‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 102 sur 131 · A MONSIEUR LE MARQUIS DE PISANI · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE MARQUIS DE PISANI

[Même date.]

Monsieur, quand je serois si ingrat que de vous pouvoir oublier, vous faites tant de bruit à cette heure qu'il seroit difficile que je ne me souvinsse pas de vous, et que je n'employasse pas tous mes soins à me conserver les bonnes grâces d'une personne de qui j'entends dire partout tant de bien. J'ai eu une extrême joie d'apprendre combien vous vous êtes acquis d'honneur à la dernière occasion qui s'est passée devant Arras. Et quoique je connoisse, il y a longtemps, les qualités de votre cœur et de votre esprit, et que j'aie toujours eu l'opinion de vous que tous les autres

* Mss. de Conrart, p. 904.

A LA DUCHESSE DE SAVOIE (l640). 349

en ont à cette heure , je vous avouerai ma foiblesso. Il me semble que Testime générale en laquelle vous êtes, me donne un peu plus d*ardeur à vous honorer, et je me sens touché de quelque vanité d'avoir de la passion pour un homme qui a l'approbation et les louanges de tout le monde. Sans mentir, monsieur, le contentement que j'en ai seroit parfait, s'il n'étoit troublé de la crainte que j'ai de vous perdre. Mais je sais combien la vaillance est une vertu dangereuse. J'apprends partout que vous n'êtes pas meilleur ménager de votre personne, que vous l'êtes de toute autre chose. Cela, monsieur, me tient dans des alarmes continuelles, et le destin que j'ai de perdre les meilleurs et les plus estimables de mes amis, fait que j'appréhende encore pour vous davantage. Cependant, parmi cela , j'ai quelque secrète confiance eu votre bonne fortune. Le cœur me dit qu'elle a encore beaucoup de chemin et beaucoup de choses à faire, et que l'amitié que vous me faites l'honneur d'avoir pour moi , me sera plus heureuse que n'ont été quelques autres. Je le souhaite pour moi de toute mon âme, et que je sois assez heureux pour vous pouvoir témoigner quelque jour combien je suis, et avec quelle passion, votre, etc.

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