DE LA VIE ET DES OUVRAGES DE VOITURE
Il y a des gens qui ont reçu par dessus tout le don de l'apropos. Voiture fut de ces heureux ou de ces habiles. Sll s'était moins pressé de venir, dit quelque part La Bruyère, il arrivait trop tard. Il fit mieux : il se retira à temps. Sa mort précéda d*une quinzaine d'années les débuts de notre grande époque littéraire. En effet les Provinciales sont de 1636; Andromaque parut dix ans plus tard, en même temps que les premières comédies de Molière et les premières satires de Despréaux. Corneille seul avait pris les devants. Or, Voiture était mort dès 1648. Cet homme qui représente si exactement l'époque, ou, si l'on veut, le milieu littéraire où il vécut, s'en alla avec lui. Ce fut son dernier trait d'esprit. Si Boileau l'eût rencontré sur son chemin, croit-on qu'il lui eût fait grâce plus qu'à Chapelain, à Scudéri, à l'abbé de Pure, ses éternelles victimes? L'abbé de Pure, Voiture, ces deux noms étaient faits l'un pour l'autre. Le critique n'y prit pas garde, lui qui était toujours à l'affût d'une rime. Une fois seulement il y songea; mais la rime, au lieu d'un rapprochement, amenait une antithèse :
Et ne saves-vouB pas que, sur ce mont sacré, Qui ne vole an soounet tombe au plus bas degré ; Et qu*à moins d'être au rang d'Horace ou de Toiture, On rampe dans la fange avec l*abbé de Pure ?
L'éloge est excessif sans doute, quoiqu'il y eût plus d'un rapprochement à faire entre le courtisan de Mécène et le favori de l'hôtel de Haml)ouillet. Voiture n'écrit pas pour I. a