AU COMTE DE 6UICH
•de tout le monde. Hais» à ce que je vois, monsieur, il n'y a point pour vous de bornes en cela. Gomme si vous étiez jaloux de la gloire que vous aves acquise, et de ce que vous avez fait par le passé, if semble que tous les ans vous vous efforciez de vpus surpasser vous-même , et de faire quelque chose de plus que tout ce que vous aviez fait jusque-là. Pour moi, quel'que passion que j'aie* pour vos actions passées , je serai bien aise qu'elles soient efiacées par celles que vous avez à faire, et que vos exploits de Flandre obscurcissent tout ce que vous avez fait en France, en Allemagne et en Italie. Mais j*appréhende que Fardeur de la gloire ne vous emporte plus loin qu'il ne faudroit; et ce que vous avez fait dans le dernier combat, où M* le maréchal à& la Meilleraie a battu les ennemis *, me donne beaucoup de sujet de me réjouir, et en même temps beaucoup de sujet de craindre. Les preuves que vous avez données de votre conduite et de votre courage sont ici admirées de tout le monde, et sans mentir, monsieur, même dans les romans, on ne voit rien de plus beau ni de plus digne d'être loué. Mais permettez-moi de vous dire qu'à cette heure que l'invention des armes enchantées est perdue , et que la coutume n'est plus que les héros soient invulnérables , il n*est pas permis de faire ces actions-là beaucoup de fois en sa vie, et la fortune, qui vous en a tiré pour ce coup, est un mauvais garant pour l'avenir. Songez donc, s'il vous plaît, que
* 2 août 1640, Boui les mura d'Arras; le comte de Guiche aervait en qaalilé de mestre de camp dans l'armée du maréchal de la Meilleraie.
la vaillance a ses bornes aussi bien que les autres vorlus, et que, comme toutes les autres, elle doit être accompagnée de la prudence. Celle-ci, à parler sainement, ne peut souffrir que d'un maréchal de camp et du mestre de camp du régiment des gardes vous en fassiez un volontaire et un enfant perdu; que vous exposiez si fort à toutes sortes de rencontra une personne si utile que la vôtre et que vous fassiez si grand marché d'une chose de si grand prix. Je ne sais, monsieur, si vous trouvez bon que je vous parle de la sorte; mais au moins vous ne pourrez pas dire que je me mêle d'une chose où je n'ai point d'intérêt , et vous trouverez que personne n'y en a plus que moi, s'il vous plaît de vous souvenir de la passion avec laquelle j'ai toujours été, monsieur, votre, etc.