‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 33 sur 63 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Voyage à Madrid ; résultat. Voyage à Avilas, Changement de corps,

Lje chemin que nous parcourions était le même que celui qu'avait suivi la jeune Piren» netta. Je reconnus sur toutes les cheminées les marques amoureuses dont nous étions convenus ; ]j ajoutai les miennes , et j j traçai partout avec la pointe de mon couteau : J'aimerai toujours Pirennetta. Enfin nous arrivâmes à Carthagène ; là je perdis ses charmantes traces , et là je me séparai de mon père. Cette séparation nous coûta des larmes ; il prit la route du rojaume de Grenade , et moi celle de Madrid ,' par la diligence. Il ne m'arriva rien de remarquable , excepté que je retrouvai vers Cuença les traces de Pirennetta; mais je les perdis tout de suite après. Je m'amusai fort pendant la route : c'était dans le temps des rois , et nous les tirâmes pendant tout le chemin. Enfin nous arrivâmes à Madrid. Je me logeai dans le premier quartier du palais de don Juan, et le lendemain j'allai lui faire ma cour : il me reçut avec bonté. Je lui demandai une audience particulière qu'il m'accorda : je Jui peignis com-

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bien ma position était triste ; je loi représentai qne mes païens désiraient yiyement qae je lerrisse dans la marine, mais ^e, si cela était impossible , ils ne seraient point du tout fôchés de me voir dans son régiment de cayalerie.

C'était là le grand objet de mes désirs. L'infant me promit de m j placer , si je ne pooTais pas rètre dans la marine , et m'exhorta cependant àaller toît à rEscnrial le ministre de la marine , au^el il arait écrit en ma fitTenr. Il me donna une seconde lettre de recommandation ponr lui , et je courus à l'Escurial. Je fus trois jours sans aToir de réponse à ma lettre; enfin j'en eus une par lamelle la cinquième place Vacante m'était promise. l>on Juan m'annonç cette triste nouvelle , que j'appris sans me désespérer. Je lui reparlai de la cavaierie , et il me promit de penser à moi dans son premier travail sur son régiment. Un peu rassuré par cette espérance , je restai à Madrid , ménageant mon argent le plus que je le pouvais, cultivant mes connaissances , allant souvent au spectacle , et mangeant presque tous les jours ches Tabbé Marianno, qui était toujouis dans le nouveau conseil de Castille.

Pendant moA séjour à Madrid , je "cberchaî à découvrir où était la pauvre Fircnuettà. J'y parvins , et j'allai cbcs IHiorloger où son fère l'avait envoyée. Je la trouvai malade : elle était

D'UN JEUNE ESPAGNOL. t'xS au lit f pâle comme un lis , et je vis à son cou le petit cœur d'or que je lui ayais donné : je ne puis pas tous rendre combien je fus ému de voir Pirennetta malade. Je ne pus lui parler en particulier; elle me pria même de ne pas reyenir la yoir, parce que son père le saurait et la rendrait plus malheureuse : je lui obéis ayec peine ; je n j retournai plus; mais je conseryai toujours d elle unsouyenirtristeet bien tendre. Je faisais ma cour tous les jours k Tinfant , pour qu'il n'oubliât point ce que je lui ayais demandé. Au bout d'un mois , ce prince m'annonça qu'il m'ayait donné une sous-lieutenance dans son régiment de cayalerie , et que je pouyais compter dessus , si dans deux mois je n'étais pas garde de la marine. Je remerciai beaucoup mon protecteur, et, n'ajani plus d'affaires à Madrid , je résolus d'aller attendre à Ayilas l'expiration de mes deux mois. Je partis donc pour Ayilas par la yoiture publique , et j j trouyai le maître et la maitresse de la maison à peu près seuls. Je passai ayec eux féyrier et mars 1773 , ne m'amusànt pas trop y parce que je ne sayais pas m'occuper , et l'instant où il fallait monter dans ma chambre était terrible pour moi : je ne sayais que deyenir ni que faire. Don Angelo n'était plus à Ayilas; il ayait eu la suryiyance de son pèfe, et était retourné à Madrid ; nous étions abso-

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lumeat seuls , dans le fort de l'hiTer, à la campa^e. Je ^m'occupais à copier des chansons et à faire un ouyrage de métaphysique, que j'ai depuis jeté au feu : l'ennui m'avait rendu raisonneur y et le raisonnement m'avait renda athée : j'ai mieux aimé renoncer à raisonner, et je suis revenu de bonne toi à reconnaître un Dieu, mon créateur. Au bout de deux mois,* mou brevet m'arri va, et je me préparai à joindre mon régiment qui était en Catalogne. Avant d> aller, j'avais besoin de passer par Madrid , où je voulais voir don Juan et arranger mes finances : elles ne se montaient qu'à dix-sept ou dix-huit louis que j'avais confiés k don Avilas : il me les rendit dans une bourse où j'en trouvai vingt-cinq : avec cela je pris congé de lui . et je |)arti$ pour Madrid. Mes vingt-cinq louis ne pouvaient me suffire pour faire mon entrée au régiment; j'empruntai trente louis . |H>ur acheter un cheval , à mon ancien précepteur Vrido, qui me les prêta avec un tèle et un plaisir que je n'oublierai jamais.! Tranquille du coté de l'argent, je pris congé de infant don Juan , et je partis ponr la Catalr»|>ne avec le jeune D. Montalto, à qui don Juan axait promis son régiment, et qui commentait par être sous-lieutenant comme moi.

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