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Coliques; au contraire ^ quand il ne connaissait pas les personnes ou qu^il n^était pas lié ayec elles, il avait Fair sérieux et gcave-, mais cette gravité formait toujours , pour ceux qui le connaissaient intimemeoFl , un contraste singulier avec sa gaieté naturelle.
Il fit plusieurs voyages à la Trappe avec M. de Pcnthièvre. La vue de ces tristes cénobites qui ne riaient jamais n'altérait point son humeur joviale : clic lui fit même commettre une légère imprudence dont il fut très fâché ensuite.
Un jour, à la fin de loffice, où il avait assisté, tous les religieux, suivant Tusage, seprostement, baisent la terre^ ,attendant, pour se relever, que Tabbé eût donné le signal. Flouiân, qui trouvait sans doute la méditation un peu longue, frappa sur sa stalle : un religieux, qui crut que c'était le signal de Fabbé , se retourna, vit d'oii le coup était parti, et fit un léger sourire. On sort de Téglisc :
quelle fût la surprise de Floriàit de
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voir ce malheureux moine venir, par ordre de Fabbé, se jeter à ses pieds!
Florian le relève les larmes aux yeux, et pénétré de voir Tianocent demander pardon au coupable. On pourrait croire qu'avec son caractère il devait s'ennuyer da&s cette solitude; point du tout : il y travaillait, semblable en cela à Lamotte, qui y fit son opéra d'Issée ; mais Lamotte avait voulu se faire moine, et Florian fjî'y pensa jamais.
Mai^ ce caractère si gai qu'il portait dans la société ^ il le déposait en prenant la plume. Ce n'était plus le méoie homme; il ne suivait plus que Fimpulsion du sentiment; aussi un de ses amis lui disait souvent : Plaisantez tant que vous voudrez en conversation, vous avez le sel de la bonne plaisanterie , mais ne plaisantez pas en écrivant, car alors vous Quêtes plus plaisant. Il ne voulait pas tout-à-7ait en convenir, mais ses ouvrages en sont Li preuve.
S'il avait voulu se prêter à la société
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il y aurait eu les plus brillans succès , et il aurait été accueilli de tout le monde avec. transport; mais il aimait le travail et la retraite. Si je voulais, disait-il, répondre à toutes les sollicitations qu^on me ùit^ je n'aurais pas une heure pour, travailler. Aussi n'allait-il que dans trois ou €[uatre maisons, et encore rarement.
Le reste de son temps il le passait chez lui, où il se trouvait mieux que partout ailleurs.Il s était fait à Yhàiéi deToulouse un petit appartement très agréable, qu'il avait arrangé suivant son goût. Sa bibliothèque était accompagnée d'une volière, et peuplée d'une multitude d'oiseaux , dont le ramage.égayait son travail.
C'est là qu'il a passé la plus, précieuse portion de sa vie à composer ses charmans ouvrages et A pratiquer toutes les vertus sociales. Cette sensibilité qu'il mettait dans ses écrits, il l'exerçait dans ses actions. Jamais les malheureux n'ont imploré en vain ses secours. Quand ses facultés n'étaient pas suffisantes, il recou*
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rait au prince, et jamais il n employa son crédit auprès de lui que pour rendre service : il serait difficile de dire combien de gens il a obligés.
n jouissait d'une fortune médiocre; les appointemens attachés à sa place en faisaient la plus forte partie; mais, grâce à ses ouvrages et à l'esprit d'ordre qu'il mettait dans ses afiaires, il trouvait le moyen de se livrer à son caractère bienfaisant. Lorsque son libraire lui apportait une somme d'argent, il ne manquait jamais d'en détacher une partie qu il portait à son ami le curé de Saint,-Eusr tache, pour les pauvres.
On peut encore citer un trait qui achèvera de peindre son caractère. A la mort de son père, il ne trouva que des dettes; il aurait pu renoncer à la succession, et abandonner aux. créanciers le peu qui restait. Il se conduisit bien différemment; il se porta héritier, fit vendre ce que son père avait laissé, et paya toutes les dettes de son argent. Il ne ré<
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serva qu'unie chaumière avec un petit champ y qu'il donna en toute propriété à une bonne fille qui avait servi son père quarante ans , et qui l'avait vu naître.
Cette pauvre femme ne voulait pas accepter ce présent. Elle lui dit qu'elle ne tarderait pas à le lui rendre par sa mort :
elle était loin de penser qu'elle lui survi- , vrait.
Tel était Florian : cet homme, aussi aimable dans sa conduite que dans ses écrits, ne traçant pas en vain le tableau du bonheur que procure la bienfaisance, partageant son temps entre l'étude et lamitié, prompt à obliger, et tout-à-fait incapable de nuire, étranger à toutes les animosités ; retiré à Seaux depuis le commencement de la révolution, et ne s'occupant dans .sa solitude que de projets littéraires, pouvait-il s'attendre que l'envie troublerait le repos de ses jours, l'arracherait à ses bocages, le traînerait dans ime-prison? Il se Fimaginait si peu, que son arrestation fut un coup de foudre
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pour lui. Il se troubla quand on lui dit :
Vous n'êtes plus libre; et dès- lors il sentit que ce trait de Finjustice des hommes devait le conduire au tombeau.
La postérité croira difficilement que Fauteur d^Estelle et de Galatée, vivant à la campagne au milieu de ses livres , ait pu faire assez d'ombrage pour être conduit en prison.
Parmi les traits que les historiens citeront pour caractériser Fépoque du régime révolutionnaire , ils n'oublieront pas Farrestation de Florian. Elle a quelque chose de si étrange, et ses suites d'ailleurs lui ont été si funestes, qu'on aimera peut-être à en savoir les détails. Je les trouve consignés dans un brouillon de pétition , en forme de lettre , que Florian, de sa prison, écrivait à un député de sa connaissance. En le lisant, je n'ai pu m'empêcher de Farroser de larmes.
Ceux qui le liront après moi en verseront aussi, à moins quils ne soient toutà-fait insensibles. Je sais que bien des
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personnes blâmeront Florun de n'avoir pas montré plus de fermeté ^ de s'être en quelque sorte laissé accabler sous le poids 4e Finjustice , d'avoir flatté ses persécuteurs ! mais d^abord, si la faiblesse du caractère est un défaut^ elle n'est pas toujours un crime ; elle naît d'une extrême sensibilité^ et n'en mérite que plus d'indulgence.
Voici le brouillon,
« Citoyen représentant^. tu chéris, tu « cultives les lettres, mais tu chéris date vantagê la patrie et la liberté ' ; m'ab c( tu exiges que les arts, dont tu fus Fami c< dès l'enfance 9 soient utiles à la cause «du peuple pour laquelle tu voudrais ce mV)urir : c'est à ce seul titre que je t'ér « cris.
« Méditant depuis long-temps de re-
^ Le tutoiement était obligatoire pendant le lî" gbne téTolutionnaire.
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« &ire l'histoire ancienne pour Téduca* (c tion nationale^ j en ai instruit, par un (( mémoire , le comité de salut public, ce Jai pris soin de parler de moi dans un « moment où Thomme timide , qui au- « rait eu le moindre reproche à se Êiire, « ne se serait occupé que de se faire ou- « blier. Tranquille sur cette démarche ' , <c je travaillai dans la solitude, et j'avais « acheva déjà plusieurs morceaux sur (( FEgjpte, quand tout à coup un ordre « du comité de salut public m'a Êiit ce mettre en arrestation dans la maison c< de Port -Libre : j'y suis depuis vingtc< deux jours , sans compter les longues « nuits qui ne diffèrent des jours que par
' Floriah était noble ^ et, comme tel, soumis au décret qui exilait les ci-devant nobles à dix lieues de Paris. Pour qu'il pût rester à Seaux, il allait que le comité de salut public le mh en i^pûsition. C'est cette &Teur que sollicita Floaiav, et qui fat Ui cause de sa perte.
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« le map£|ue de lunuère^ sslus Uvres y a presque sansi papier^ att> milieu de six «cents personnes^ appelant en Vain c( pour me seecurif l'imatgiaatiaiL que face vais autre&is ^ et ne trouvant à sa « place que la dsûalear et PabaCtement.
(( J'ai pourtant yonlu trairaîller. J'ai <( conçu le plxin à'vai onrvaige ' que je (c crois utile à lia ntorale publicjue. J'ai K chanté dam ma prisea le héros de la ce liberté. Je t'envoie mon premier livre :
K je te demande de le juçer.
« Si tu ne penses pas que le poëme c( puisse fortifier dans Tâme des jeunes « Françab et t amour de la républKjue et c( le respect des moeurs simpks^ ne me
« réponds point Laisse -moi mourir
c( ici : Taltération de ma santé m'en fait « concevoir l'espérance.
a Si ton civisme et ton goût^dépouil-
* Le poëme de Guiasaume Tell, dhisé en ^iwire livres.
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<c lés de tout intérêt pour moi^ te perce snadent qu'il est bon cpie mon ouvrage «soit fini, parles -e^ à tes collègues, ce membres du comité de salut public, et a dis-leur : -
a De quoi peut être coupable Fhomme ce qui pensa être mis à la Bastille pour « les premiers vers qu'il fit dans le Serf ce du Mont Jurai écrivait avant la révoc< lution le onzième livre de Numa, et c< qui, depuis la révolution, libre, orce phelin, sans autre fortune que son tace lent, qu'il pouvait porter partout, n'a ce pas quitté un moment sa patrie ^4 cornes mandé trois ans une garde nationale, ce a donné plusieurs ouvrages; et, dans ce son recueil de fables, a imprimé celle ce des Singes et du Léopard?
ec Un Ëibuliste , un berger, le chantre « de Galatée et d^Estelle peut- il comcc mettre des crimes? peut-il seulement ce en concevoir? La lyre de Phèdre, le a chalumeau de Gessner, trop sourds,
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(c trop faibles sans doute ^n milieu des « trompettes guerrières , peuvent-ils jac( mais nuire ou déplaire^ ceux qui yeu- <( lent étaihlir la liberté sur la base de la « morale? Là fauvette qui chantait au- « près des marais de Lerne , lorsque Her- « cule combattait l'hydre, n'excita point « la colère du héros libérateur. Peut-être « même, après la victoire, lecouta-t-il « avec bienveillance.
« C'est à ce peu de mots que je réduis , « que je réduirai ma défense. Si Ton me «croit coupable, qu on me juge; mais « si je suis innocent , que l'on me rende à (( la liberté 7 que Ton me rende à mes oucc yrages, à mes ouvriers d'imprimerie que « j ai Élit vivre depuis quinze ans, et que « ma détention empêche de poursuivre ce une très grande efntreprise : que Ton « me rende à ma vie pme, et au désir tt d'être utile.encore à mon pays. »
Cesi ainsi que la voix de Flori>an^, cette voix si douce et si pure^ cherchait
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k frapper loreille des tyrans odieux qui asservissaient alors la France. Elle ne fut d^abord pas entendue; mais le 9 thermidor vint hâter l'eflTet des sollicitations de Florian et de ses amis.
U sortit de prison quelque temps après ce jour mëmorahle; et il s'empressa de quitter Paris pour aller vivre à la campagne. Son but était d^y respirer un air pur, et de s^ faire oublier. D avait alors un fonds de tristeste qui lui rendait la solitude plus chère que jamiais. Soit que le sentiment de Tinjustice commise en« vers lui Feût affecté jusqu^à altérer sa santé; soit que le mauvais air et la mince et grossière noftrriture de la prison lui eussent laissé le germe d'une maladie mortelle, il ne tarda pas à se mettre au Ut, et il ne se releva plus.
Florian annonçait une carrière beaucoup plus longue. Sa modération, sa sobriété faisaient espérer qu'il serait con-< serve long-temps aux lettres et à l'amitié.
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Quoique d'une taille au-dessous dé la médiocre, il était fortement constitué.
Il n'était pas beau de visage, mais la sérénité, la gaieté qui y brillaient, ses grands yeux noirs, pleins de feu, qui animaient toute sa physionomie, le rendaient très agréable. Il est mort à Seaux, dans un petit appartement qu'il occupait à l'orangerie. Il n'avait pas encore quar rante ans.
Dans un autre temps , la mort du chantre d'Estelle, de Galatée, de Numa, de Gonzalve, eût été l'événement du jour; tous les poëtes auraient &it des élégies sur un trépas si prématuré ; toutes les sociétés littéraires*auraient retenti de ses éloges , et fait é'clater leurs regtets sur la perte que' les lettres venaient de faire. Mais, à 1 époque où mourut Flo- RiAN, tous bs esprits étaient occupés d'intérêts politiques , tous les cœurs étaient encore meurtris par la douleur; chacun avait des larmes personnelles à
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répandre. La mort de Florian , à peine mentionnée dans quelijaes journaux, fut oubliée dès le lendemain avec les journaux de la yeille.
Je fis alors un voyage i Seaux y pour aller m'attendrir sur le sort d'un auteur que j'avais chéri , et dont les ouvrages m'avaient fait passer les plus doux momens. Je parcourus les allées qu'il avait coutume de fréquenter; je m'assis, les yeux mouillés de pleurs , sur les bancs vobins de sa demeure , ces bancs inspirateurs sur lesquels il s'était assis, tant de fois. Je côtoyai ce beau canal qu'il avait tant de fois côtoyé lui-même; et, me reposant ensui^^us des trembles d une prodigieuse hauteur, je crayonnai sur le gazon cette roniance, que j'aurais voulu pouvoir chanter en m'accompagnant de la harpe d'Ossian, ^
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