite trop manifeste !
De tout le sang royal il ne reste que nous ; Et plût aux dieux, Créon , qu'il ne restât que vous , Et que mon désespoir , prévenant leur colère , Eût suivi de plus près le trépas de ma mère l O R É O N.
Il est vrai que des dieux le conrroux embrasé Pour nous faire périr semble s'être épu isé ;
9a LES FRERES EJVNEMIS.
Car enfin sa rigueur j vous le voyez , inadanie , Ne m'accable pas moins qu'elle aiHige votre âme. En m'arrachant mes fils...
AU TIGO NE.
Ah ! vous régnes , Grcou , Et le trône aisément vous console d'Hémon. Mais laissez-moi , de grâce , un peu de solitude, Et ne contraignez point ma triste inquiétude : Aussi-bien mes chagrins passeraient jusqu'à vous. Vous trouverez ailleurs des entretiens plus doux: Le trône vous attend, le peuple vous appelle ; Coûtez tout le plaisir d'une grandeur nouvelle. Adieu. Nous ne faisons tous deux que nous gêner; Je veux pleurer, Créon ; et vous voulez régner.
C R E O If , arrêtant ^ntigone.
Ah madame ! régnez , et montez sur le tiônc : Ce haut raug n'appartient qu'à l'illustre Antigone.
ANTIGOWE.
H me tarde déjà que vous ne l'occupief .
La qouronne est à vuus.
CRÉON
Je la mets à vos pieds.
ANTIGONE
Je la refuserais de la main des dieux même ; Et vous osez, Créon, m'offrir le diadème !
CRÉON
Je sais que ce haut rang n'a rieu de glorieux