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IMPORTANCE DES ÉTUDES MORALES DANS LA SITUATION ACTUELLE DE L'EUROPE

Quel temps rendit jamais plus nécessaires les études morales ! Une agitation violente ébranle l'Europe; une foule d'idées opposées circulent» se. croisent, se heurtent; et , dans le bruit confus d'une multitude de voix , tout ce qu'il est possible de comprendre distinctement, c'est que beaucoup d'hommes aspirent à changer de situation.

Privés des idées morales qui seules pourraient donner une sage direction aux esprits, nous nous égarons au milieu d'opinions divergentes; et chacune de ces opinions a je ne sais quoi de vague et d'exalté. Un publiciste allemand disait , il y a peu d'années, en parlant des Européens et de

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leur étrange situation : Ils ne savent s'ils veulent endosser la cuirasse des chevaliers , ou la haire clés moines , ou la toge des Romains. Ces mots sont frappans de vérité, et j'en gémis. Puisse la morale nous apprendre qu'il ne faut être ni chevalier pour relever les donjons, ni moine pour s'ensevelir dans les cloîtres, ni Romain pour dévaster le monde; qu'il faut être homme pour concourir à la civilisation des hommes !

L'Europe sort à peine de la barbarie. Ses lois et ses usages peuvent recevoir des améliorations nombreuses; mais, en considérant notre agitation, nos dangers, nos ressources, je m'alarme de voir tant de gens qui professent la politique, et si peu qui s'instruisent en morale.

Je ne suis point enclin à la satire, et je sais estimer mon pays. Je pense même que les Français valent généralement mieux que dans le siècle dernier. Portez vos regards sur la classe opulente : les mœurs de famille y sont maintenant honorées. Observez la classe pauvre avec impartialité, vous serez forcés d'y reconnaître d'étonnantes améliorations. Nous avons récem-

ment * subi les horreurs d'une disette, qui eût autrefois couvert la France d'émeutes et de pillages ; et dans quel temps encore ce fléau nous a-t-il désolés ? après une révolution qui nécessairement a brisé des liens nombreux , et soulevé des passions turbulentes; au moment où des armées formidables , accoutumées à vivre de dépouilles étrangères , venaient d'être dissoutes et répandues dans nos campagnes. Peu de provinces ont vu des troubles; presque toutes ont vu des malheureux endurer la faim, y succomber plutôt que de s'avilir. Le sentiment de la dignité de l'homme semblait être répandu jusque dans les rangs les plus obscurs de la société. Les évènemens qui depuis trente ans se succèdent ont fortement excité les Français à réfléchir; et, dès qu'on se livre à la réflexion, on apprend à connaître , avec plus ou moins de justesse , ses intérêts et ses devoirs. Voilà ce qui supplée aux études positives sur la nibrale, que nous avons tant négligées. Mais il est une classe de la so-

* Ce Chapitre a été écrit en 1819.

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ciété à laquelle des idées éparses sur la science de la vie , des réflexions incomplètes sur les devoirs ne suffisent point ; qui , bien plus que les autres, a besoin de fermes principes, d'une haute morale que la puissance de la raison ait Eut passer dans toutes ses habitudes. Privée d'un tel secours , elle manque d'intégrité et même de lumières. Cette classe se compose des hommes de toutes les opinions, qui par leur situation, par leurs talens , par leur activité , exercent ou veulent exercer une grande influence sur la destinée des états. Cette classe est parmi nous généralement dépravée ; et comme , en dernier résultat , elle règle le sort de la société , comme les autres classes ont en vain de la sagesse quand celle qui les conduit est corrompue , l'observateur doit s'effrayer des périls auxquels nous expose l'ignorance ou le dédain de la morale.

Bizarre contradiction ! Dans un siècle qui se distingue par l'examen de tant de questions importantes, par la discussion d'un nombre si prodigieux d'idées, d'opinions, de principes, d'où semble dépendre le sort du genre humain , on dédaigne

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