SCENE I
▲ LEXANDRE, CLÉOFILE.
, t^uoi ! TOUS craîgnei Poms même après sa défaite ! Ma victoire a vos yeux semblait-elle imparfaite ? Non , non ; c'est un captif qui n'a pu m'écha^^r , Que mes ordres par-tout ont fait envelopper.
Loin de le crftindre encor , ne songez qu'a le plaindre.
CLÉOFILE.
Et c'est en cet état que Porus est a craindre. Quelque brave qu'il fut , le bruit de sa valeur M'inquié^iiybien moins que ne Tait son malheur. Tant qu'on l'a vu suivi d'uue puissante armée , Ses forces, ses exploits ne m'ont point alarmée : Hais , seigneur , c'est un roi malheureux et soumis ; Et dès-lors je le compte au rang de vos amis.
ALEXANDRE. '
C'est un rang où Porus n'a plus droit de prétendre ; Il a trop recherché la haine d'Alexandi'e.
iS6 ALEXANDRE.
II sait bien qu'à regret je ni 'y suis résolu ; Mais enfin je le liais autant qu'il l'a voulu. • Je dois même un exemple au reste de la ten« : Je dois venger sur lui tous les maux de la guerre ; Le punir des malheurs qu'il a pu prévenir , Et de m'avoir forcé moi-même a le punir.
Vaincu deux fois , haî de ma belle princesse....*
CLÉOFILE.
Je ne hais point Porus , seigneur , je le confesse ; Et s'il m'était permis d'écouter aujourd'hui La voix de ses malheurs qui me parle pour lui , Je vous dirais qu'il fut le plus grand de nos princes ; Que son bras fut long-tems l'appui de nos provinces ; Qu'il a voulu peut-^tre , en marchant contre vous , Qu'on le crût digne an moins de tomber sous vos coups , Et qu'un même combat signalant Tim et l'autre y Son nom voUt par-tout à la suite du vôtre. Mais si je le défends ^ des soins si généreux Retombent sur mon frère et détruisent ses voeux. Tant que Porus vivra , que faut-il qu'il devienne ? Sa perte est infaillible , et peut-être la mienne.. Oui , oui y si son amour ne peut rien obtenir , Il m'en rendra coupable , et m'en voudra punir. Et maintenant encor que votre cœur s'apprête A voler de nouveau de conquête en conquête ; Quand je verrai le Gange entre mon frère et vous , Qui retiendra, seigueur, son injuste courroux ?