‹ ŒuvresChapitre 9 sur 59 · II. a · texte numérisé non relu

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science n'a pas une clarté égale à son importance!

Pour éloigner la Confusion , il est nécessaire d'établir une division exacte et simple des systèmes de philosophie morale. Malheureusement il n'est point facile de juger quels sont, parmi les divers principes des moralistes, ceux qui peuvent servir de base à cette division. Lorsque j'eus formé le projet de m'en occuper , je rencontrai des obstacles sans nombre. Tantôt , des différences d'opinion qui passent pour très graves, et qui souvent ont excité des discussions très vives , me semblaient perdre leur importance à mesure que je les examinais avec impartialité ; tantôt, des questions que j'avais d'abord jugées frivoles, me paraissaient, en y réfléchissant, mériter une attention sérieuse. Quelquefois je m'arrêtais sur deux jugemens opposés et d'un haut intérêt : ils me servaient très bien à distinguer tel système de tel autre; mais ils ne me donnaient point les moyens d'embrasser et de diviser toutes les doctrines. Fatigué de recueillir si peu de fruit de cet examen, je pensai que, pour attein-

dre mon but , il fallait donner une autre direction à mes recherches.

Plaçons-nous sur une hauteur d'où nous apercevions d'un coup-d'œil les moralistes de tous les siècles , de toutes les contrées. Ne nous lais* sons point étourdir par les voix de tant d'hommes qui discutent avec chaleur; et, pendant que la plupart d'entre eux déclarent que leurs opinions sont inconciliables, examinons s'il n'est pas quelques principes communs à tous, reproduits dans chacun des systèmes pour lesquels ils combattent. Peut-être discernerons - nous ensuite , avec plus de facilité , les points qui les divisent.

Oh ! s'il y a des principes que notre conscience approuve, et que proclame l'universalité des moralistes , quelle profonde vénération , quel pieux respect ne devrons-nous pas à ces principes visiblement émanés de la sagesse éternelle! * Que notre âme troublée par les débats des philosophes se rassure : il "est des vérités nécessaires à l'existence de la société, et Dieu les a mises hors de l'atteinte des sophistes. Tous les philo-

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sophes s'humilient devant les vérités de morale pratique.

En parcourant les doctrines qui méritent le nom de doctrines morales, on reconnaît bientôt qu'elles #ont des traits de ressemblance entre elles. Les auteurs des systèmes applicables à la science de la vie, veulent tous conserver l'intégrité des facultés de l'homme et leur donner une direction utile ; tous nous invitent à la tempérance et à la bienveillance. Les idées que ces mots réveillent se trouvent dans les divers systèmes , depuis les plus purs jusqu'aux plus voisins des limites hors desquelles la dépravation commence.

La vertu, si l'on veut n'employer pour la définir que des idées admises par tous les moralistes, la vertu est une constante habitude de tempérance et de bienveillance. *

* Je prends ces mots dans l'acception la plus étendue qu'on puisse leur donner. Ainsi la tempérance ne nous garantira pas seulement de grossiers excès ; elle éloignera tous les mouTemens désordonnés de l'âme qui peuvent al-

MORALE. ai

Cette définition est incomplète ; mais elle fixe notre esprit sur les deux qualités le plus immédiatement utiles à l'ordre social. Je l'emploierai jusqu'au moment où nos observations nous auront amenés à reconnaître ce qu'il est nécessaire d'y ajouter. En la modifiant > je saurai la respecter encore. Je dirais à l'imprudent qui se hâterait de la rejeter avec dédain :. Essaie de t'élever davantage -y mais révère toujours celui qui, par une constante habitude de tempérance et de bienveillance, concourt au bonheur général ; imite ses touchans exemples * seconde ses vues généreuses.

La définition que j'ai donnée m'amène à diviser en deux grandes classes les auteurs qui nous offrent des idées sur la science de la vie. Dans l'une se placent les écrivains occupés de répandre la tempérance et la bienveillance ; dans

térer nos facultés. La bienveillance ne sera pas ce sentiment 'léger , plus affectueux que ht politesse, mais presque aussi répandu ; «lie inspirera tous les actes de générosité , de dévouaient que réclame l'intérêt de nos semblables.

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l'autre, ceux qui dédaignent ces qualités ou l'une d'elles.

Ainsi, je vois qu'il est de prétendus moralistes dont je dois repousser les leçons. Une foule de sophistes entraînés par diverses erreurs, viennent se confondre à mes yeux en une seule classe. Ces étranges instituteurs blessent la tempérance , soit qu'ils nous invitent à de honteux excès , soit qu'ils nous prescrivent de funestes austérités ; ils oublient la bienveillance , soit qu'ils se plongent dans l'égoïsme, soit qu'ils se perdent (fens des rêveries mystiques et superstitieuses qui leur font mépriser les actions utiles. On peut dire que tous les intolérans appartiennent à cette même classe, car ils veulent arracher de nos âmes la bienveillance. O faiblesse de notre nature ! avec un système juste et des intentions droites, l'homme peut encore s'égarer; il lui suffit de s'enflammer pour son noble système au point de regarder comme des êtres pervers ceux qui ne l'adoptent pas. Alors il corrompt les meilleures maximes, il combat les sentimens affectueux; le voilà parmi les sophistes!

Les écrivains qui se consacrent à répandre la tempérance et la bienveillance, ont entre eux un lien commun : ils savent quel est le but de la morale coçsidérée dans ses rapports avec la société , ils veulent nous diriger vers ce but ; et sous ce point de vue du moins, ils méritent notre estime. La division des moralistes en deux grandes classes paraît d'abord être la seule nécessaire. Hélas ! parmi ceux sur lesquels je porte en cet instant mes regards, je trouve encore une grande divergence d'opinions; plusieurs d'entre eux s'appuient sur des raisonnemens faux , quelques-uns énoncent des idées pernicieuses. Non, cette première division ne suffît point; et je vois qu'il faut en chercher une nouvelle. •

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