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je vais voit» l'expliquer. Avant de songer â réformer les hommes et les lois , Franklin s'occupa de se réformer lui-même. Dans un temps oii rien ne lui présageait encore ses hautes destinées , il sentit qu'il devait faire à ceux qui l'entouraient, autant de bien qu'il lui serait possible; et jugea que pour remplir ce devoir, il lui importait de régler ses mœurs et d'épurer son caractère. Jeune et pauvre , il eut l'ambition d'atteindre à la perfection morale; et ses soins ennoblirent toutes les facultés de son âme. !»r»qu'ensuite les périls de l'état l'appelèrent sur un vaste théâtre , il changea de situation vans changer de principes ; il fit des applications plus importante* des mêmes règles de justice , de modération, de franchise, qu'il avait conçues dans son obscurité; il n'eut besoin que de suivre ses habitudes |>our déployer , sur la scène du monde, un des plus grands caractères dont l'espèce humaine m soit jamais honorée.
Apprenons à l'école de Franklin, qu'un travail heureux sur nous-mêmes peut seul nous mettre en état d accomplir dignement les divers
travaux de la vie. Aussi long-temps que cette vérité sera méconnue, on pourra trouver des gens habiles à faire passer l'autorité aux mains de tel ou tel parti; vainement cher chera-t-on, des hommes qui sachent améliorer le sort de leurs semblables.
Les âmes élevées peuvent seules connaître le but de la politique. Son véritable but est d'amener l'état de paix sur la terre ; de le faire succéder à cet état de guerre, fruit déplorable des passions intolérantes , ambitieuses et cupides , à * cet état de guerre qui ne se manifeste pas seulement sur les champs de bataille , mais qui tourmente les malheureux humains dans toutes leurs relations sociales , et jusqu'au sein de leurs familles. Toi, qui desires pour tes semblables un meilleur sort , et veux concourir au noble but que je viens d'indiquer, n'hésite point sur le premier moyen de succès ; cultive la morale , et qu'elle fasse descendre en ton cœur la paix que tu chercheras à répandre parmi nous.
S'il est vrai que les poètes et les artistes doivent se plaire à réveiller des sentimens élevés, s'ils
iG DE LA PHILOSOPHIE
doivent se vouer au culte des Muses, et se considérer comme exerçant le sacerdoce du génie, quelle idée fout-il concevoir de la mission des hommes qui, par des travaux politiques, viennent perfectionner les lois et réformer les mœurs? Pour se disposer à remplir cette mission, avec quelle ardeur généreuse et quels soins pieux ne faut-il pas épurer son âme!
Au milieu d'études nombreuses , oubliant celle de la sagesse , nous nous contentons d'une morale incertaine, vague, sans consistance dans notre âme et sans pouvoir sur notre vie. Éclairons-nous; cherchons à réveiller l'intérêt général pour une science sans laquelle le bonheur de l'homme privé est soumis au hasard, et la vertu de l'homme public livrée aux circonstances.