‹ ŒuvresChapitre 43 sur 59 · DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION

Pour améliorer l'espèce humaine , les vieilles législations des républiques les plus célèbres n'offrent point de modèle. Ces législations trop vantées, consacrant l'esclavage, n'étaient point inspirées par l'amour du bonheur de tous , principe des sages lois : elles exagéraient quelques vertus, elles en repoussaient d'autres. Contrariant la nature, elles étaient obligées de soumettre l'âme à d'aveugles habitudes ; et pour exercer toute leur influence, elles avaient besoin que l'état fût resserré dans d'étroites limites. Aujourd'hui , dans nos empires vastes , industrieux et libres , il faut aux hommes une morale vraie; et pour les en pénétrer, il est nécessaire de toucher leur cœur et de persuader leur rai-

son. Comment y parvenir? J'invite le lecteur à suivre mes observations et mes raisonnemens , j'essaierai de les rendre clairs.

Le christianisme a changé le vieil ordre de la société; il a donné l'essor aux facultés humaines en détruisant l'esclavage , et le but nouveau marqué par sa loi est le bonheur de tous les êtres intelligens. C'est au christianisme à nous offrir les moyens de nous diriger vers ce but. On ne peut l'atteindre que par l'accomplissement des devoirs. Sans doute nos devoirs nous sont indiqués par la nature, par une révélation première, universelle; mais ne pouvons -nous les méconnaître? les oublier? N'a-t-on pas vu dans la république où brillèrent les écoles de la sagesse humaine , le petit nombre se rendre , sans remords, dominateur, maître et propriétaire du grand nombre ! Une révélation nouvelle est venue déclarer aux hommes que, fils d'un même Dieu , ils doivent s'aimer et s'entr'aider en frères. Un livre sacré est donné à l'univers : là nos devoirs sont écrits d'une manière positive, simple et touchante. Ecouter.

<x Vous aimerez le Seigneur notre Dieu de tout « votre cœur , de toute votre âme et de tout « votre esprit.

« Oest là le premier et le grand commandece ment.

« Et voici le second qui est semblable à celui- « là : Vous aimerez le prochain comme vous- « même.

« Toute la loi et les prophètes sont renfermés « dans ces deux commandemens. »

Quelle sagesse dans ces paroles , et que cette morale est complète! Il faut aimer le modèle infini de la perfection , la source éternelle de tout bien, l'être immuable par qui subsistent les êtres passagers. Ce précepte nous révèle notre origine et notre destination ; et toutefois , s'il était isolé , il pourrait entraîner les imaginations ardentes aux rêveries d'une démence mystique. 11 faut aimer les hommes, rendre sa vie utile; et pesez bien ces paroles : le second précepte est semblable au premier. Vainement dira-t-on qu'on aime Dieu ; si l'on ne prouve par ses actions qu'on aime les hommes , la loi est violée , on

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cesse d'être chrétien. Cette loi renfermé tout, et n'a point d'exagération : elle ne vous prescrit pas de yous oublier ; elle veut que vous aimiez beaucoup vos semblables , et vous demande de les aimer comme vous vous aimez vous-même.

Qu'une si noble et si douce morale se propage, qu'elle dirige nos facultés, alors nous devenons des hommes, alors la société atteignant une prospérité inconnue , est au plus haut degré de civilisation.

Comment répandre cette morale et la faire pénétrer dans nos foyers? C'est encore le christianisme qui doit nous en offrir les moyens. On' ne peut espérer une grande propagation de la morale évangélique si le père de famille n'en est pas le premier instituteur, lé premier gardien et, pour ainsi dire, le premier exemple vivant. Le moyen le plus efficace est donc de distribuer l'Évangile. Que sa lecture devienne générale, habituelle , un heureux changement dans, les ' mœurs et dans les caractères s'opérera de luimême. Il suffit de lire ce livre .pour en être

touché; il suffit d'en commencer la lecture pour

vouloir l'achever ; et lorsqu'on la termine , on sent le besoiu d'y revenir encore.

Le Nouveau-Testament me paraît devoir seul être distribué et mis entre les mains de toutes les classes de lecteurs. Je pense contre l'opinion des sociétés bibliques, dont je respecte le zèle, que F Ancien-Testament doit être réservé aux hommes qui , par leurs lumières , sont en état de le lire avec discernement. Il faut être assez éclairé pour se transporter aux âges reculés où cette partie des livres saints fut écrite , pour se former une idée juste des moeurs , des usages, de la situation des Hébreux , et pour distinguer ce qui a dû cesser avec l'ancienne loi , de ce qui doit lui survivre toujours. Ce livre peut faire naître pour les lecteurs ignorans, des erreurs, des scandales , des superstitions et du fanatisme. Mais l'Évangile s'adresse à tous les hommes ; et plus Us le liront, plus leurs âmes seront pénétrées de cet amour de Dieu et du prochain par lequel on accomplit la loi.

Les incrédules, les indifférais sont mauvais observateurs. Vainement chercherait-on ailleurs

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que dans l'Évangile des moyens aussi puissans que les siens pour répandre la morale sur la terre. Les plus sages préceptes annoncés par Dieu même, contenus dans un livre antique, où ils se mêlent à un récit qui touche le cœur , élève l'âme et frappe l'imagination; le soin de propagér ces préceptes confié non -seulement k tous les pères de famille, à tous les gens de bien, mais encore à des ministres des autels qui doivent par la pureté de leur vie prouver la sainteté de leur mission ; une grande fraternité resserrée par une croyance commune; voilà d'immenses avantages que le christianisme présente ,. et que nulle philosophie ne pourra jamais offrir. Accordons beaucoup à l'empire de là rai** son sur quelques individus , toujours sera-t-il vrai qu'on ne peut exercer une douce influence sur les mœurs d'une grande masse d'hommes sans le secours d'une religion positive : et quelle religion , mieux que le christianisme , noua montre Dieu toujours présent , exigeant le culte d'esprit et de vérité , et faisant de l'amour du prochain un précepte semblable à

celui par lequel il prescrit de l'aimer lui-même ? • Quelques écrivains bien superficiels ou bien prévenus , ont tenté de prouver la funeste influence de la religion sur les moeurs et sur la prospérité des Etats. Ils citent des siècles et des pays où les formes de la religion existent, où les pratiques sont multipliées à l'excès, où le pouvoir du clergé est sans bornes; et cependant, où l'ignorance , la misère , la débauche , la violence et la perfidie infectent les moeurs publiques et privées. Voilà, disent-ils, voilà les pays et les siècles religieux. Etrange abus de mots ! Ces siècles honteux , ces pays misérables outragent la religion; elle s'est retirée d'eux.. Quel esprit juste peut ainsi confondre les idées les plus distinctes, et voir la simple et sublime religion où n'existent que d'odieuses et viles superstitions?

On a prétendu que la morale évangélique ins-

pire une telle indifférence, un tel dédain pour les choses de la terre, que le vrai chrétien est un être inoffensif mais inutile. Toute doctrine peut être altérée; mais il faut singulièrement

dénaturer le christianisme pour faire de son disciple un homme inutile. Chaque page de l'Évangile inspire l'amour du genre humain; et comment manifester cet amour, sinon par des actions généreuses? C'est peu des préceptes, quel exemple dans la vie du divin fondateur de la religion chrétienne ! Où trouver un plus parfait modèle de dévoûment? Jésus naît, respire et meurt pour les hommes. C'est se former une très fausse idée de sa morale que de s'imaginer qu'en la répandant sur la terre, on anéantirait les travaux des arts et les richesses qu'ils produisent. Les travaux deviendraient plus actifs, puisqu'on cesserait d'en être distrait par une foule de passions; on verrait s'accroître les richesses, seulement on en ferait un meilleur usage.

Que des chrétiens se livrent à d'excessives austérités, que d'autres s'abandonnent aux folies mystiques, ce sont là des faits qu'on ne peut révoquer en doute. Mais , lisez attentivement l'Évangile, vous n'y découvrirez aucune trace d'exagération. Pourquoi donc ces. excès ? La faiblesse de l'homme suffirait pour les expliquer ;

mais à cette cause d'aberrations, s'en joint «ne autre que fiait découvrir l'étude de la philosophie. Le christianisme à sa naissance se répandit dans les diverses écoles des philosophes; souvent il y reçut quelque mélange des principes adoptés dans ces écoles, et il est à remarquer que ce ne fut jamais sans en être altéré. Les stoïciens lui donnèrent une austérité et une intolérance qu'il n'avait point ; les platoniciens le dirigèrent vers une mysticité qui lui était inconnue. Ces altérations se sont d'autant plus facilement perpétuées, que les excès sont conformes à notre faiblesse : lorsqu'ils ne naissent pas d'une école , ils naissent de notre cœur. Tel homme , en débitant ou des maximes d'une extrême austérité ou des rêveries mystiques , croit être bon chrétien ; il se trompe , ses idées sont d'un stoïcien ou d'un platonicien. La morale évangélique est celle du sentiment et du bon sens, élevée par une bouche divine au plus haut degré de pureté.

Quelques philosophes , en admirant cette morale, voudraient la séparer de toute espèce de

culte. Les pratiques pieuses leur paraissent êtfe indignes de l'homme, annoncer l'enfance de la raison , et dérober à la vie active un temps pré* deux. C'est méconnaître d'une manière étrange les besoins de notre nature , et lés moyens d'é* lever et d'épurer nos âmes. Ne consultez que la raison ; mais voyez d'un œil vraiment philosophique les pratiques religieuses les plus simples, celles qui reviennent le plus fréquemment dans la vie du chrétien. La prière commence et termine pour lui la journée. Se placer, à l'instant du réveil , en présence de la Divinité , la contempler, lui rendre grâce, lui' demander la force d'accomplir les devoirs du jour et d'en supporter les peines, est- il un plus noble et plus sur moyen d'imprimer à ses facultés une heureuse direction? Un tel acte, fait avec recueillement, peut-il être sans influence sur l'emploi de la journée? Le soir, cet examen de ses fautes, cette promesse de les réparer et d'en éviter de nouvelles, sont des secours puissans qu'aucun autre ne peut remplacer. Discoureurs frivoles, tel usage que vous abandonnez aux gens ignorons

et simples , offre le meilleur moyen de conduire l'homme au plus haut degré de sagesse qu'il lui soit permis d'atteindre ici-bas. *

Le grand but de la philosophie est d'ennoblir nos facultés; mais combien d'hommes se donnent pour philosophes, et se. trompent complètement sur la manière de nous diriger vers ce

* Si l'on dit qu'il est dangereux , qu'il est funeste à la morale d'imposer des pratiques dévotes très multipliées, je partagerai cette opinion; et je la soutiendrai par des raisonnemens que je crois sans réplique. Telle est la triste condition de l'homme que sa faiblesse ne lui permet pas d'accomplir tousses devoirs. Une religion trop chargée de pratiques, ajoutant une foule de prétendues obligations aux véritables devoirs, rend plus compliquée, et par conséquent pins difficile, une tâche dont nous ne pouvions déjà nous acquitter qu'imparfaitement. Ce mal en produit un second. Beaucoup d'hommes trouvent commode de s'attacher à ces nouveaux devoirs , qu'ils peuvent remplir presque sans y songer , qu'on leur présente comme chers à la Divinité , et qui leur paraissent supérieurs à ceux dont l'utilité intéresse directement nos semblables. Ainsi une religion chargée de pratiques nuit doublement à la morale ; en compliquant notre tâche, et en nous trompant sur les moyens de la remplir.

but ! On ne peut être embarrassé que pour choisir dans le nombre des preuves à donner de cette assertion. J'ai vu des hommes qui, néanmoins, avaient des lumières en économie politique, considérer uniquement le résultat matériel du travail, désirer que la classe ouvrière ne se repose qu'autant que ses forces l'exigent , et trouver fort bien qu'elle travaille le dimanche. Cette manière de penser tend à dégrader l'espèce humaine, à transformer les ouvriers en machines travaillantes. La plupart des hommes sont forcés d'employer presque tous leurs instans à des services manuels; mais pour cela, doivent-ils être déshérités de la part de raison que le ciel destine à chacun de nous? Le septième jour, qu'on appelle jour du repos , pourrait être également nommé jour de l'intelligence. En tirant des conséquences justes de cette vérité, on ferait beaucoup pour améliorer la classe ouvrière. Otez à ce jour son légitime emploi, que le temps ne soit rempli que par des travaux manuels , l'homme se rapproche des brutes, son intelligence s'éteint.

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Les exemples d'accusation» iniques, de jugemens absurdes et de réparations tardives, devraient frapper les esprits et leur apprendre à fuir les excès du dogmatisme. Rien n'est plus triste que de voir soutenir des erreurs ou proscrire des vérités au nom de la religion , qui doit planer dans une sphère supérieure à celle de nos sciences. L'Évangile ne nous impose point

Descartes ! A Rouie, une congrégation de cardinaux défendît d'imprimer, Ure et même retenir aucun de ses ouvrages. Les théologiens protestons de Frise demandèrent aux États d'ordonner qu'aucun maître ne Jît mention de sa philosophie, en tout ou en partie, verbalement ou par écrit, à moins far ce ne fût pour la rrj/uter. Au milieu de ces persécutions suscitées de toutes parts , tandis que les théologiens orthodoxe et les théologiens hétérodoxes s'accordaient pour proscrire Descartes , il devait être presque impossible de croire que ses écrits ne renferment rien de contraire au christianisme; et cependant, voici que , de nos jours , un théologien éclairé, le vertueux Kmery , s'écrie : « Descartes , avec ses taches , « n*en est pas moins le père de la lumière ! C'est à la clarté « de la lumière qu'il a répandue , et dans la route qu'il » - découverte que marcheront , jusqu'à la fin des siècles , le '< hommes qui suivent la carrière philosophique. *

de l'impiété ou du fanatisme. Tandis que des incrédules proscrivent ou dédaignent tout esprit religieux , des fanatiques voudraient dévorer quiconque pense et raisonne. Un homme de génie fait des découvertes sur les facultés humaines, sur là philosophie, sur la science sociale; les vérités nouvelles qu'il énonce sont mal comprises , on transforme ses idées d une manière bizarre; on l'accuse, on le poursuit. Cependant , peu à peu , le temps éclaircit , propage ces mêmes idées ; on les trouve justes et simples , et l'on rend hommage à la cendre de celui qui les a fait connaître. Alors qu'on le cite avec enthousiasme et qu'on s'indigne des persécutions qu'il a souffertes, un autre homme de génie vient offrir encore des vérités nouvelles. Ses contemporains se trouvent , à son égard , dans l'état d'ignorance où leurs pères étaient pour son prédécesseur ; il est comme lui mal compris, il est comme lui persécuté, pour être un jour, comme lui, honoré dans la tombe. *

* Combien d'attaques ont été dirigées contre notre

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Les exemples d'accusations iniques, .de jugemens absurdes et de réparations tardives, devraient frapper les esprits et leur apprendre à fuir les excès du dogmatisme. Rien n'est plus triste que de voir soutenir des erreurs ou proscrire des vérités au nom de la religion , qui doit planer dans . une sphère supérieure à celle de nos sciences. . L'Évangile ne nous impose point

Descartes ! A Rome, une congrégation de cardinanx & imprimer, lire et même retenir aucun de ses ouvrages. Les théologiens protestans de Frise demandèrent aux États d'ordonner qu'aucun maître nejit mention de sa philosophie y en tout ou en partie, verbalement ou par écrit , à moins que ce ne fût pour la réfuter. Au milieu de ces persécutions suscitées de toutes parts , tandis que les théologiens orthodoxes et les théologiens hétérodoxes s'accordaient pour proscrire Descartes y il devait être presque impossible de croire que ses écrits ne renferment rien de contraire au christianisme; et cependant , voici que , de nos jours , un théologien éclairé, le vertueux Emery , s'écrie : « Descartes, avec ses taches, « n'en' est pas moins le père de la lumière ! Cest à la clarté « de la lumière qu'il a répandue , et dans la route qu'il a « découverte que marcheront , jusqu'à la fin des siècles, le» <i hommes qui suivent, la carrière philosophique. »

un système de métaphysique. L'Évangile ne donne point les moyens de décider entre l'école de Locke et celle de Kant, qui sont peut-être à une égale distance dé la vérité. Dieu livre à nos vaines disputes ces recherches philosophiques où, quelque parti qu'on embrasse, on n'en est pas moins un homme de bien. Si le christianisme voulait comprimer les esprits de manière à n'y laisser pénétrer qu'un seul système , il voudrait établir un esclavage plus dur et plus fatal que celui qu'il a détruit. L'esclavage ancien laissait la pensée libre pour un certain nombre d'hommes;

Opinion très juste , en l'appliquant aux premières parties du Discours sur la Méthode.

« Oui , continue l'abbé Émery , Descartes , avec les erreurs « dans lequelles il est tombé , parce qu'il était un homme et « non pas un ange , n'en est pas moins un des génies les « plus vastes , les plus pénétrans , les plus vigoureux qui « aient paru depuis l'origine du monde. H a honoré l'espèce « humaine; il a particulièrement honoré sa patrie qui se « glorifiera éternellement de lui avoir donné la naissance. » ( Discours préliminaire des Pensées de Descartes sur la Retimon et la Morale, page 16a. )

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l'esclavage moderne étoufferait l'intelligence \*\^

maine.

lu Plus une cause est juste, plus il fiant craindra |

de la souiller en acceptant de coupables secourt» Ainsi le christianisme veut être inspiré par an moyens doux comme ses maximes; et Fou doit appliquer à sa propagation ce que f â dit sur la sage lenteur avec laquelle s'opèrent les changemens utiles et durables *, La violence ne répand que l'hypocrisie , dont les résultats sont hideux : elle enveloppe de formel pieuses un fonds corrompu. Quelques hommes, je le sais, prétendent qu'il faut obtenir d'abord les apparences , et que la réalité vient ensuite. Cette idée est d'une absurdité révoltante; le vice ne produit que le vice; il y a im-

? En religion comme en politique , la précipitation est funeste. Par exemple, j'ai dit combien la célébration du jour du repos sert à développer l'intelligence. Employez les moyens violenspour faire cesser en un instant les travaux, vous transformerez en débauches des hommes laborieux; vous peuplerez les cabarets , non les temples.

.piété ou démçnce à prétendre qu'il peut être un germe de vertu.

Les erreurs superstitieuses sont déplorables ; mais que pourrait la contrainte pour les détruire? C'est la persuasion, c'est l'instruction qu'il faut employer. Il appartient surtout aux ministres de la religion de dissiper ces erreurs. Leur influence peut être grande pour y réussir ; et leur devoir est de s'en occuper , puisqu'ils sont chargés de conserver ou de rendre au sentiment religieux sa céleste pureté. Sous aucun rapport, il n'est sage de vouloir anéantir brusquement ces erreurs. On peut dégrader un édifice en arrachant le lierre qui le couvre. Quand vous ôtez des mains d'un enfant un jouet qui pourrait le blesser , si le danger n'est pas urgent , vous prenez quelques précautions pour ne point l'affliger. IL est des superstitions qui, bien souvent, sont des jouets consolant pour le pauvre. Toutefois ces superstitions, dont une imagination poétique peut embellir le récit, ne sont pas sans péril. On voit, dans les campagnes, des milliers d'exemples de la facilité avec laquelle le vol et l'escro-

querie s'exercent sur des gens simples, que des. fables préparent à croire d'autres fables. Les devins qui guérissent avec des paroles et des amulettes , savent tirer parti de ces dispositions superstitieuses. Jusque-là, il n'y a qu'un demimal , le bon paysan n'est que dupe. Mais si, pour satisfaire des inimitiés , on lui persuade que la maladie de son troupeau ou l'infécondité de son champ vient d'un sort jeté par tel homme do village , quelle haine , quelle soif de vengeance l'agite à la vue du sorcier! Peut-être s'embusquera-t-il pour attaquer cet homme; peut-être finira-t-il sur l'échafaud! Détournant mes regards de hideux spectacles , je ne retracerai point les avantages que, dans de grandes circonstances ♦ toutes ces superstitions donnent aux fanatiques pour s'emparer de gens crédules, pour les armer, et les pousser à de féroces attentats.

De même que les sentimens religieux, si utiles à la multitude , sont plus nécessaires encore aux êtres qui s'élèvent au-dessus d'elle, c'est dans ceux-ci que la superstition est le plus fatale. A quelles aberrations d'esprit ne peut-elle

les hommes qui disposent du sort des autres? Dans les siècles d'ignorance, n'a- 1- on pas vu des rois superstitieux se mêler aux bourreaux de leurs peuples ?

Plusieurs observations que je dois offrir encore, trouveront mieux leur place dans d'autres chapitres. Revenons sur deux idées que j'ai précédemment énoncées. J'ai dit que la doctrine

des devoirs se répandra ; et je le crois surtout parce qu'elle se lie au christianisme. Le nombre des disciples de l'Évangile se multiplie chaque jour sur les différens points du globe. Les adversaires du christianisme prétendent, il est vrai, que la religion perd d'un côté plus qu'elle ne gagne de l'autre; et que, tandis que des sauvages l'adoptent, des hommes civilisés l'abandonnent. Cette objection peut paraître spirituelle , mais elle est inexacte. En ne parlant qu'humainement , on peut prouver encore que toutes les nations deviendront chrétiennes. Jamais les hommes ne se passeront d'une religion positive, jamais ils n'en trouveront une plus pure que le christianisme; donc le progrès des

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