ACTE V, SCENE I
Mon Âme , loin de vous , languira solitaire.
Hélas ! s'il condamnait mes soupirs à se taire , Que deviendrait alors ce cœur infortuné ?
On sera le vainqueur a qui je l'ai donné ?
ALEXASTDRE.
Àh. ! c'en est trop, madame ; et si ce cœur se donne ,
Je saturai le gardei* , quoique Taiile ordonne ,
Bien mienx que tant d'états qu'on m'a vu conquérir,
Et que )e n'ai gardé que pour vous les offrir.
Encore une viclwre , et je reviens , madame ,
Borner toi^ ma gloire a régner sur votre &mc ,
Tçns obéir moi-même , et mettre entre vos mains
Le de^in d'Alexandre et celui des humains.
Ije Mallien m'attend, prêt k me rendre hommage.
Si pr^ de l'Océan , que faut41 davantage
Que d'alleir me montrer li ce fier élément ,
Comme vainqueur da monde , et comuie votre amant?
Alors....
CLéoFILE.
Mais quoi ! seigneur, toujours guerre sur guerre ? Cliercliet-vous des sujets au-delà de la terre?
VonleS'Voas pour témoins de vos faits éclalaus
Oeê pays inconnus même a leurs habitans ?
Qu'espéres-vous combattre en des climats si nidcs?
Us vous opposeront de vastes solitudes.
Des déserts que le ciel refuse d'éclairer ^
Oà la nature semble elle-même empirer.
168 ALEXANDRE
Et peut-être le sort, dont la secrète envie N'a pu cacher le cours d'une si belle vie , Tous attend dans ces lieux, et veut que dans l'oubli Votre tombeau du moins demeure enseveli.
Penses-vous y-traîner les restes d'une armée Vingt fois renouvelée et vingt fois consumée ? Vos soldats , dont la vue excite la pitié.
D'eux-mêmes en cent lieux ont laissé la moitié ; Et leurs gémissemens vous font asses connaître,...
ALEXANDRE
Ds marcheront , madame ; et je n'ai qu'a paraStre : Ces coeurs qui dans un camp , d'un vain loisir déçus. Comptent en murmurant les coups qu'ils ont reçus , Revivront pour me suivre , et , blâmant leurs murmures^ Brigueront a mes yeux de nouvelles blessures. Cependant de Taxile appuyons les soupirs :
6on rival ne p«ut plus traverser ses désirs.
Je vous l'ai dit, madame ; et j'ose encor vous dirt....
CLÉOFILE.
Seigneur, Toi«i la reine.